Un maxi-trimaran pensé pour voler loin et vite
- 32 mètres de long et 23 mètres de large pour une plateforme hors norme.
- Des foils de 5 mètres qui soulèvent une partie du bateau au-dessus de l’eau.
- Une vitesse maximale annoncée entre 45 et 50 nœuds, soit jusqu’à 92,5 km/h.
- Un record du Trophée Jules Verne établi en 40 jours, 10 heures, 45 minutes et 50 secondes.
- Une nouvelle paire de foils et une nouvelle dérive renforcent son potentiel en 2026.

Quel type de voilier est le trimaran de Thomas Coville
Il s’agit d’un maxi-trimaran de la classe Ultim, une catégorie qui réunit les plus grands multicoques de course au large. Ces bateaux sont conçus pour naviguer en solitaire ou en équipage sur des milliers de milles, avec une priorité absolue donnée à la vitesse et à la fiabilité.
Mis à l’eau en 2019, le bateau a été développé autour d’une idée ambitieuse. Il devait être capable de voler grâce à ses foils tout en restant exploitable dans les conditions très changeantes d’un tour du monde. Ce compromis est essentiel, car un bateau extrêmement rapide dans une mer plate peut devenir difficile à contrôler dès que la houle se creuse.
Sa particularité la plus visible est son cockpit placé à l’avant du mât. Cette architecture améliore la visibilité et protège davantage le navigateur des écoulements d’air perturbés par le mât et les voiles. Elle ne transforme pas le trimaran en bateau facile pour autant, mais elle participe à une meilleure gestion de la navigation à haute vitesse.
Des dimensions qui expliquent son potentiel
Les mensurations du trimaran donnent immédiatement une idée de son échelle. Avec 32 mètres de longueur et 23 mètres de largeur, il occupe une surface comparable à plusieurs terrains de tennis. Sa plateforme très large lui apporte une importante stabilité dynamique, indispensable pour porter une grande surface de voiles.
| Élément | Valeur annoncée | Ce que cela change en mer |
|---|---|---|
| Longueur | 32 m | Une grande longueur de flottaison favorable à la vitesse |
| Largeur | 23 m | Une plateforme stable pour supporter les efforts |
| Hauteur du mât | 34 à 37 m selon les fiches | Un important bras de levier pour développer de la puissance |
| Tirant d’eau | Environ 4,7 m | Une bonne efficacité latérale, avec des contraintes dans les ports |
| Surface maximale de voilure | Jusqu’à 750 m² | Une forte accélération dans les régimes de vent favorables |
| Vitesse maximale | 45 à 50 nœuds | Des charges considérables sur la structure et les appendices |
La différence entre 34 et 37 mètres pour la hauteur du mât vient probablement de fiches techniques établies à des étapes différentes du développement. Je retiens donc une donnée prudente comprise entre ces deux valeurs, sans présenter un chiffre unique comme une vérité absolue.
Le bateau dispose de cinq voiles principales, avec une grand-voile et quatre voiles d’avant. Cette combinaison permet d’adapter la puissance disponible à l’allure, au vent et à l’état de la mer. À bord d’un Ultim, choisir la bonne voile au bon moment compte souvent davantage que chercher la vitesse maximale en permanence.
Comment fonctionnent ses foils et pourquoi ils sont décisifs
Les foils sont des appendices profilés qui travaillent sous l’eau comme des ailes. Lorsque la vitesse augmente, ils produisent une portance capable de soulever une partie des coques. Le bateau réduit alors sa surface de contact avec l’eau et diminue sa traînée, c’est-à-dire la résistance qui freine sa progression.
Sur un multicoque de cette taille, le gain est spectaculaire, mais il n’est jamais gratuit. Le vol impose une surveillance constante de l’assiette, de la hauteur des coques et de la pression exercée sur les appendices. Une erreur de réglage peut provoquer une perte de contrôle, une forte décélération ou une surcharge structurelle.
Les foils du trimaran peuvent atteindre environ 5 mètres de hauteur. Ils sont associés aux safrans, à la dérive et aux systèmes de réglage qui contrôlent la trajectoire. Pour simplifier, les foils portent le bateau, tandis que les safrans et la dérive contribuent à le guider et à résister aux mouvements latéraux.
Le développement ne s’est pas arrêté à la mise à l’eau. Les flotteurs, les safrans, les foils, la dérive, le mât et le cockpit ont été progressivement modifiés. En 2026, l’installation d’une nouvelle paire de foils et d’une nouvelle dérive vise notamment à décoller plus tôt dans le petit temps et à conserver davantage de stabilité lorsque la mer devient formée.
À mes yeux, c’est là que se trouve la vraie leçon technique de ce bateau. La performance ne vient pas d’une innovation isolée, mais d’une longue série d’ajustements sur l’ensemble du système. Une modification de foil peut améliorer la vitesse, mais elle doit rester compatible avec les voiles, la structure, la stabilité et les capacités de l’équipage.
Un palmarès construit entre podiums et apprentissage
Depuis 2019, le trimaran a connu des résultats réguliers dans les grandes épreuves de la course au large. Il a notamment remporté l’Armen Race, terminé troisième de la Route du Rhum 2022 et pris la deuxième place de l’Arkea Ultim Challenge en 2024.
Ces résultats montrent une réalité parfois oubliée. En Ultim, la vitesse théorique ne suffit pas. Il faut aussi préserver le bateau, choisir une trajectoire météo cohérente et gérer les réparations éventuelles. Sur un tour du monde, finir avec un bateau encore manœuvrable peut être plus important que gagner quelques dixièmes de nœud pendant plusieurs heures.
Le palmarès récent comprend également une deuxième place sur la Transat Café L’Or en 2025. Cette expérience a contribué à préparer l’équipage pour le grand objectif de l’hiver suivant, le Trophée Jules Verne.
Le record du Trophée Jules Verne change son statut
Le 25 janvier 2026, Thomas Coville et ses six équipiers ont bouclé le tour du monde sans escale en 40 jours, 10 heures, 45 minutes et 50 secondes. Le parcours représentait 28 315 milles nautiques, avec une vitesse moyenne de 29,17 nœuds.
Ce temps a amélioré de 12 heures, 44 minutes et 40 secondes le précédent record établi par IDEC Sport. L’équipage a aussi dû composer avec des icebergs dans les mers du Sud, une route rallongée dans l’Atlantique sud et la tempête Ingrid à l’approche de l’arrivée.
La performance est particulièrement intéressante sur le plan technologique. Le trimaran est devenu le premier multicoque volant à terminer un tour du monde sans escale. Cela confirme la maturité des foils sur les très grandes plateformes, même si le risque et la complexité restent élevés.
Le record ne doit toutefois pas être interprété comme la preuve d’une domination définitive. Les Ultim évoluent rapidement, et les écarts entre les bateaux dépendent fortement de la météo, de la fiabilité et de la capacité à maintenir un rythme élevé pendant plusieurs semaines.
Ce qui attend le bateau en 2026
Après son tour du monde, le trimaran est retourné en chantier à Lorient. Les travaux ont porté sur plusieurs éléments majeurs, avec l’objectif de rendre le bateau plus efficace et plus contrôlable avant le retour à la compétition en solitaire.
La remise à l’eau a eu lieu à la fin du mois de juillet 2026, après l’intégration de nouveaux éléments de voilure et d’appendices. Le programme prévoit notamment les 24H Ultim à la fin septembre, puis la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, dont le départ est fixé au 1er novembre à Saint-Malo.
Cette transition entre la navigation en équipage et la course en solitaire sera un test important. À sept, les marins peuvent répartir les manœuvres, la veille et les décisions techniques. Seul à bord, Thomas Coville devra gérer simultanément la stratégie météo, les réglages, les changements de voiles et la surveillance du bateau.
Je considère les courses de préparation comme essentielles. Elles servent à vérifier que les modifications fonctionnent réellement en conditions de compétition, et pas seulement sur le papier. Elles permettent aussi de repérer les détails qui deviennent pénalisants après plusieurs jours de navigation, comme l’ergonomie, l’accès aux systèmes ou la fatigue.
Ce qu’il faut retenir avant de comparer les Ultim
Le trimaran de Thomas Coville n’est pas simplement un grand voilier rapide. C’est une plateforme expérimentale qui associe architecture navale, matériaux composites, électronique, analyse météo et réglage aérodynamique. Ses performances reposent sur l’équilibre entre ces domaines.
- Pour la vitesse pure, les foils réduisent fortement la traînée.
- Pour la sécurité, la fiabilité des appendices et de la structure reste déterminante.
- Pour les records, la gestion de l’effort sur plusieurs semaines compte autant que le potentiel maximal.
- Pour 2026, l’enjeu principal sera de vérifier le gain des nouvelles évolutions en solitaire.
Si je devais résumer ce voilier en une seule idée, je dirais qu’il représente une course permanente entre l’audace et la maîtrise. Il faut aller vite, bien sûr, mais surtout savoir jusqu’où pousser la machine sans franchir la limite qui transforme une avance en avarie.