Un bateau de 6,60 m peut-il encore offrir de vraies croisières sans devenir un chantier permanent ? Le voilier Love Love de Jeanneau reste une réponse intéressante pour qui cherche un petit croiseur côtier simple, transportable et accessible. Je détaille ici ses caractéristiques, son comportement en mer, ses limites, ainsi que les points à contrôler avant un achat d’occasion.
L’essentiel à retenir avant de regarder les annonces
- Production : environ 780 exemplaires construits par Jeanneau entre 1970 et 1979.
- Gabarit : 6,60 m de long, 2,45 m de large et 1,05 m de tirant d’eau.
- Programme : croisière côtière, sorties à la journée et petites navigations de plusieurs jours.
- Habitabilité : de 2 à 5 couchages selon l’aménagement et le niveau de confort accepté.
- Marché de l’occasion : des annonces vues en 2026 entre environ 1 200 et 4 500 €, avec de grands écarts selon l’état.

Un petit croiseur Jeanneau né pour la côte
Le Love Love est un monocoque habitable lancé par Jeanneau au début des années 1970. Il appartient à cette génération de petits voiliers en polyester qui a rendu la croisière accessible à de nombreux plaisanciers français, avec une construction relativement simple et des coûts d’entretien raisonnables.
Sa longueur hors tout est annoncée à 6,60 m, pour une largeur d’environ 2,45 m. La coque en polyester armé de fibres de verre, la quille fixe et la barre franche donnent au bateau une architecture classique, facile à comprendre et à entretenir. C’est précisément ce qui me paraît encore séduisant aujourd’hui : on peut intervenir soi-même sur une grande partie du bateau.
La production s’est étendue de 1970 à 1979, avec environ 780 unités. Cette diffusion explique pourquoi on trouve encore des pièces, des plans, des retours d’expérience et des propriétaires capables d’aider sur les forums ou dans les associations de plaisanciers.
Des dimensions simples, mais encore cohérentes en mer
Les fiches techniques disponibles ne donnent pas toujours exactement les mêmes chiffres, notamment pour le déplacement à vide. Cela vient des méthodes de mesure et des équipements ajoutés au fil des années. Je retiens donc les valeurs suivantes comme des ordres de grandeur fiables.
| Caractéristique | Valeur indicative | Ce que cela signifie |
|---|---|---|
| Longueur hors tout | 6,60 m | Gabarit adapté à de nombreux ports et mouillages côtiers |
| Largeur | 2,45 m | Un compromis entre stabilité et facilité de transport |
| Tirant d’eau | 1,05 m | Accès possible à des zones peu profondes, selon la marée |
| Déplacement lège | Environ 1 100 à 1 200 kg | Un bateau assez lourd pour sa taille, avec une bonne inertie |
| Lest | Environ 450 à 470 kg | Une stabilité correcte sous voiles |
| Surface de voilure au près | Environ 25 m² | Un plan de voilure orienté croisière plutôt que performance pure |
| Tirant d’air | Environ 10,20 m | À vérifier avant de passer sous un pont ou une ligne électrique |
| Couchettes | 2 à 5 | Capacité théorique, avec un confort meilleur à deux ou trois |
Le rapport entre le lest et le déplacement se situe autour de 40 %, ce qui contribue à une bonne raideur à la toile. En clair, le bateau accepte une brise soutenue sans se coucher immédiatement, même si cela ne dispense jamais de réduire la voilure lorsque le vent monte.
Avec une grand-voile d’environ 11 m², un génois proche de 14 m² et un spi d’environ 30 m², le Love Love peut être vivant dans le petit temps lorsqu’il est correctement réglé. Je ne le présenterais toutefois pas comme un voilier rapide. Sa vitesse théorique de coque tourne autour de 5,8 nœuds, et son déplacement limite naturellement les accélérations spectaculaires.
Ce qu’il vaut en navigation au quotidien
Un bateau à l’aise dans son programme
Le domaine naturel de ce petit croiseur reste la navigation côtière. Il convient aux sorties à la journée, aux week-ends et aux croisières de quelques jours entre ports proches. Son faible tirant d’eau facilite l’exploration des estuaires, des abers et de certains mouillages accessibles uniquement à marée haute.
La quille fixe et le lest important lui donnent une assiette rassurante. La barre franche transmet bien les réactions de la coque, ce qui est appréciable pour apprendre à sentir le bateau. À mes yeux, c’est un bon support pour progresser sur les réglages, les virements et la gestion de la toile sans être noyé sous des systèmes complexes.
Des limites qu’il faut accepter
La hauteur sous barrots reste faible, autour de 1,50 m au maximum. L’intérieur est donc fonctionnel plutôt que confortable, et cinq couchages ne signifient pas cinq personnes à l’aise pendant une semaine. Pour une famille, je conseillerais plutôt deux adultes et un enfant, avec une organisation très rigoureuse du rangement.
La catégorie de navigation 3 mentionnée dans certaines fiches anciennes ne doit pas être interprétée comme une autorisation automatique pour toutes les conditions actuelles. La sécurité dépend de l’état réel du bateau, de son armement, de la météo et de l’expérience de l’équipage. Un Love Love bien entretenu peut aller loin, mais son programme raisonnable reste celui d’un croiseur côtier, pas celui d’un bateau de grand voyage.
Le moteur auxiliaire est généralement un hors-bord. C’est simple et économique, mais il faut vérifier son support, son accès depuis le cockpit et sa puissance réelle. Un moteur de 6 à 8 chevaux peut convenir à beaucoup d’usages, à condition d’être bien entretenu et adapté au poids du bateau.
Acheter un exemplaire d’occasion sans se faire piéger
Le prix affiché ne représente qu’une partie du budget. Les annonces consultées en 2026 montrent des montants allant d’environ 1 200 à 4 500 €, parfois davantage pour un bateau prêt à naviguer avec remorque et équipement. À l’inverse, un exemplaire très bon marché peut réclamer plusieurs milliers d’euros avant sa remise à l’eau.
| État du bateau | Budget d’achat indicatif | Risque principal |
|---|---|---|
| À restaurer | 500 à 1 500 € | Gréement, voiles, moteur et sécurité souvent à remplacer |
| Navigable avec travaux | 1 500 à 3 000 € | Découvertes après démontage et contrôle de la coque |
| Prêt à naviguer | 3 000 à 5 000 € | Prix plus élevé, mais dépenses immédiates réduites |
La coque et le lest d’abord
Je commence toujours par la coque, car une sellerie fatiguée se remplace facilement alors qu’un problème structurel peut ruiner le projet. Il faut inspecter les zones autour de la quille, du pied de mât, des cadènes et du tableau arrière. Des fissures profondes, des traces de délamination ou une déformation anormale doivent conduire à demander l’avis d’un professionnel.
Le lest et ses fixations méritent une attention particulière. On recherchera les infiltrations, les boulons très corrodés, les réparations anciennes et les traces de choc. Une coque sale n’est pas forcément inquiétante, mais une coque fraîchement repeinte qui masque les zones sensibles mérite davantage de prudence.
Le gréement coûte vite plus cher que le bateau
Un mât en aluminium peut rester en bon état après plusieurs décennies, mais les câbles, ridoirs, embouts et sertissages vieillissent. Si le gréement dormant est d’origine, je prévoirais son remplacement par précaution. Selon le professionnel, le diamètre des câbles et l’accessibilité, il faut souvent compter 800 à 1 500 € pour une remise à niveau sérieuse.
Les voiles sont tout aussi importantes. Une grand-voile et un génois très creux peuvent donner l’impression que la coque avance mal, alors que le problème vient simplement de la toile. Un jeu d’occasion adapté peut réduire la facture, mais il faut vérifier les ralingues, les coulisseaux, les points d’amure et l’état des tissus.
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Les équipements à contrôler avant la signature
- Barre et safran : absence de jeu excessif, de fissures et de délamination.
- Pompe et évacuations : fonctionnement réel, pas seulement une présence dans l’inventaire.
- Hors-bord : démarrage à froid, refroidissement, marche avant et marche arrière.
- Remorque : essieu, pneus, freins, éclairage et carte grise.
- Électricité : batterie, coupe-circuit, feux de navigation et câblage.
- Sécurité : gilets, extincteur, ligne de mouillage, fusées si nécessaires et moyens de communication.
Je déconseille de conclure une vente sur quelques photographies et une promesse de bateau « prêt à partir ». Une visite à sec, un essai du moteur et un contrôle du gréement valent largement le temps consacré. Pour un bateau de cet âge, l’historique d’entretien compte davantage que l’année exacte du modèle.
Rénover intelligemment sans transformer le bateau en gouffre financier
La meilleure rénovation n’est pas forcément la plus moderne. Sur ce type de voilier, je privilégie d’abord la sécurité et l’étanchéité, puis la fiabilité du gréement et du moteur. Les équipements de confort viennent après, car un chauffage ou un pilote automatique ne compensera jamais une cadène douteuse.
Une remise en état raisonnable peut se répartir ainsi :
- Contrôle et petites réparations de coque : 300 à 1 000 €.
- Gréement dormant : 800 à 1 500 €.
- Voiles d’occasion en bon état : 500 à 1 500 €.
- Hors-bord révisé ou remplacé : 600 à 2 000 €.
- Équipement de sécurité et mouillage : 400 à 1 000 €.
Ces montants restent indicatifs et ne comprennent pas la main-d’œuvre lourde, le transport ou une place de port. Ils montrent surtout pourquoi un bateau acheté 1 000 € peut rapidement atteindre 4 000 à 7 000 € de budget total. Dans beaucoup de cas, acheter un exemplaire déjà suivi est plus rationnel qu’acquérir une coque abandonnée à bas prix.
Je conserverais aussi les équipements d’origine lorsqu’ils sont sains. Une électronique minimaliste, une bonne carte papier en complément, un sondeur simple et un moteur fiable correspondent mieux à l’esprit du bateau qu’une installation coûteuse et difficile à dépanner.
Le bon choix pour apprendre et naviguer sans suréquiper
Le Love Love est intéressant pour un plaisancier qui veut un premier habitable simple, un bateau de week-end ou une petite unité à remettre progressivement en état. Il offre assez de stabilité et de volume pour découvrir la croisière, tout en restant plus accessible qu’un croiseur moderne de taille comparable.
Je le choisirais avec trois conditions. La coque et le lest doivent être sains, le gréement doit avoir été contrôlé récemment et le budget de remise à niveau doit être défini avant l’achat. Avec ces précautions, ce petit Jeanneau peut encore offrir de belles navigations côtières, à condition de respecter ses limites et de ne pas lui demander le confort d’un voilier contemporain.