Un yacht historique qui reste une référence de la voile classique
- Construit en 1911 à Fairlie par William Fife & Son, selon les plans de William Fife III.
- Long de 38,1 mètres hors tout, Mariquita appartient à la prestigieuse classe des 19 mètres JI.
- Son gréement aurique lui donne une allure spectaculaire, mais demande une vraie maîtrise de la manœuvre.
- Après une longue période comme house-boat, il a bénéficié d’une restauration majeure entre 1991 et 2004.
- Il reste l’un des témoins les plus précieux de la grande plaisance de course du début du XXe siècle.

Pourquoi Mariquita occupe une place à part
Mariquita est un cotre aurique de 1911, conçu par l’architecte naval écossais William Fife III et construit dans son chantier de Fairlie, sur le Firth of Clyde. Le terme « cotre » désigne un voilier à un mât portant plusieurs voiles d’avant, tandis que « aurique » décrit une grand-voile quadrangulaire soutenue par une bôme et une vergue appelée corne.
Son nom est indissociable de la classe des 19 mètres Jauge internationale, souvent abrégée en 19 m JI. Cette appellation ne signifie pas que le bateau mesure exactement 19 mètres. Elle renvoie à une formule de jauge qui permettait de comparer les performances de yachts conçus selon des règles communes.
Ce qui me paraît remarquable, c’est l’équilibre entre la recherche de vitesse et le raffinement esthétique. La coque élancée, le long bout-dehors, le grand porte-à-faux arrière et les lignes de pont très travaillées ne sont pas de simples ornements. Ils résultent d’une époque où l’architecture navale devait produire des bateaux rapides, mais aussi capables d’impressionner au mouillage.
Une histoire de course, d’abandon et de renaissance
Mis à l’eau en mai 1911 pour l’industriel britannique Arthur Kendall Stothert, Mariquita entre immédiatement dans le circuit des grandes régates. Durant ses premières saisons, il affronte notamment d’autres 19 mètres comme Corona, Norada et Octavia. Les courses sont disputées, et les modifications apportées après la première saison améliorent sensiblement son potentiel.
La classe ne survit cependant pas durablement aux bouleversements de l’époque. Après la disparition des régates de 19 mètres JI, le yacht continue à naviguer dans d’autres configurations, avant de connaître une période beaucoup plus difficile. Il est notamment utilisé comme house-boat pendant plusieurs décennies, sans mât ni lest de course.
Cette transformation aurait pu condamner définitivement le bateau. La renaissance vient de Peter Livanos et Albert Obrist, qui entreprennent une restauration ambitieuse à partir de 1991. Le chantier s’achève au début des années 2000, avec une remise à l’eau en 2004 selon les données historiques disponibles. La coque, le pont, le gréement et les aménagements intérieurs sont alors repris avec une exigence proche de celle d’une reconstruction.
La fiche de Patrimoine Maritime et Fluvial présente Mariquita comme l’unique survivant des six yachts de 19 mètres JI construits jusqu’en 1913. Cette rareté explique sa valeur patrimoniale, mais elle ne suffit pas à expliquer son intérêt. Sa véritable force est d’avoir retrouvé une fonction de voilier, au lieu de rester figé dans une collection.
Ce que ses dimensions disent de sa navigation
Les chiffres donnent une idée plus juste du bateau que les photographies, aussi séduisantes soient-elles. Mariquita mesure environ 38,1 mètres hors tout, pour une largeur proche de 5,2 mètres et un tirant d’eau d’environ 3,6 à 3,7 mètres. Son déplacement et son lest important lui donnent une stabilité indispensable lorsqu’il porte une grande surface de toile.
| Élément | Caractéristique | Conséquence en mer |
|---|---|---|
| Longueur hors tout | 38,1 m | Bonne vitesse potentielle, mais manœuvres portuaires délicates |
| Largeur | Environ 5,2 m | Coque fine, peu de volume intérieur comparée à un yacht moderne |
| Tirant d’eau | Environ 3,6 à 3,7 m | Accès limité à certains mouillages peu profonds |
| Surface de voilure | Environ 582 à 1 000 m² selon la configuration | Potentiel élevé, mais charges importantes sur le gréement |
| Motorisation auxiliaire | Yanmar de 315 ch selon la fiche technique du yacht | Utile pour les entrées de port et les convoyages sans vent |
Le faible rapport entre la largeur et la longueur favorise une navigation élégante et rapide, mais réduit le volume disponible à bord. Les trois cabines et l’intérieur en acajou offrent un confort raffiné, sans égaler l’espace d’un yacht contemporain de 38 mètres conçu pour la croisière.
Il faut aussi comprendre que la surface de voilure n’est pas un chiffre permanent. Elle varie selon les voiles embarquées, les conditions météorologiques et les objectifs du bord. En régate, on cherchera davantage de puissance. En croisière, le choix d’une toile plus modérée permettra de préserver l’équipage, le gréement et la structure.
Pourquoi le gréement aurique reste aussi exigeant
Le gréement aurique est l’un des éléments qui rendent Mariquita immédiatement reconnaissable. À la différence d’un gréement bermudien moderne, sa grand-voile possède une forme plus quadrangulaire et s’appuie sur une corne. Cette géométrie offre une grande puissance, particulièrement dans les allures portantes, mais elle demande une coordination précise entre les voiles.
Sur un bateau de cette taille, une manœuvre ne se résume pas à tirer sur une écoute. Les winches, les drisses, les cargues et les palans doivent être utilisés dans le bon ordre. La corne et la bôme déplacent une masse considérable, ce qui impose de conserver des zones de circulation dégagées et de respecter strictement les consignes du chef de quart.
À mes yeux, c’est ici que se trouve la différence entre admirer un yacht classique et comprendre sa réalité. Le charme du bois verni ne doit pas faire oublier que chaque pièce du gréement travaille sous des charges élevées. Les contrôles des ferrures, des câbles, des espars et des points d’ancrage sont aussi importants que l’entretien visible de la coque.
Le gréement traditionnel apporte une qualité de navigation particulière. Les accélérations sont progressives, le bateau se cale sur son lest et les réglages influencent fortement l’équilibre de la barre. En revanche, il ne pardonne pas l’improvisation. Une équipe expérimentée reste indispensable, surtout lors d’une régate ou d’un changement rapide de vent.
Peut-on naviguer ou régater sur un yacht de ce type
Oui, mais il faut oublier l’idée d’une sortie improvisée comme sur un voilier de plaisance de 10 mètres. Un yacht classique de 38 mètres demande un équipage nombreux, une préparation technique sérieuse et une logistique adaptée à son tirant d’eau. La navigation dépend aussi fortement de la disponibilité des chantiers capables de travailler sur des coques anciennes et des gréements traditionnels.
La régate privilégie la précision
En compétition, le poids de chaque décision devient sensible. Le réglage de la grand-voile, le choix du moment pour réduire la toile et la coordination des virements peuvent faire perdre plusieurs longueurs en quelques minutes. Les régates classiques ne sont donc pas seulement des défilés élégants, même si leur dimension spectaculaire attire naturellement le public.
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La croisière privilégie la protection du patrimoine
Pour une navigation de plaisance, la priorité est différente. On cherche à limiter les efforts inutiles, à protéger les boiseries et à éviter les conditions qui imposeraient une charge excessive au gréement. Le moteur auxiliaire facilite les manœuvres et les convoyages, mais il ne transforme pas le yacht en bateau moderne.
Le principal compromis concerne le coût. Il est difficile de donner un tarif unique pour l’entretien d’un navire aussi singulier, mais les dépenses se situent souvent à une autre échelle que celles d’un voilier courant. Un simple carénage, une révision de gréement ou le remplacement d’un élément en bois peut mobiliser plusieurs semaines de travail spécialisé. Le budget dépend de l’état de la coque, des matériaux disponibles et du niveau de fidélité historique recherché.
Une restauration réussie doit donc arbitrer entre authenticité, sécurité et usage réel. Installer des équipements modernes peut améliorer la fiabilité, mais chaque ajout doit respecter la structure ancienne et ne pas alourdir inutilement le bateau. C’est cette discipline qui permet à un yacht patrimonial de continuer à naviguer au lieu de devenir une réplique immobile de son propre passé.
Ce que Mariquita transmet encore aux voiliers classiques
Mariquita montre qu’un grand voilier historique ne se résume ni à son âge ni à son apparence. Sa valeur vient de la cohérence entre un plan naval signé par William Fife III, une construction pensée pour la régate, un gréement exigeant et une restauration capable de rendre au bateau sa vocation première.
Pour celui qui s’intéresse aux voiliers classiques, son histoire offre une leçon simple. La beauté compte, mais elle ne dure que si la structure, le lest, les assemblages et le gréement sont suivis avec une rigueur constante. C’est précisément cette alliance entre héritage et navigation active qui fait de Mariquita un yacht encore pertinent en 2026.
Je le considère comme un exemple particulièrement parlant de ce que peut être une restauration maritime réussie. On ne cherche pas seulement à conserver une silhouette ancienne, mais à maintenir un savoir-faire, une manière de naviguer et une mémoire technique qui risqueraient autrement de disparaître.