Un voilier de 30,47 mètres peut-il rester une vraie machine de régate tout en offrant le confort d’un yacht de croisière ? Le Magic Carpet 3, devenu ensuite Magic Carpet Cubed, a été conçu précisément autour de cette tension. Je vous propose d’en examiner les dimensions, les choix techniques, les performances en course et les limites concrètes pour comprendre ce qui distingue ce WallyCento.
Les repères essentiels pour comprendre ce maxi voilier
- 30,47 m de longueur pour seulement environ 50 tonnes de déplacement.
- 640 m² de voilure au près et jusqu’à 1 420 m² au portant.
- Quille relevable avec un tirant d’eau d’environ 4,40 m à 6,20 m.
- Une conception signée Wally et Reichel/Pugh, basée sur la légèreté et la puissance.
- Un bateau capable de régater sérieusement tout en accueillant six invités.

Pourquoi ce WallyCento n’est pas un maxi ordinaire
Le Magic Carpet 3 appartient à la catégorie des WallyCento, des yachts d’environ 100 pieds développés selon une règle de jauge commune. Cette formule laisse une marge importante aux architectes, mais impose assez de contraintes pour permettre à des bateaux différents de se mesurer sur un parcours de régate.
Le projet devait réunir deux univers rarement compatibles. D’un côté, il fallait un yacht assez léger et puissant pour disputer les grandes régates méditerranéennes. De l’autre, il devait rester agréable en croisière, avec des espaces habitables, une vraie autonomie et une manœuvre suffisamment rationnelle pour ne pas dépendre en permanence d’une équipe de course complète.
À mes yeux, c’est cette ambition qui rend le bateau intéressant. Il ne s’agit pas simplement d’un voilier luxueux auquel on aurait ajouté un grand mât. Sa structure, son plan de voilure et ses systèmes de contrôle ont été pensés dès le départ pour exploiter chaque souffle de vent, tout en conservant une utilisation plus polyvalente qu’un pur racer.
La fiche technique à garder en tête
Les chiffres donnent immédiatement une idée du caractère de ce yacht. Avec un déplacement proche de 50 tonnes, il est particulièrement léger pour un voilier habitable de 100 pieds. Cette masse réduite améliore l’accélération, la capacité à relancer après une manœuvre et le comportement dans les vents faibles.
| Élément | Donnée principale | Ce que cela change |
|---|---|---|
| Longueur hors tout | 30,47 m | Un grand potentiel de vitesse et un plan de pont vaste |
| Largeur maximale | 7,20 m | Une bonne stabilité dynamique sous voiles |
| Tirant d’eau | 4,40 à 6,20 m | Un compromis entre accès aux mouillages et performance |
| Déplacement | Environ 49,95 tonnes | Une légèreté remarquable à cette longueur |
| Voilure au près | Environ 640 m² | Une forte capacité à remonter au vent |
| Voilure au portant | Environ 1 420 m² | Une accélération spectaculaire dans les angles rapides |
| Hauteur du mât | Environ 46 m | Un centre de voilure élevé et une puissance importante |
| Moteur | 350 ch | Une propulsion auxiliaire adaptée aux manœuvres et aux déplacements |
| Vitesse de croisière annoncée | Environ 11 nœuds | Une allure utile, mais secondaire par rapport à la propulsion vélique |
Les fiches publiques ne présentent pas toujours exactement la même configuration intérieure ou la même manière de mesurer le tirant d’eau. Pour lire ces chiffres correctement, il faut donc distinguer la quille relevée de la quille abaissée et séparer les données de lancement des informations commerciales plus récentes.
Comment l’architecture transforme le vent en vitesse
La performance commence par la construction. La coque utilise des composites carbone préimprégnés, avec des fibres à haut et très haut module. Cette méthode permet de conserver une structure rigide tout en réduisant fortement le poids, ce qui donne au bateau une meilleure réponse dans les variations de pression.
Le gréement en carbone, le mât de près de 46 mètres et la grand-voile à tête carrée forment un ensemble très puissant. Au près, le bateau dispose d’un foc autovireur et d’un génois de 108 %. Au portant, les grandes voiles d’avant peuvent transformer rapidement une brise modérée en forte accélération.
La quille à tirant d’eau variable joue aussi un rôle déterminant. Abaissée, elle augmente le bras de levier et améliore la stabilité du bateau sous une grande surface de voile. Relevée, elle réduit le tirant d’eau pour les ports et les mouillages. Ce système apporte de la flexibilité, mais il ajoute aussi de la complexité mécanique et des exigences strictes de maintenance.
Les commandes hydrauliques et les réglages assistés ne servent pas uniquement à impressionner. Sur un bateau de cette taille, déplacer rapidement la tension d’un pataras, d’un chariot d’écoute ou d’un étai représente un gain de sécurité et de précision. En revanche, cela ne transforme pas le yacht en bateau facile pour débutant. Une erreur de réglage sous forte charge peut avoir des conséquences sérieuses.
Régate, croisière et équipage, le vrai compromis
Le cahier des charges prévoyait une utilisation en régate, mais aussi des sorties à la journée et plusieurs semaines de navigation. L’aménagement peut accueillir six invités, avec des cabines et des espaces de vie conçus pour un yacht de course habitable plutôt que pour un palace flottant.
La différence est importante. Le confort existe, mais chaque choix reste influencé par le poids, le centre de gravité et l’accès aux systèmes techniques. Les finitions, le mobilier et les équipements doivent donc rester compatibles avec une plateforme qui accélère fortement et qui travaille sous de grandes charges.
En pratique, ce type de voilier demande un équipage expérimenté pour exploiter tout son potentiel. Un équipage réduit peut profiter du bateau par vent modéré et dans une configuration de croisière, mais la régate à haute intensité exige davantage de spécialistes, notamment pour les manœuvres, la tactique, les réglages et la gestion de la quille.
C’est ici que je vois la principale limite du concept. La polyvalence est réelle, mais elle ne signifie pas simplicité. Un voilier de 100 pieds en carbone reste coûteux à exploiter, à stocker et à entretenir. Les systèmes hydrauliques, le gréement, les voiles de grande surface et la quille mobile réclament des contrôles réguliers et une logistique de haut niveau.
Les résultats qui donnent du sens au projet
Le bateau n’est pas resté une démonstration technique. Peu après son lancement, il s’est illustré à la PalmaVela, à Majorque, en remportant les honneurs de ligne dans sa classe. Cette performance était révélatrice, car elle montrait que la légèreté et la puissance pouvaient fonctionner dès les premières sorties en compétition.
Il a également obtenu de bons résultats dans les grands rendez-vous de la Méditerranée, notamment lors de la Maxi Yacht Rolex Cup et de la Loro Piana Superyacht Regatta. Ces épreuves sont particulièrement exigeantes, car elles mélangent des conditions de vent très différentes, des parcours tactiques et des yachts aux philosophies parfois opposées.
La victoire en classe Wally à la Loro Piana Superyacht Regatta en 2018 illustre bien son intérêt sportif. Le bateau n’est pas seulement rapide dans une brochure. Il conserve une vraie capacité à convertir ses choix de conception en résultats, à condition d’être correctement réglé et mené par une équipe compétente.
Les comparaisons annoncées lors de son lancement évoquaient aussi un gain d’environ 10 % au près et de 25 à 30 % sur certaines allures de reaching par rapport à des Wally de 100 pieds plus anciens. Ces chiffres dépendent du vent, de la mer, de la jauge et de la configuration des voiles. Je les considère donc comme des ordres de grandeur, pas comme une promesse valable dans toutes les conditions.
Ce que ce voilier change dans la lecture d’un yacht de course
Le Magic Carpet Cubed montre qu’un maxi voilier moderne ne se résume pas à sa longueur ou à la taille de son mât. Le résultat dépend de l’équilibre entre poids, stabilité, surface de voile, rigidité et simplicité des manœuvres. Retirer quelques centaines de kilos peut produire un effet plus important que l’ajout d’équipements spectaculaires.
Pour comparer ce yacht à un autre voilier de course, je regarderais donc d’abord le déplacement, le tirant d’eau, la surface de voile et le niveau d’équipage nécessaire. La vitesse maximale publiée est beaucoup moins révélatrice que la capacité à accélérer dans 8 à 15 nœuds de vent, à garder de la vitesse dans les transitions et à rester contrôlable lorsque les conditions se renforcent.
Ce WallyCento reste enfin un objet très spécialisé. Il inspire les architectes et les passionnés de technologie maritime, mais il ne constitue pas un modèle de croisière accessible au sens courant. Sa vraie réussite tient ailleurs, dans la manière dont il rapproche le confort d’un superyacht et l’intensité d’un voilier de grand prix sans sacrifier complètement l’un ou l’autre.