L’IMOCA Lazare est un cas intéressant pour qui suit la course au large : ce n’est pas seulement un bateau, c’est une coque ancienne qui a su rester crédible dans une classe qui pousse pourtant l’innovation très loin. Je m’attarde ici sur son identité, sa fiche technique, son histoire de projet et ce que ses résultats disent réellement de sa valeur sportive. En 2026, comprendre ce voilier revient aussi à suivre sa nouvelle vie sous le nom RESILIENT.
Ce qu’il faut retenir sur ce voilier de course
- Le bateau a été lancé en 2007 sur un plan Finot-Conq et a navigué sous plusieurs noms avant de devenir Lazare, puis RESILIENT.
- Sa fiche technique correspond à un IMOCA de génération antérieure, sans foils, avec 18,28 m de long et 8,5 tonnes.
- Son intérêt sportif vient de son équilibre entre fiabilité, optimisation et budget maîtrisé, pas d’une recherche de vitesse maximale à tout prix.
- Le nom Lazare a porté un message social clair autour de l’association du même nom.
- En 2026, le bateau poursuit sa route avec Pierre-Louis Attwell et une campagne tournée vers le Vendée Globe 2028.
De quel bateau parle-t-on exactement
Quand on parle de Lazare, on parle d’un IMOCA 60 lancé en 2007, dessiné par Finot-Conq et construit chez Multiplast à Vannes. La coque a déjà vécu plusieurs vies, ce qui est fréquent dans cette classe, mais il ne faut pas confondre ancienneté et obsolescence. Un IMOCA bien préparé, bien réglé et bien mené peut rester très pertinent pendant des années.
Ce bateau a successivement porté les noms DCNS, Comme Un Seul Homme, Groupe APICIL, Banque Populaire, Lazare, puis RESILIENT. Ce simple enchaînement dit beaucoup de la course au large française : un même support technique peut être réinjecté dans plusieurs projets, à condition que l’équipe sache le faire évoluer intelligemment. Je trouve d’ailleurs que c’est là que l’histoire devient vraiment intéressante, parce qu’on voit la différence entre une coque qui survit et une coque qui continue à performer.
Le point essentiel, pour le lecteur, est celui-ci : Lazare n’a jamais été un bateau de vitrine. C’est une plateforme de course, éprouvée, retravaillée, adaptée à plusieurs ambitions sportives et humaines. Et c’est précisément sa fiche technique qu’il faut regarder pour comprendre pourquoi il a encore de la valeur en 2026.

La fiche technique qui explique sa manière de courir
| Élément | Valeur | Ce que cela change sur l’eau |
|---|---|---|
| Architecte | Finot-Conq | Un dessin reconnu pour sa cohérence, avec une vraie base de performance et de fiabilité. |
| Longueur | 18,28 m | Une taille standard de l’IMOCA, pensée pour les courses au large en solitaire ou en double. |
| Largeur | 5,85 m | Un maître-bau généreux qui favorise la stabilité et le rendement sous charge. |
| Tirant d’eau | 4,5 m | Un gage de stabilité, mais aussi une contrainte logistique dans certains ports et mouillages. |
| Poids | 8,5 tonnes | Un compromis classique pour cette génération de bateau, ni léger à l’extrême ni lourd au point d’être pénalisant partout. |
| Mât | 29 m, type mât-aile | Le profil du mât aide à mieux travailler l’aérodynamique et le rendement sous voiles. |
| Foils | Non | Le bateau ne cherche pas à voler comme les IMOCA les plus récents ; il mise davantage sur la régularité et l’efficacité globale. |
| Surface de voiles | 350 m² au près, 610 m² au portant | Une garde-robe qui permet de couvrir un large éventail de conditions, à condition de bien gérer les transitions. |
Je lis cette fiche comme celle d’un bateau de rendement plus que d’effet. Sans foils, il ne cherche pas à décoller, mais à garder de la vitesse régulière en limitant les pertes. En pratique, cela demande une mer bien lue, des trajectoires propres et une gestion fine de l’état du bateau. C’est aussi là qu’un terme technique mérite d’être clarifié : la jauge désigne l’ensemble des règles qui encadrent la classe, donc les dimensions, les appendices autorisés et une partie du jeu d’équilibre entre liberté d’innovation et équité sportive.
Cette base technique explique pourquoi un bateau plus ancien peut encore être compétitif dans certaines conditions. Mais la fiche ne dit pas tout : le nom Lazare a aussi porté un projet humain très lisible, et c’est ce qui a donné au bateau une place à part dans le paysage français.
Pourquoi le nom Lazare a compté au-delà du sponsoring
Le choix du nom n’avait rien d’anecdotique. Lazare renvoie à une association connue pour ses colocations solidaires entre jeunes actifs bénévoles et personnes sans domicile, un projet qui repose sur la vie partagée plutôt que sur le simple don. Dans un univers comme l’IMOCA, où chaque campagne se bat pour exister médiatiquement, ce type d’adossement change complètement la perception du bateau.
À mes yeux, c’est l’un des rares cas où le sponsoring ne sert pas seulement à financer une coque, mais à raconter quelque chose de cohérent. Le bateau devient un support de visibilité, un relais de message et un objet de conversation. Cela attire les médias, évidemment, mais surtout cela donne une colonne vertébrale au projet : on retient plus facilement un bateau qui porte une cause qu’un bateau qui aligne seulement des logos.
Il existe toutefois une limite très concrète à ce type d’approche : le récit ne remplace jamais la vitesse. Si les résultats ne suivent pas, l’histoire s’érode vite. C’est pourquoi la suite sportive du projet était essentielle. Un bateau engagé pour une cause doit aussi rester crédible en mer, sinon le message perd de sa force. Et justement, les courses suivantes ont montré que la coque avait encore de vraies choses à dire.
Ce qu’il a montré en course
Le parcours sportif du bateau sous les couleurs Lazare a apporté des réponses utiles. Il a prouvé qu’un IMOCA de cette génération peut rester dans le match, surtout quand le projet est bien géré et que le skipper sait exploiter les bons créneaux. Ce n’est pas une question de magie, mais d’équilibre entre vitesse, fiabilité et capacité à encaisser les aléas.
| Course | Résultat | Lecture utile |
|---|---|---|
| 1000 Race 2022 | 4e | Un bon signal de performance sur un format plus court et plus nerveux. |
| Vendée Arctique 2022 | 10e | La preuve que le bateau peut déjà tenir un rythme sérieux en solitaire. |
| Route du Rhum 2022 | 13e | Une référence solide sur transatlantique, surtout pour un bateau sans foils. |
| Défi Azimut 2022 | 9e | Le bateau a trouvé une vraie place au milieu de la flotte IMOCA. |
| The Transat CIC 2024 | 11e | Un résultat qui confirme la compétitivité du projet sur une grande traversée en solitaire. |
| Vendée Globe 2024-2025 | 17e | Un classement cohérent pour un bateau plus ancien, dans une logique de gestion et de maîtrise. |
Il faut aussi regarder les épisodes plus compliqués, parce qu’ils disent souvent autant que les bons classements. Une collision avec un objet non identifié a par exemple imposé des réparations et rappelé une règle simple de la course au large : la technique ne pardonne pas l’improvisation, et l’océan reste plus fort que n’importe quelle stratégie de communication. Dans ce genre de situation, la qualité d’un projet se lit moins dans le pic de vitesse que dans la capacité à repartir vite et proprement.
Le cas Lazare est donc intéressant parce qu’il montre un bateau capable d’aligner des places honorables sans appartenir au tout dernier standard de la flotte. C’est précisément ce qui m’amène à la question suivante : qu’est-ce que cette coque raconte, plus largement, de la classe IMOCA en 2026 ?
Ce que ce bateau raconte sur la classe IMOCA en 2026
La classe IMOCA évolue vite, mais elle n’a pas effacé les bateaux plus anciens. Au contraire, elle les oblige à devenir plus intelligents, plus précis et parfois plus sobres dans leur manière de courir. Un IMOCA à foils récents peut voler plus souvent et plus haut dans certains angles, mais un bateau à dérives bien préparé peut encore gagner du terrain grâce à la constance, à la fiabilité et à une gestion de course plus simple.
| Critère | Lazare / RESILIENT | IMOCA à foils récents |
|---|---|---|
| Vitesse pure | Moins explosive, surtout dans les conditions où le vol devient déterminant. | Potentiel plus élevé dans les configurations favorables au vol. |
| Complexité technique | Plus contenue, donc plus lisible à maintenir et à fiabiliser. | Plus forte, avec davantage de systèmes à surveiller. |
| Budget d’exploitation | Souvent plus maîtrisable, ce qui aide à tenir une campagne dans la durée. | Généralement plus lourd à financer et à maintenir. |
| Lecture sportive | Récompense la régularité, la précision et le sens marin. | Récompense aussi la capacité à exploiter les fenêtres de vol. |
Cette comparaison me paraît utile parce qu’elle évite une erreur fréquente : croire qu’un bateau sans foils est automatiquement dépassé. En réalité, tout dépend du plan de course, des conditions et du niveau d’optimisation. Sur certaines traversées, l’écart se creuse nettement. Sur d’autres, la sobriété mécanique et la cohérence du projet font revenir le bateau dans le jeu. C’est d’autant plus vrai qu’un IMOCA reste un compromis permanent entre performance, fiabilité et endurance humaine.
En 2026, le bateau a changé de nom pour devenir RESILIENT et le projet est désormais porté par Pierre-Louis Attwell, skipper venu de la Class40. Ce passage de relais raconte bien la logique de la classe : un même support peut servir plusieurs ambitions, à condition que l’équipe sache lui donner une direction claire. Et c’est précisément ce qui rend le dossier Lazare utile à suivre, même après la fin de cette période d’identité.
Pourquoi cette histoire mérite encore d’être suivie
Ce que je retiens, au fond, c’est qu’un bateau comme celui-là sert de passerelle entre plusieurs réalités de la voile océanique : l’ingénierie, le sport, le sponsoring et le récit humain. Il ne faut pas le lire comme un simple ancien IMOCA, mais comme un cas d’école sur la manière dont une coque peut durer, se transformer et continuer à avoir de la valeur. C’est rare, et c’est justement pour cela que son histoire reste utile à raconter.
Si vous suivez la course au large en 2026, regardez trois choses sur ce type de projet : la régularité des résultats sur les courses intermédiaires, la capacité à encaisser les incidents sans perdre trop de temps, et la façon dont le message du bateau reste cohérent avec son niveau sportif. C’est souvent là que se joue la différence entre une belle histoire de communication et un vrai projet de haute mer. Dans le cas de l’ancien Lazare, les deux dimensions ont réellement existé, et c’est ce qui le rend encore intéressant aujourd’hui.
Autrement dit, l’histoire ne s’arrête pas au nom peint sur la coque. Elle continue dans la manière dont le bateau est préparé, mené et réinventé d’une campagne à l’autre. Et pour un lecteur qui veut comprendre ce qu’est vraiment un IMOCA dans toute sa profondeur, c’est une porte d’entrée particulièrement claire.