Comment un voilier de 18,28 mètres a-t-il permis à Florence Arthaud d’entrer dans l’histoire de la course au large ? Derrière le nom de Pierre 1er se cache un trimaran rapide, novateur et exigeant, devenu le symbole de sa victoire dans la Route du Rhum 1990. Je reviens ici sur son histoire, ses caractéristiques techniques, ses performances et les différentes vies qu’il a connues depuis.
Les repères essentiels sur le trimaran de Florence Arthaud
- Pierre 1er est un trimaran de course de 60 pieds conçu par VPLP.
- Il possède trois coques, trois safrans et un mât-aile.
- Florence Arthaud remporte la Route du Rhum 1990 en 14 jours, 10 heures, 8 minutes et 28 secondes.
- Cette victoire fait d’elle la première femme à gagner cette transatlantique en solitaire.
- Le bateau a ensuite navigué sous les noms Lakota puis Flo.
Pourquoi Pierre 1er est devenu le bateau emblématique de Florence Arthaud
Le nom de Florence Arthaud reste indissociable de celui de Pierre 1er, même si la navigatrice avait déjà une solide expérience avant de prendre la barre de ce multicoque. Elle avait notamment participé à plusieurs grandes courses océaniques et s’était fait remarquer par sa ténacité dans un milieu encore très masculin.
Le trimaran a été conçu à la fin des années 1980 par le cabinet VPLP, alors en pleine réflexion sur les multicoques de course. Le projet reprend certaines idées développées sur les Formule 40, mais les transpose sur un bateau beaucoup plus grand et plus puissant. Construit par Jeanneau Techniques Avancées, il est mis à l’eau autour de 1990.
Pour moi, son importance dépasse largement son palmarès. Pierre 1er représente le moment où la technologie des trimarans devient suffisamment performante pour permettre à une navigatrice seule de rivaliser avec les meilleurs spécialistes de l’époque. Le bateau n’était pas facile à mener, mais il offrait un potentiel de vitesse qui changeait complètement l’échelle du défi.

Une architecture pensée pour la vitesse au large
Pierre 1er est un trimaran de 60 pieds, soit environ 18,28 mètres. Ses trois coques apportent une grande stabilité dynamique, tandis que les flotteurs latéraux permettent de porter une importante surface de voilure sans dépendre d’un lest lourd comme sur un monocoque.
| Élément | Caractéristique | Intérêt en course |
|---|---|---|
| Type | Trimaran de course au large | Réduction de la traînée et forte stabilité |
| Longueur | 18,28 mètres environ | Compromis entre puissance et respect de la jauge |
| Coques | Trois | Portance et vitesse dans les brises portantes |
| Gréement | Mât-aile | Meilleur rendement aérodynamique |
| Direction | Trois safrans | Contrôle indépendant des coques |
Le mât-aile est l’un des éléments les plus marquants. Sa forme profilée fonctionne davantage comme une aile verticale qu’un simple espar cylindrique. Il améliore l’écoulement de l’air, mais exige aussi des réglages précis et une surveillance constante des efforts exercés sur le gréement.
Les trois safrans donnent au bateau une bonne capacité de contrôle lorsque la vitesse augmente. En revanche, un tel trimaran reste très sensible à la répartition des poids, à l’état de la mer et au réglage des voiles. La stabilité ne signifie donc pas qu’il est impossible de chavirer. Elle permet surtout de conserver de la puissance tout en limitant les mouvements parasites.
La victoire de 1990 qui a changé la course au large
Le 18 novembre 1990, Florence Arthaud franchit la ligne d’arrivée à Pointe-à-Pitre après une traversée de 14 jours, 10 heures, 8 minutes et 28 secondes. Elle s’impose dans une Route du Rhum particulièrement disputée et devient la première femme victorieuse de cette transatlantique en solitaire.
La performance est d’autant plus forte que la course impose une navigation sans équipage pour gérer les voiles, surveiller le matériel, analyser la météo et récupérer physiquement. Sur un trimaran de cette taille, chaque manœuvre demande de l’énergie. Une erreur de réglage peut coûter de précieux milles, tandis qu’une avarie difficile à réparer peut mettre toute la traversée en danger.
Ce succès n’est pas seulement celui d’une skippeuse et de son bateau. Il montre aussi que les multicoques ont atteint un niveau de maturité impressionnant. Les trimarans s’imposent alors progressivement dans les grandes courses océaniques, car leur vitesse moyenne dépasse souvent celle des monocoques dans les conditions favorables.
Je trouve important de ne pas réduire cette victoire à une belle image médiatique. Florence Arthaud a dû exploiter un bateau puissant, parfois brutal, en prenant des décisions permanentes sur la route, la voilure et le niveau de risque acceptable. Le résultat tient autant au potentiel de Pierre 1er qu’à la capacité de la navigatrice à ne pas le subir.
Ce que ce voilier révèle de la navigation des années 1990
Pierre 1er appartient à une génération de multicoques très éloignée des trimarans Ultim actuels. Il ne dispose pas des foils modernes capables de soulever une partie du bateau au-dessus de l’eau. Sa vitesse repose plutôt sur la largeur, la légèreté, la surface de voile et la finesse des carènes.
Cette différence change la manière de naviguer. Un bateau à foils cherche à réduire le contact avec l’eau, alors que Pierre 1er doit trouver le meilleur équilibre entre portance des flotteurs, stabilité et contrôle. Le barreur doit accepter une certaine gîte tout en évitant que le flotteur au vent ne se soulève trop.
- Avantage principal : une grande vitesse dans les vents portants et les alizés.
- Limite majeure : une forte exposition aux efforts dans les mers formées.
- Compromis technique : beaucoup de puissance, mais peu de marge en cas de mauvais réglage.
- Contrainte humaine : manœuvres physiques et sommeil très fragmenté.
Les instruments de navigation ont également évolué depuis cette époque. Le GPS commence alors à transformer la course au large, mais les outils météo, les communications et les systèmes de surveillance restent moins complets qu’aujourd’hui. La navigatrice doit donc combiner les données disponibles avec son observation du ciel, de la mer et du comportement du bateau.
Les différentes vies de Pierre 1er après Florence Arthaud
Après sa période de gloire sous les couleurs de Florence Arthaud, le trimaran change de propriétaire et de nom. Il devient notamment Lakota, sous lequel il participe à d’autres compétitions, avant de connaître plusieurs transformations et de poursuivre sa carrière bien au-delà de sa première victoire.
Son histoire aurait pu s’arrêter dans un chantier ou dans une collection privée. Pourtant, le bateau est remis en état après un long parcours et revient en France en 2022. Rebaptisé Flo, il participe à la Route du Rhum de la même année avec Philippe Poupon, dans une démarche d’hommage à Florence Arthaud.
Il faut toutefois éviter une confusion fréquente. Le bateau qui reprend la mer en 2022 n’est pas utilisé dans les mêmes conditions qu’en 1990. Les équipements, les règles de course, la préparation et l’objectif sont différents. L’intérêt de cette nouvelle participation est surtout patrimonial et humain, car elle permet de faire revivre une silhouette emblématique de la voile française.
Le voilier a également contribué à maintenir la mémoire de la navigatrice auprès du grand public, notamment autour du film Flo. Son parcours rappelle qu’un bateau de course peut devenir un objet culturel à part entière lorsque son histoire est liée à une performance aussi marquante.
Comment identifier le véritable trimaran associé à Florence Arthaud
Pour éviter les approximations, trois repères suffisent. Le bateau historique est un trimaran de 60 pieds, il s’appelle Pierre 1er pendant la victoire de 1990 et il a été conçu par VPLP. Les noms Lakota et Flo correspondent à des périodes ultérieures de sa carrière.
Il ne faut pas non plus le confondre avec les grands trimarans modernes de 30 mètres et plus. Pierre 1er était déjà impressionnant pour son époque, mais son architecture appartient à une génération où la performance venait principalement de la légèreté et de la puissance de voile, sans les systèmes de foils devenus courants sur les Ultim.
À mes yeux, c’est précisément ce qui rend ce voilier si intéressant. Il ne représente pas seulement un record ou une victoire féminine historique. Il montre comment une conception navale audacieuse, un financement ambitieux et une navigatrice capable d’exploiter chaque détail peuvent faire basculer une course et laisser une empreinte durable dans la culture maritime française.