L’essentiel à retenir sur ce micro-croiseur en bois
- Conception : un petit croiseur dessiné par l’architecte naval Éric Henseval.
- Dimensions : 4,75 m de coque, 2,20 m de large et environ 530 à 580 kg selon la configuration.
- Particularité : une quille relevable offrant un tirant d’eau réduit d’environ 0,57 m.
- Programme : cabotage, raids côtiers et micro-croisière à deux, avec un confort volontairement minimaliste.
- Construction : contreplaqué époxy, principalement destinée à la construction amateur sur plans.
- Limite majeure : son faible volume intérieur et son comportement de petit bateau exigent une vraie expérience de la mer.

Un voilier de 4,75 m conçu pour naviguer autrement
Le voilier Souriceau est un micro-croiseur en contreplaqué époxy imaginé par Éric Henseval au début des années 2000. Sa coque mesure 4,75 m, pour une longueur hors tout proche de 5 m et une largeur généreuse de 2,20 m. Cette largeur lui apporte une bonne stabilité initiale, mais elle contribue aussi à son allure atypique et à une certaine raideur dans les mouvements.
Ce qui m’intéresse le plus dans ce bateau, ce n’est pas seulement sa petite taille. C’est la manière dont le concepteur a essayé de transformer un volume très réduit en véritable plateforme de croisière. Le pont fermé, les deux postes de barre et la possibilité de manœuvrer depuis l’intérieur montrent une priorité claire, rester protégé lorsque la météo se dégrade.
Le projet a été présenté comme un bateau capable de s’aventurer au large, mais cette ambition doit être comprise avec prudence. Un bateau de moins de 5 m peut réaliser des navigations remarquables avec un équipage préparé, cependant il reste soumis à des mouvements rapides, à un espace restreint et à une faible capacité d’emport.
Une fiche technique à lire avec attention
| Caractéristique | Valeur indicative |
|---|---|
| Longueur de coque | 4,75 m |
| Largeur maximale | 2,20 m |
| Tirant d’eau | Environ 0,57 m à 1,30 ou 1,35 m |
| Déplacement | Environ 530 à 580 kg selon l’équipement |
| Lest | Environ 120 à 140 kg |
| Surface de voilure au près | Environ 18 m² |
| Couchettes | 2 |
| Propulsion auxiliaire | Hors-bord |
Les chiffres varient légèrement selon les fiches et les versions. Je retiendrais donc des fourchettes plutôt qu’une valeur unique, surtout pour le poids, le lest et le tirant d’eau. Sur un bateau aussi léger, quelques dizaines de kilos d’équipement changent sensiblement l’assiette et le comportement sous voile.
La quille relevable change vraiment son programme
La quille relevable est l’élément qui donne au Souriceau une grande partie de son intérêt. Relevée, elle permet d’approcher une plage, de remonter une rivière maritime ou de mettre le bateau à l’eau dans une zone peu profonde. Baissée, elle augmente la profondeur du plan antidérive et améliore la tenue du cap.
Le système n’a rien d’un gadget. Avec un tirant d’eau réduit à environ 0,57 m, le bateau peut explorer des mouillages inaccessibles à de nombreux croiseurs de taille supérieure. En contrepartie, il faut surveiller le mécanisme, les articulations, le lest et les éventuelles infiltrations autour du puits de quille.Quille relevable ou biquille
Le projet a existé avec plusieurs configurations, notamment une quille verticale relevable et une version à biquille. La première offre généralement un plan antidérive plus efficace lorsqu’elle est complètement descendue. La seconde peut simplifier l’échouage, mais elle modifie les sensations à la barre et la manière dont le bateau se comporte dans la brise.
Pour une navigation dans les pertuis, les estuaires et les baies peu profondes, le faible tirant d’eau est un avantage concret. Pour les longues étapes exposées, je donnerais davantage de poids à la fiabilité du système de quille et à la qualité de sa maintenance qu’à la seule possibilité de gagner quelques centimètres.
À quoi peut-on réellement l’utiliser en France
Le programme le plus cohérent est celui d’une micro-croisière côtière à deux. Le bateau peut convenir à un couple ou à un navigateur solitaire qui accepte de vivre simplement, avec peu de rangements et une organisation très rigoureuse à bord.
- Croisière côtière de quelques jours dans des zones abritées.
- Raid nautique avec nuits au mouillage ou dans de petits ports.
- Navigation fluvio-maritime lorsque le plan d’eau et la réglementation l’autorisent.
- Apprentissage avancé de la météo, du réglage des voiles et de la gestion de l’autonomie.
- Projet de construction amateur pour un marin attiré par le bois et la personnalisation.
Sa fiche le rattache à la catégorie de conception C, ce qui correspond à une navigation dans des conditions côtières, avec des vents et une mer modérés. Cette classification ne doit pas être confondue avec une autorisation générale de traverser l’Atlantique ou de partir dans n’importe quelle météo.
Des navigations hauturières ont été associées à ce modèle, et une traversée océanique a même servi de démonstration de ses possibilités. Cela prouve surtout ce qu’un équipage expérimenté peut accomplir avec une préparation exceptionnelle. Pour un propriétaire débutant, le programme raisonnable reste le cabotage bien préparé, avec échappatoires et abris identifiés.
Un intérieur ingénieux mais très éloigné d’un croiseur classique
À l’intérieur, on trouve deux couchettes, une petite cuisine et une table à cartes. La hauteur sous barrots tourne autour de 1,22 à 1,25 m, ce qui permet de s’asseoir et de se déplacer partiellement, mais pas de vivre debout comme dans un voilier familial.
Le poste de barre intérieur est une idée particulièrement pertinente pour ce type de bateau. Il protège le navigateur des embruns et permet de conserver un minimum de confort dans le mauvais temps. En revanche, la visibilité, la ventilation et l’accès aux manœuvres doivent être contrôlés sur l’exemplaire considéré, car ces détails comptent davantage que la simple présence d’un poste intérieur.
Ce qu’il faut accepter à bord
La vie à deux demande une discipline presque militaire. Les vêtements mouillés, la nourriture, l’eau douce et le matériel de sécurité occupent rapidement les quelques volumes disponibles. J’ai toujours tendance à considérer la capacité de rangement comme le vrai facteur limitant des micro-croiseurs, bien avant la place pour dormir.
Le cockpit est surtout adapté au beau temps. Par mer formée, la protection du poste intérieur devient précieuse, mais elle ne transforme pas le bateau en salon flottant. Il faut prévoir des sacs étanches, limiter les objets mobiles et conserver un accès immédiat à la VHF, au moyen de remontée à bord et aux équipements de sécurité.
Construire ou acheter un exemplaire demande une vérification sérieuse
Le Souriceau a été pensé pour la construction amateur en contreplaqué époxy, avec des plans et, selon les versions, des fichiers de découpe numérique. Cette méthode peut réduire le coût de la main-d’œuvre, mais elle ne rend pas le projet bon marché pour autant.
Le budget dépend du prix des plans, du bois, de l’époxy, de l’accastillage, du gréement, du moteur, de l’électronique et du temps passé. Je me méfierais d’une estimation basée uniquement sur le prix de la coque. Sur un petit voilier, le gréement, la quille, les voiles et les équipements de sécurité peuvent représenter une part très importante du budget final.
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Les points à contrôler sur un bateau existant
- Coque : cloques, délamination, zones molles et état des joints époxy.
- Quille : jeu anormal, corrosion, fissures, état du puits et fonctionnement sur toute la course.
- Structure : varangues, cloisons, cadènes et points de reprise des efforts.
- Gréement : âge des câbles, état du mât, des ridoirs et des voiles.
- Électricité : installation protégée, batterie fixée et panneaux solaires correctement intégrés.
- Papiers : conformité, catégorie de conception, déclaration de construction et historique des travaux.
Le bois époxy vieillit bien lorsque l’eau ne s’installe pas dans les assemblages. Une inspection par un professionnel connaissant les constructions bois vaut donc largement son coût, surtout autour du puits de quille et des cadènes. Une belle peinture peut masquer des réparations anciennes, mais elle ne remplace jamais un contrôle structurel.
Ses qualités face à ses limites
| Atouts | Limites |
|---|---|
| Faible tirant d’eau et accès à des mouillages peu profonds | Manœuvres de quille à entretenir et à contrôler régulièrement |
| Deux couchettes et protection intérieure | Volume habitable très réduit, surtout à deux |
| Construction bois personnalisable | Qualité finale très dépendante du constructeur |
| Transport et mise à l’eau plus simples qu’avec un croiseur classique | Confort limité par rapport à un bateau de 7 à 8 m |
| Programme original de raid et de micro-croisière | Comportement plus exigeant dans une mer courte et formée |
Le Souriceau n’est donc pas un petit voilier familial qui aurait été simplement raccourci. C’est un bateau spécialisé, pensé pour des marins qui privilégient l’accès aux petits mouillages, la simplicité et l’aventure plutôt que l’espace et le confort.
Je le recommanderais à un navigateur autonome, soigneux et réaliste sur son programme. Je serais beaucoup plus réservé pour une première acquisition sans expérience de la météo, des manœuvres de port et de la maintenance d’une quille relevable.
Le bon choix dépend surtout du programme de navigation
Le Souriceau 4,75 m a du sens si l’objectif est de naviguer léger, de construire soi-même et d’explorer les côtes françaises avec un bateau peu profond et très personnel. Il devient moins pertinent dès que l’on recherche de longs séjours confortables, une grande autonomie ou une navigation hauturière régulière.
Avant de signer pour les plans ou un exemplaire d’occasion, je commencerais par définir trois éléments très concrets, le nombre de nuits à bord, les zones fréquentées et le niveau de mer accepté. Ces réponses permettent de vérifier si le bateau correspond réellement au projet, au lieu de se laisser séduire par son apparence originale.
Bien préparé et correctement entretenu, ce micro-croiseur peut offrir des navigations remarquables. Sa vraie force n’est pas de rivaliser avec les grands voiliers, mais de rendre accessibles des itinéraires où la simplicité, le faible tirant d’eau et l’attention portée aux conditions font toute la différence.