Un petit croiseur historique qui reste étonnamment actuel
- Conception : le Golif a été dessiné par le bureau Colin et Jouët, et non par Philippe Harlé.
- Production : environ 997 exemplaires ont été construits par le chantier Jouët entre 1962 et 1967.
- Format : une coque d’environ 6,50 m, quatre couchettes et un moteur hors-bord installé dans un puits.
- Atout majeur : une construction en polyester monobloc, innovante pour un petit croiseur de série.
- Programme idéal : la croisière côtière, le cabotage et l’apprentissage de la navigation habitable.
- Point de vigilance : l’âge du bateau impose une inspection sérieuse du gréement, du lest, du safran et des aménagements.
Le Golif n’est pas un plan Philippe Harlé
La première précision est importante, car une confusion revient souvent. Le Golif n’a pas été dessiné par Philippe Harlé, mais par les architectes Colin et Jouët pour le chantier Jouët. Harlé a pourtant travaillé à la même période et signé plusieurs petits croiseurs français emblématiques, notamment le Muscadet, l’Armagnac et le Sangria. La proximité historique entre ces bateaux explique probablement l’erreur.
Le modèle apparaît au début des années 1960, dans un marché où la plaisance commence à devenir accessible à un public plus large. Sa coque en polyester stratifié fabriquée d’une seule pièce représente alors un changement majeur. Elle permet une production répétable, une construction plus rapide et un entretien différent de celui d’un voilier en bois.
Le nom fait référence à Louis Adhémar Timothée Le Golif, personnage de flibustier popularisé par un récit publié au XXe siècle. Cette touche romanesque correspond bien à l’esprit du bateau, devenu célèbre lorsque Jean Lacombe l’engage dans la Transat anglaise de 1964. Avec un petit croiseur de cette taille, il traverse l’Atlantique en 46 jours, 6 heures et 5 minutes, une performance qui a durablement marqué l’histoire du modèle.
Je trouve que cet épisode résume bien la personnalité du Golif. Il ne s’agit pas d’un voilier de course au sens moderne, mais d’un bateau simple, marin et suffisamment robuste pour dépasser largement son programme côtier dans les mains d’un navigateur expérimenté. Cette nuance compte beaucoup lorsqu’on lit les annonces qui le présentent parfois comme un véritable bateau hauturier.
Une fiche technique simple mais cohérente
Les documents disponibles ne donnent pas toujours exactement les mêmes chiffres, car certains exemplaires ont reçu un nouveau gréement, un lest différent ou des modifications de chantier. Les valeurs ci-dessous correspondent aux données généralement retenues pour le modèle d’origine.
| Caractéristique | Valeur indicative |
|---|---|
| Longueur de coque | Environ 6,50 m |
| Largeur | Environ 2,26 m |
| Tirant d’eau | Environ 0,96 à 1,13 m selon la version |
| Déplacement | Environ 1 300 kg |
| Lest | Environ 480 kg |
| Surface de voilure | Environ 23 m² |
| Motorisation | Hors-bord de 5 à 8 ch dans un puits |
| Couchettes | 4, avec un confort très élémentaire |
Comment se comporte ce petit croiseur sous voiles
Le Golif a été pensé pour donner accès à la croisière habitable, pas pour multiplier les milles au près dans une mer formée. Sa coque assez volumineuse à l’arrière et son déplacement conséquent lui donnent une navigation stable, mais aussi un comportement qui peut devenir plus ardent lorsque le bateau gîte fortement. En clair, il peut chercher à remonter au vent et demander une réduction de toile bien menée.
Dans des conditions raisonnables, le plan de voilure reste facile à contrôler. Le gréement de sloop bermudien, avec grand-voile, foc ou génois et spi selon l’équipement, convient à l’apprentissage des réglages essentiels. Je conseille toutefois de ne pas juger le bateau sur une sortie par petit temps uniquement. Un vieux gréement mal réglé peut donner l’impression que la carène est lente, alors qu’un simple réglage du mât, des voiles et des haubans change nettement le comportement.
Ce qu’il fait bien
- Il se montre rassurant dans la brise modérée grâce à son lest important.
- Il accepte les mouillages peu profonds avec un tirant d’eau inférieur à celui de nombreux croiseurs de même époque.
- Il reste accessible à un équipage réduit, à condition que les manœuvres aient été modernisées et bien entretenues.
- Il permet de progresser en navigation sans multiplier les systèmes complexes.
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Ce qu’il ne faut pas lui demander
Ce bateau n’est pas adapté à une recherche de vitesse, à une navigation confortable à quatre adultes ou à des traversées engagées sans préparation. Sa stabilité ne dispense jamais de contrôler la météo, l’état du gréement et l’étanchéité des panneaux. L’exploit de Jean Lacombe prouve les possibilités d’un bateau bien préparé avec un skipper compétent, mais il ne constitue pas un programme normal pour un propriétaire débutant.
À mes yeux, le meilleur terrain de jeu reste la Manche, la Bretagne, le golfe du Morbihan, les pertuis charentais ou la Méditerranée côtière par fenêtre météo stable. Le Golif y révèle son intérêt principal, celui d’un bateau simple qui permet de passer une nuit au mouillage et de longer la côte sans infrastructure lourde.
Acheter un Golif d’occasion sans se laisser séduire par le prix
Le prix d’appel peut sembler très bas. Des exemplaires à remettre en état peuvent apparaître autour de quelques milliers d’euros, tandis qu’un bateau navigant, correctement équipé et entretenu, peut coûter davantage. Il faut surtout éviter de calculer uniquement le prix de la coque. Sur un voilier de plus de cinquante ans, le budget de remise en service dépasse souvent le prix d’achat.
Je commencerais toujours par une inspection à sec, puis par une visite complète du gréement et du moteur. La coque polyester peut rester saine, mais cela ne signifie pas que le bateau est immédiatement sûr ou prêt à naviguer.
| Élément à contrôler | Risque fréquent | Conséquence possible |
|---|---|---|
| Quille et jonction coque-lest | Fissures, infiltrations, chocs anciens | Travaux structurels coûteux |
| Gréement dormant | Haubans et sertissages vieillissants | Risque de démâtage |
| Safran et ferrures | Jeu, corrosion, délamination | Perte de contrôle directionnel |
| Épontille et pied de mât | Humidité ou compression | Déformation de la structure |
| Installation électrique | Câbles anciens et raccords oxydés | Pannes ou échauffement |
| Moteur hors-bord | Démarrage irrégulier, refroidissement défaillant | Manœuvres difficiles au port |
Le gréement dormant mérite une attention particulière. Même si les haubans paraissent propres, leur âge, les sertissages et les ridoirs doivent être examinés par une personne compétente. Remplacer un jeu complet peut représenter 1 000 à 2 500 euros selon les pièces, la main-d’œuvre et les adaptations nécessaires.
Il faut aussi regarder les voiles. Un jeu très ancien peut encore flotter, mais une toile détendue réduit la capacité à remonter au vent et augmente les efforts dans le gréement. Pour une remise à niveau complète, le budget peut facilement atteindre 2 000 à 5 000 euros, voire davantage avec des voiles neuves sur mesure.
Golif, Muscadet ou modèle plus récent
La comparaison avec le Muscadet est naturelle, puisque les deux bateaux appartiennent à la même génération et sont associés à la démocratisation de la petite croisière française. Pourtant, leur philosophie diffère. Le Golif mise davantage sur le volume intérieur et la production industrielle en polyester, tandis que le Muscadet privilégie une carène légère en contreplaqué, connue pour ses qualités au près et ses performances en course-croisière.
| Critère | Golif | Muscadet | Croiseur moderne de 6,50 m |
|---|---|---|---|
| Construction | Polyester stratifié | Contreplaqué | Polyester ou matériaux composites |
| Confort | Simple, quatre couchettes | Très fonctionnel | Plus ergonomique |
| Entretien | Structure robuste, équipements anciens | Surveillance du bois nécessaire | Équipements plus coûteux mais récents |
| Programme | Croisière côtière et cabotage | Croisière sportive et régate | Croisière côtière polyvalente |
| Budget d’achat | Souvent faible | Variable, parfois soutenu par la cote historique | Plus élevé |
Le Golif devient pertinent lorsque l’on cherche avant tout un bateau patrimonial, simple et abordable. Pour une famille qui veut du confort, une grande autonomie électrique ou une utilisation intensive, un modèle plus récent sera généralement plus rationnel. Pour un navigateur qui aime bricoler, comprendre son bateau et naviguer sans superflu, son charme reste difficile à remplacer.
Je déconseille en revanche de choisir ce modèle uniquement parce qu’il est bon marché. Un bateau ancien bien suivi peut être une excellente affaire. Un bateau ancien abandonné, même acheté pour quelques centaines d’euros, peut devenir un chantier de plusieurs mois et mobiliser un budget supérieur à celui d’un voilier déjà navigant.
Ce que le Golif peut encore apprendre au plaisancier
Le Golif rappelle qu’un voilier n’a pas besoin d’être grand, récent ou bardé d’électronique pour offrir une vraie autonomie. Sa conception met l’accent sur les fondamentaux, à savoir la stabilité, la simplicité des manœuvres, le rangement et la capacité à vivre quelques jours à bord.
Pour un premier achat, je privilégierais un exemplaire dont la structure est saine, même si la sellerie ou l’électronique sont modestes. Une table à cartes ancienne se remplace facilement. Une quille mal réparée, un gréement douteux ou un safran fragilisé peuvent transformer une sortie agréable en problème sérieux.
Bien choisi et correctement préparé, ce petit croiseur reste une porte d’entrée attachante vers la navigation habitable. Il ne promet ni luxe ni vitesse, mais il donne quelque chose de plus rare à bord d’un bateau ancien une relation directe avec la mer, le vent et les décisions du navigateur.