Baltic 111 Raven et ses foils, un superyacht hors normes

Le voilier Baltic 111 Raven fend les vagues, ses voiles noires gonflées par le vent.

Écrit par

Théodore Duval

Publié le

28 juil. 2026

Table des matières

Que se passe-t-il lorsqu’un chantier transpose la technologie des foils de la course au large sur un superyacht de 34 mètres ? Le Baltic 111 Raven répond à cette question avec une combinaison rare de légèreté, de confort et de vitesse. Voici ses caractéristiques techniques, son fonctionnement sous voiles, ses équipements et les compromis qu’il faut comprendre avant de le comparer à un voilier classique.

Les chiffres qui permettent de situer Raven en un coup d’œil

  • 34 m de longueur hors tout pour 7,40 m de largeur.
  • 55 tonnes de déplacement à l’état lège, une masse exceptionnelle pour ce gabarit.
  • Foils en T orientables installés sur des bras latéraux hydrauliques.
  • Propulsion diesel-électrique hybride avec moteur de 130 kW et deux générateurs de 80 kW.
  • 30 nœuds atteints lors de la traversée transatlantique de 2026.

Le yacht futuriste Baltic 111 Raven, d'un orange vif, fend les vagues, ses hydrofoils le soulevant hors de l'eau.

Un voilier de 34 mètres conçu comme un prototype de vitesse

Raven n’est pas un grand voilier de croisière agrandi. C’est un superyacht de performance, développé pour les sorties à la journée, les navigations côtières rapides et les longues traversées à haut régime. Son dessin associe le designer finlandais Jarkko Jämsén, l’architecte naval Botin Partners et l’ingénierie structurelle de PURE Design and Engineering.

La construction a été achevée en 2023 par Baltic Yachts en Finlande. Le projet était entièrement personnalisé et ne correspond donc pas à un modèle produit en série avec un prix catalogue. Le coût de construction n’a pas été communiqué publiquement, ce qui est fréquent pour un yacht de ce niveau de personnalisation.

Caractéristique Donnée
Longueur hors tout 34,00 m
Longueur à la flottaison 33,10 m
Largeur maximale 7,40 m
Tirant d’eau 4,80 m
Déplacement lège 55 tonnes
Lest fixe 9,3 tonnes

Le rapport entre la longueur et le déplacement explique une grande partie du potentiel de l’engin. Avec seulement 55 tonnes pour 34 mètres, Raven est beaucoup plus légère qu’un superyacht traditionnel de taille comparable. Cette réduction de masse améliore l’accélération, la vitesse dans le petit temps et la capacité des foils à soulager la coque.

Comment fonctionnent les foils de Raven

La caractéristique la plus spectaculaire est son système de deux foils en T. Ils sont montés sur des bras latéraux commandés hydrauliquement et peuvent produire de la portance, de la force latérale et un moment de redressement. En pratique, le bateau utilise les foils pour soutenir une partie importante de son poids lorsqu’il accélère.

Le terme « foiling » ne signifie pas que la coque quitte constamment l’eau comme sur un petit catamaran de compétition. Raven reste un monocoque doté d’une quille fixe, mais les appendices réduisent la charge portée par la coque et stabilisent le bateau à grande vitesse. Les angles des foils et de leurs volets sont ajustés selon l’allure et la puissance disponible.

La quille conserve un rôle essentiel. Son bulbe fixe pèse environ 9,3 tonnes et reste la base de la stabilité lorsque le bateau navigue lentement ou lorsque les foils ne produisent pas encore assez de portance. Des ballasts d’eau mobiles placés à l’arrière permettent aussi d’adapter l’assiette et le moment de redressement.

Le dessin de la coque renforce cette logique. La large bouchain, c’est-à-dire l’angle marqué entre le fond et les flancs, contribue à la stabilité dynamique. La sensation à la barre se rapproche parfois de celle d’un multicoque, avec une coque qui accélère vite et une grand-voile qui reste très bordée lorsque le vent apparent avance.

Une vitesse impressionnante, mais encadrée

Les premiers essais ont montré des vitesses soutenues dans les hauts de la vingtaine de nœuds. En janvier 2026, le voilier a ensuite remporté la ligne d’arrivée monocoque de la RORC Transatlantic Race et établi un nouveau record monocoque sur la traversée Lanzarote-Antigua, longue d’environ 3 000 milles nautiques. Il a franchi la ligne à près de 30 nœuds après moins de sept jours de navigation.

Ces chiffres ne doivent pas être interprétés comme une vitesse de croisière permanente. La performance dépend du vent, de l’état de la mer, de la configuration des voiles et du réglage des foils. À bord, une telle vitesse exige une équipe expérimentée, des procédures précises et une montée en puissance progressive.

Une construction carbone où chaque kilogramme compte

La coque et le pont utilisent une construction sandwich en carbone pré-imprégné et âme Kevlar. Le pré-imprégné est une fibre déjà associée à sa résine, cuite sous contrôle pour obtenir une structure très rigide et régulière. L’âme alvéolaire augmente l’épaisseur utile sans ajouter beaucoup de masse.

La recherche de légèreté est allée très loin. Les supports, les chemins de câbles, les tuyauteries hydrauliques et même certains éléments de finition ont été repensés pour économiser quelques centaines de grammes ici et quelques kilogrammes là. Sur un bateau de 55 tonnes, ces détails finissent par modifier réellement le comportement sous voiles.

Le revers est clair. Raven possède très peu d’isolation acoustique, car l’insonorisation ajoute du poids. À grande vitesse, le bateau peut donc être nettement plus bruyant qu’un yacht de croisière classique. Les surfaces intérieures et certains matériaux absorbants adoucissent le son, mais ils ne transforment pas ce voilier de performance en salon silencieux.

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Un intérieur léger sans renoncer au confort

L’aménagement avant comprend deux cabines pour les invités ainsi que des espaces importants pour l’équipage, dont une cabine de capitaine. Le cockpit d’observation surnommé « Bird’s Nest » est l’un des éléments les plus originaux. Sa structure évoque une cage légère et protège les passagers tout en leur donnant une vue directe sur l’action.

Le bambou, le rotin et les structures tubulaires apparentes prolongent l’esthétique technique de la coque. Je trouve ce choix plus convaincant qu’un intérieur luxueux conventionnel, car il montre franchement ce que le bateau cherche à être : une machine rapide habitable, et non un appartement flottant auquel on aurait ajouté des voiles.

Une propulsion hybride adaptée à un voilier de haute performance

Le système propulsif repose sur un moteur électrique Phi-Power de 130 kW. L’énergie provient de deux générateurs Yanmar de 80 kW et de deux banques de batteries. Cette architecture diesel-électrique alimente la propulsion, les pompes hydrauliques et les services du bord avec une distribution plus flexible qu’une installation mécanique traditionnelle.

L’hélice escamotable possède des pales en carbone et un moyeu en titane. Lorsqu’elle n’est pas nécessaire, elle peut être rétractée afin de limiter la traînée. C’est un détail déterminant sur un voilier rapide, car une hélice exposée peut dégrader sensiblement les performances sous voiles.

Le gréement reste plus familier que la coque. Le mât en carbone vient de Southern Spars et les voiles de près utilisent la technologie North Sails 3Di avec un guindant structuré Helix. Un bout-dehors de 8 mètres permet de porter des voiles de portant, notamment des Code et des asymétriques.

Cette configuration réclame une vraie discipline de réglage. Le chariot d’écoute de grand-voile occupe presque toute la largeur du bateau et sert à modifier rapidement la puissance. Un équipage habitué aux voiliers de croisière lourds devra donc changer ses réflexes, surtout lorsque le vent apparent devient très avancé.

Ce que Raven apporte à la navigation hauturière

Le principal intérêt de ce projet ne réside pas uniquement dans un chiffre de vitesse. Raven montre qu’un grand yacht peut réunir foiling, autonomie hauturière et confort résidentiel dans une même plateforme. La quille fixe apporte une sécurité passive lorsque les foils sont inactifs, tandis que les appendices prennent le relais lorsque la vitesse augmente.

Cette polyvalence a cependant ses limites. Les foils, les vérins hydrauliques, les ballasts et les systèmes de contrôle ajoutent de la complexité. Chaque élément doit être inspecté, entretenu et utilisé dans ses limites prévues. La préparation météo et la formation de l’équipage sont donc aussi importantes que la puissance du gréement.

Le bateau demande également de l’espace pour manœuvrer. Avec 4,80 mètres de tirant d’eau, un mât de grande hauteur et des appendices sophistiqués, il n’est pas destiné aux ports peu profonds ni aux escales improvisées. Sa vocation est celle d’un yacht de grande croisière rapide, exploité par une équipe professionnelle dans des zones offrant suffisamment d’eau et de dégagement.

À mes yeux, le plus grand mérite de Raven est d’assumer ses compromis. Elle accepte le bruit, la complexité et un programme de maintenance exigeant pour obtenir une expérience de navigation que peu de monocoques de cette taille peuvent offrir. C’est précisément ce qui la rend intéressante pour l’ingénierie maritime, au-delà de son image de superyacht spectaculaire.

Pourquoi le Baltic 111 Raven reste un projet à part

Raven ne préfigure pas un nouveau modèle standard que l’on retrouvera bientôt dans toutes les marinas. Elle représente plutôt un laboratoire grandeur nature pour la construction composite, les foils orientables et la propulsion hybride. Ses résultats en course transatlantique montrent que cette approche peut fonctionner au large, mais ils ne suppriment pas les exigences de compétence et d’entretien.

Pour résumer son identité, je la décrirais comme un monocoque de 34 mètres doté d’une masse de petit yacht, d’une stabilité assistée par foils et d’un intérieur conçu autour de la performance. Sa valeur ne se mesure pas seulement à sa vitesse maximale, mais à la manière dont elle rapproche l’univers des superyachts de celui des bateaux de course.

Le point à retenir est simple : Raven est destinée à ceux qui recherchent une navigation rapide, technique et réellement différente. Pour une croisière silencieuse et sans contraintes, un voilier classique sera plus logique. Pour explorer ce que peut devenir un grand monocoque lorsqu’on traite chaque kilogramme et chaque degré d’assiette comme des variables de performance, elle constitue l’un des projets les plus aboutis de sa génération.

Questions fréquentes

Les deux foils orientables produisent de la portance, une force latérale et un moment de redressement. Ils réduisent la charge portée par la coque sans la faire complètement sortir de l’eau, tandis que la quille fixe de 9,3 tonnes conserve un rôle stabilisateur.

Le yacht utilise un moteur électrique Phi-Power de 130 kW alimenté par deux générateurs Yanmar de 80 kW et deux banques de batteries. Son hélice escamotable en carbone et titane limite la traînée lorsqu’elle n’est pas utilisée sous voiles.

La coque en carbone pré-imprégné avec âme Kevlar réduit fortement le poids, mais l’isolation acoustique reste limitée. Le bateau peut donc être bruyant à grande vitesse et nécessite un entretien rigoureux des foils, des vérins hydrauliques, des ballasts et des systèmes de contrôle.

Avec 4,80 mètres de tirant d’eau, un grand mât et des appendices complexes, Raven est destiné aux navigations rapides et aux traversées au large. Il demande des ports suffisamment profonds, un espace de manœuvre adapté et un équipage expérimenté.

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foils superyachts construction composite propulsion hybride

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Théodore Duval

Théodore Duval

Je m'appelle Théodore Duval et j'ai trois ans d'expérience dans le domaine de la navigation, de la culture et de l'ingénierie maritime. Mon intérêt pour ces sujets a commencé dès mon plus jeune âge, lorsque je passais des heures à explorer les côtes et à m'émerveiller devant la complexité des navires. Ce qui me passionne, c'est d'expliquer les enjeux liés à la mer et aux technologies maritimes, tout en rendant ces thèmes accessibles à tous. Au fil de mes expériences, j'ai développé une approche rigoureuse pour vérifier les sources et comparer les informations. J'aime simplifier des sujets parfois complexes et suivre les tendances actuelles pour offrir un contenu utile, précis et à jour. Je m'efforce de partager mes connaissances de manière claire, afin d'aider mes lecteurs à mieux comprendre les défis et les opportunités du monde maritime.

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