Un Westerly Centaur peut encore être un excellent premier voilier de croisière, à condition d’acheter un bateau entretenu plutôt qu’un simple prix attractif. Ce ketch ou sloop britannique de 26 pieds séduit par sa quille double, son volume intérieur et sa capacité à s’échouer, mais il faut accepter une vitesse modeste et inspecter sérieusement un bateau qui a souvent plus de 45 ans. Je détaille ici ses qualités, ses limites, son comportement, son prix en occasion et les contrôles à effectuer avant de signer.
Le Westerly Centaur reste un choix cohérent pour la croisière côtière
- Programme idéal : cabotage, mouillages, estuaires et navigations familiales par météo raisonnable.
- Atout majeur : la quille double avec environ 0,91 m de tirant d’eau permet l’échouage.
- Confort : jusqu’à 5 couchages dans un intérieur spacieux pour un voilier de 7,92 m.
- Limite principale : il ne faut pas l’acheter pour ses performances au près ou sa vitesse.
- Budget d’achat : environ 3 500 à 12 000 € selon l’état, le moteur et les équipements.

Pourquoi le Centaur conserve une aussi bonne réputation
Présenté en 1969, le Westerly Centaur a été produit jusqu’en 1980 à environ 2 440 exemplaires. Cette diffusion explique une partie des avis favorables que l’on retrouve encore chez les propriétaires. Les pièces, les plans, les retours d’expérience et les solutions de restauration restent relativement faciles à trouver pour un voilier de cet âge.
Le bateau mesure environ 7,92 m de longueur, 2,59 m de large et déplace près de 2,8 tonnes. Sa double quille lui permet de reposer sur ses semelles à marée basse, ce qui ouvre l’accès à des ports et à des mouillages inadaptés aux voiliers à quille profonde. Pour moi, c’est son avantage le plus concret dans les eaux françaises à fort marnage, notamment en Bretagne, en Normandie ou dans certains estuaires.
La conception privilégie la solidité et la vie à bord. La coque en stratifié de verre, le cockpit autovideur et la bonne stabilité rassurent les équipages débutants. En contrepartie, le Centaur possède un fardage important, c’est-à-dire une grande surface exposée au vent, et ne donne pas la sensation légère et nerveuse d’un voilier moderne.
Un comportement marin rassurant mais sans prétention sportive
Les avis convergent sur un point : le Centaur est stable, prévisible et facile à prendre en main. Son déplacement élevé et son lest conséquent limitent la gîte dans les conditions normales. Le cockpit généreux facilite les manœuvres en équipage réduit, tandis que le gréement reste raisonnablement accessible pour une personne seule.
Au près, la double quille atteint toutefois ses limites. Le bateau remonte moins bien dans le vent qu’un voilier à quille longue ou à quille profonde, et il peut perdre de la vitesse dans le clapot. Je conseille donc de ne pas juger un Centaur sur un bord de quelques minutes dans une brise légère. Son terrain de jeu est la croisière tranquille, pas la régate autour de trois bouées.
Au portant et dans une mer formée mais raisonnable, son comportement devient plus convaincant. Il avance régulièrement, reste confortable et accepte bien les petites erreurs de barre. Il faut cependant surveiller les manœuvres au moteur, car le fardage peut compliquer l’accostage dans un vent de travers. Une hélice en bon état et un moteur fiable font ici davantage la différence qu’un équipement électronique dernier cri.
Les limites à ne pas minimiser
- Vitesse modérée : les longues traversées prennent du temps, surtout par vent faible.
- Cap moins serré : la quille double pénalise la remontée au vent.
- Prise au vent : les manœuvres de port demandent de l’anticipation.
- Mouillage exposé : sa légèreté relative et son fardage peuvent le rendre remuant dans certaines rafales.
Le confort intérieur fait souvent pencher la balance
Pour un bateau de 26 pieds, le volume disponible est l’une des bonnes surprises du modèle. On trouve généralement cinq couchages, une dinette transformable, une petite cuisine, un cabinet de toilette séparé et une hauteur sous barrots appréciable. Ce n’est pas un appartement flottant, mais quatre personnes peuvent y passer plusieurs jours sans vivre dans une cabine minuscule.
La disposition exacte varie selon l’année et les aménagements réalisés par les propriétaires. Certains exemplaires disposent d’une table à cartes, d’autres ont été modernisés avec un chauffage, un réfrigérateur ou des panneaux solaires. Je préfère un intérieur simple, propre et sec à un Centaur suréquipé dont les câblages ont été bricolés au fil des décennies.
Le défaut le plus connu concerne le vaigrage qui se décolle, parfois appelé « Westerly droop ». Le revêtement de plafond peut se décoller et former des poches disgracieuses. La réparation est possible, mais elle demande du temps, de la préparation et une vraie réflexion sur le matériau de remplacement.
Quel budget prévoir sur le marché français
Les prix varient énormément parce que l’âge du bateau ne suffit pas à déterminer sa valeur. En France, on rencontre des Centaur autour de 3 500 à 5 000 € lorsqu’ils nécessitent une remise en état, tandis qu’un exemplaire navigable avec moteur remplacé, gréement suivi et équipements cohérents peut se situer autour de 7 000 à 12 000 €.
| État du bateau | Fourchette indicative | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Projet de restauration | 3 500 à 5 000 € | Travaux sur moteur, voiles, électricité ou traitement de coque à prévoir |
| Exemplaire navigable | 6 000 à 9 000 € | Équipements fonctionnels, mais entretien courant et améliorations possibles |
| Centaur prêt à croiser | 9 000 à 12 000 € ou davantage | Moteur récent, voiles correctes, gréement contrôlé et dossier d’entretien solide |
Ces montants sont des repères, pas une expertise de marché. Un moteur diesel remplacé peut à lui seul justifier une différence importante, tout comme un jeu de voiles récent ou un gréement dormant renouvelé. À l’inverse, une coque brillante ne compense pas un moteur fatigué, des boulons de quille corrodés ou une installation électrique dangereuse.
Les contrôles indispensables avant l’achat
Je commencerais par la structure, pas par la sellerie. Il faut examiner les deux semelles de quille, leurs fixations, les traces de choc et les éventuelles infiltrations autour des boulons. Une inspection à sec permet aussi de repérer les réparations anciennes et les zones où l’eau a pu rester piégée.
Le second poste est le gréement dormant, c’est-à-dire l’ensemble des câbles qui soutiennent le mât. Sur un bateau ancien, l’absence de date de remplacement doit être considérée comme un risque à chiffrer. Les voiles, les rails, les winches, les cadènes et la ferrure de safran méritent la même attention.
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La mécanique et les installations
- Faire démarrer le moteur à froid et vérifier fumée, vibrations, refroidissement et charge de batterie.
- Contrôler l’arbre, la bague hydrolube, l’étanchéité du presse-étoupe et l’état de l’hélice.
- Tester chaque pompe, vanne, passe-coque et instrument de navigation.
- Inspecter les câbles électriques, les coupe-circuits et les connexions cachées derrière les vaigrages.
- Vérifier l’absence d’odeur persistante d’humidité, de gasoil ou de gaz.
Une visite personnelle ne remplace pas une expertise. Pour un achat destiné à naviguer régulièrement, je ferais intervenir un expert maritime indépendant, surtout si le vendeur ne fournit pas de factures ou si le bateau est vendu après une longue période d’immobilisation. Le coût de l’expertise est généralement faible face à une mauvaise surprise structurelle ou mécanique.
À qui ce voilier convient vraiment
Le Centaur convient très bien à un navigateur qui veut explorer la côte, entrer dans des ports peu profonds, s’échouer sur une vasière ou apprendre la croisière sur un bateau stable. Il peut aussi servir de résidence saisonnière compacte, à condition d’accepter un confort ancien et une isolation limitée.
Je le déconseillerais à celui qui veut multiplier les traversées rapides, naviguer souvent au près dans une mer courte ou participer à des régates. Un voilier à quille fixe plus moderne sera généralement plus vif et plus précis, tandis qu’un Westerly Konsort offrira davantage d’espace et de capacité pour les navigations prolongées, mais à un prix souvent supérieur.
Le bon Centaur n’est donc pas forcément le moins cher. C’est celui dont la coque, les quilles, le moteur et le gréement sont documentés, avec un historique d’entretien compréhensible. Dans cette catégorie de voiliers anciens, l’état réel compte beaucoup plus que le millésime.
Le détail qui transforme un achat raisonnable en mauvaise affaire
Avant de négocier, je demanderais la liste précise des travaux réalisés, les factures du moteur, la date du dernier carénage et les rapports d’expertise disponibles. Une sortie en mer est également préférable à une simple visite au ponton, car elle révèle le comportement du moteur, la tenue du cap et les bruits anormaux.
Mon avis est finalement assez clair. Le Westerly Centaur reste un voilier de croisière côtière attachant, robuste et pratique, particulièrement pertinent pour les zones où l’échouage a une vraie valeur. Il faut seulement l’acheter comme un bateau ancien à inspecter, pas comme une occasion bon marché qui ne coûtera ensuite presque rien.