Le parcours de Morgan Lagravière résume assez bien ce que demande la course au large moderne: vitesse de base, sens marin, capacité à tenir la pression et aisance à bord d’un bateau toujours plus technique. Je m’intéresse ici à son profil de skipper, à ses résultats les plus parlants et à ce qui fait sa valeur dans les projets IMOCA actuels. On comprend vite qu’il ne s’agit pas seulement d’un palmarès, mais d’une manière de naviguer très adaptée aux duos rapides et aux grandes transatlantiques.
Un marin complet qui a trouvé sa vitesse en solitaire, en duo et en IMOCA
- Né le 23 mai 1987 à La Réunion, il a d’abord été formé en 49er avant de passer à la course au large.
- Il s’est révélé en Figaro avec un titre de meilleur bizuth de la Solitaire du Figaro 2011 et une victoire sur le Tour de Bretagne la même année.
- Son profil s’est renforcé en IMOCA avec Safran II, premier monocoque à foils de la classe, puis avec plusieurs campagnes de haut niveau.
- Il a remporté trois fois la Transat Café L’Or dans la catégorie IMOCA, en 2021, 2023 et 2025.
- En 2025, il s’est imposé comme un co-skipper clé aux côtés de Jérémie Beyou sur Charal, dans une logique de performance pure.
Du 49er au large, un passage qui explique sa vitesse
The Ocean Race le situe à La Réunion, né le 23 mai 1987, avec un passage remarqué par le 49er avant la course au large. Ce détail compte plus qu’on ne le croit: le 49er est un dériveur très vif, qui oblige à sentir le bateau au millimètre, à réagir vite et à garder une précision constante dans les réglages. On y apprend à gagner quelques nœuds sans jamais perdre la maîtrise, ce qui reste une base précieuse pour un marin de haut niveau.
Chez lui, la transition vers la mer ouverte s’est faite sans cassure. Sa montée en puissance dans le Figaro l’a montré dès 2011 avec le statut de meilleur bizuth de la Solitaire du Figaro et une victoire sur le Tour de Bretagne. À mes yeux, c’est souvent le signe d’un marin qui ne dépend pas seulement de son talent brut, mais qui sait transformer une bonne école technique en vitesse durable. C’est ce socle qui explique ensuite son aisance dans des classes où le moindre détail de trim peut faire basculer une course.
Le point intéressant, pour un lecteur qui suit les navigateurs, c’est qu’il n’a jamais eu un profil “mono-format”. Il a au contraire construit une base très propre, puis l’a déplacée d’un support à l’autre. Et c’est précisément ce type de trajectoire qui prépare la suite, parce qu’en IMOCA les qualités venues du skiff et du Figaro deviennent immédiatement utiles.
Ce qui a fait de lui un spécialiste de l’IMOCA
En 2014, Morgan Lagravière rejoint Safran Sailing Team et prend la barre de Safran II, présenté comme le premier monocoque à foils de la classe IMOCA. Pour le dire simplement, un foil est un appendice porteur qui crée de la portance et réduit la traînée: le bateau peut alors “voler” partiellement au-dessus de l’eau. Sur le papier, cela promet plus de vitesse; en pratique, cela exige surtout une lecture très fine de l’équilibre du bateau, parce qu’un foiler mal réglé devient vite imprévisible.
Son premier Vendée Globe, en 2016, s’arrête sur problème technique. Cet épisode n’est pas anecdotique: il rappelle que l’IMOCA reste une classe où la performance pure est indissociable de la fiabilité matérielle. Je considère même que ce genre d’arrêt construit souvent les marins plus sûrement qu’un enchaînement de courses faciles, parce qu’il oblige à comprendre ce qui casse, pourquoi cela casse et comment mieux préparer la suite.
| Compétence | Ce que cela change à bord | Pourquoi c’est utile |
|---|---|---|
| Lecture de la météo | Meilleurs choix de route et de cadence | En course au large, un bon angle de mer vaut parfois plus qu’un réglage spectaculaire |
| Gestion des appendices et du plan de voilure | Bateau plus équilibré et plus rapide | Sur un foiler, la vitesse dépend autant de la stabilité que de la puissance |
| Navigation en double | Rotations, sommeil, communication plus propres | Les courses modernes en duo se gagnent souvent sur la régularité, pas sur l’héroïsme |
Il faut aussi regarder sa participation à des projets d’équipage très rapides, comme la tentative du Trophée Jules Verne avec Gitana. Cela élargit son profil: il n’est pas seulement un solitaire ou un marin de duo, mais un navigateur capable de s’intégrer dans une machine collective de très haut niveau. Cette polyvalence devient essentielle dès qu’on parle de grandes campagnes IMOCA.
Les victoires qui ont consolidé sa réputation
Quand on lit son palmarès, on voit un schéma assez net: les grands rendez-vous lui conviennent. Il ne s’agit pas d’une accumulation de podiums secondaires, mais d’une série de résultats qui disent quelque chose de son niveau réel sur les courses qui comptent. Je trouve que c’est la meilleure façon d’évaluer un marin: non pas à l’impression, mais à la répétition des performances fortes.
| Année | Résultat | Ce que cela montre |
|---|---|---|
| 2011 | Meilleur bizuth de la Solitaire du Figaro et vainqueur du Tour de Bretagne | Une entrée rapide dans le haut niveau, avec de vraies qualités de lecture de course |
| 2012 | 2e de la Solitaire du Figaro | La confirmation que son premier coup d’éclat n’était pas un hasard |
| 2013 | 3e de la Solitaire du Figaro | Une régularité rare sur une épreuve exigeante mentalement et tactiquement |
| 2018 | 2e de la Transat AG2R La Mondiale | Un vrai passage réussi vers la course en double et la gestion de la durée |
| 2021 | Vainqueur de la Transat Jacques Vabre en IMOCA | La preuve qu’il sait gagner sur un grand format transatlantique |
| 2023 | Vainqueur de la Transat Jacques Vabre en IMOCA | La répétition du succès, souvent plus parlante qu’une seule victoire |
| 2025 | Vainqueur de la Transat Café L’Or en IMOCA | Le triplé, cette fois avec un autre partenaire, ce qui renforce encore sa valeur sportive |
On peut y ajouter un point souvent sous-estimé: les résultats en IMOCA ne reposent pas uniquement sur le talent du barreur, mais aussi sur la qualité des automatismes à bord, la compréhension du bateau et la capacité à maintenir le même niveau sous fatigue. C’est exactement ce que ses victoires en transat montrent. Avec ce type de régularité, il n’est pas étonnant qu’une équipe comme Charal ait voulu l’associer à son projet.

Avec Jérémie Beyou sur Charal, le duo a changé d’échelle
L’IMOCA a confirmé en 2025 que Jérémie Beyou et Morgan Lagravière formeraient un duo sur Charal pour la Rolex Fastnet Race, le Défi Azimut et la Transat Café L’Or. Le message était clair: aller chercher des gains de performance en misant sur deux marins qui se connaissent depuis longtemps, mais qui n’avaient encore jamais navigué ensemble dans cette configuration. Ce genre d’association ne repose pas seulement sur la réputation; il faut aussi une vraie complémentarité technique et humaine.
Je trouve ce duo particulièrement intéressant parce qu’il combine deux logiques. Beyou apporte l’expérience des grands rendez-vous IMOCA et une lecture très pointue du bateau, tandis que Lagravière amène une capacité précieuse à “faire vivre” le bateau, à en tirer des petits pourcentages supplémentaires, surtout quand la mer devient physique ou que le rythme des empannages s’accélère. En course en double, la qualité de communication, la gestion du sommeil et la précision des transitions comptent presque autant que la vitesse pure.
Le bateau lui-même a été travaillé dans cette logique de performance. Charal a reçu une nouvelle paire de safrans, ainsi que plusieurs ajustements d’ergonomie, avec l’idée de rendre l’ensemble plus fiable et plus efficace dans la durée. Le résultat est parlant: ce n’est plus seulement un duo qui “tient la route”, c’est une équipe qui cherche le meilleur rendement possible, jusque dans les détails de cockpit.
La victoire sur la Transat Café L’Or a validé cette approche. Sur une transat moderne, le bon couple marin-bateau ne suffit pas si l’intensité n’est pas tenue jusqu’au bout. Là, le tandem a montré qu’il pouvait imposer son rythme sans se désunir, ce qui reste l’indicateur le plus fiable pour juger un projet de haut niveau.
Ce que son parcours dit de la course au large française en 2026
Le cas de Morgan Lagravière dit beaucoup de la navigation française actuelle: on ne cherche plus seulement des marins brillants en solitaire, mais des profils capables de passer d’un format à l’autre sans perdre en efficacité. Figaro, IMOCA, équipage, transat en double, foiling, réglages fins: tout cela forme désormais un continuum. En 2026, cette polyvalence vaut presque autant qu’un trophée, parce qu’elle sécurise les campagnes et accélère le développement des bateaux.
- Suivre la fiabilité de Charal après sa refonte technique reste un bon indicateur de la suite du programme.
- Regarder les courses en double permet de mesurer sa vraie valeur de co-skipper, au-delà du simple palmarès.
- Observer sa constance sur 24 à 72 heures est souvent plus instructif que de ne regarder que l’arrivée.
Si je devais résumer son intérêt en une ligne, je dirais ceci: c’est un marin qui sait faire gagner une équipe sans se réduire à un seul rôle. Pour suivre la suite de sa trajectoire, il faut donc regarder autant les podiums que la façon dont il transforme chaque course en laboratoire de performance. C’est souvent là que se joue la différence entre un très bon skipper et un marin réellement indispensable.