Lionel Lemonchois fait partie de ces marins dont la carrière résume à elle seule l’âge d’or des grands multicoques français. Victoires en solitaire, succès en équipage, records océaniques et sens très concret de la préparation : son parcours dit à la fois la vitesse pure et l’intelligence de la mer. Je reviens ici sur ce qui a fait sa réputation, sur les courses qui comptent vraiment et sur les repères utiles pour comprendre pourquoi son nom pèse encore dans la course au large.
Les repères à garder en tête
- Le navigateur s’est imposé comme une figure majeure des courses au large en multicoque.
- Sa victoire la plus marquante reste la Route du Rhum 2006, gagnée avec un chrono de 7 jours, 17 heures, 19 minutes et 6 secondes.
- Il a aussi remporté la Transat Jacques Vabre 2005 avec Pascal Bidégorry, puis la Route du Rhum 2010 en Multi50.
- En 2008, il signe un record du monde sur la traversée du Pacifique avec Kojiro Shiraishi sur Gitana 13.
- Son parcours montre que la performance en mer dépend autant du bateau que de la méthode, de la fiabilité et du sang-froid.
- Il reste aujourd’hui associé à la navigation d’exploration et à la transmission d’un vrai savoir marin.
Pourquoi ce skipper a durablement marqué la course au large
Ce qui me frappe chez ce skipper français, c’est la rareté du profil : il n’a pas construit sa réputation sur une seule épreuve, mais sur une capacité à changer de terrain sans perdre en rendement. Solitaire, double, équipage, record pur ou course d’endurance : il a navigué dans toutes les configurations qui comptent en course au large.
C’est précisément ce mélange qui explique sa place dans la culture voile française. Un marin peut gagner une grande course ; beaucoup moins peuvent incarner, en même temps, la vitesse, la fiabilité et l’audace technique. C’est ce fil conducteur qu’il faut garder en tête avant d’entrer dans ses résultats majeurs, parce qu’ils prennent tout leur sens quand on voit le type de machines qu’il a menées.
Autrement dit, son parcours n’est pas seulement une suite de classements. C’est une démonstration très concrète de ce qu’exige la mer au plus haut niveau : comprendre le bateau, lire la météo, tenir la pression et savoir quand pousser, quand préserver et quand réparer. La suite le montre très bien.
Les victoires qui ont bâti une réputation de gagneur
Sa réputation ne vient pas d’une accumulation de podiums anecdotiques, mais de quelques résultats qui ont vraiment déplacé la ligne de ce qu’on attend d’un marin français. Je lis ces courses comme des tests complets : météo, réglages, lecture du risque, résistance physique et, surtout, capacité à transformer un bateau rapide en victoire concrète.
| Année | Course | Bateau ou équipage | Ce que cela prouve |
|---|---|---|---|
| 2005 | Transat Jacques Vabre | Avec Pascal Bidégorry sur Banque Populaire IV | Une vraie maîtrise du double, avec un duo capable de tenir une cadence propre et régulière sur la durée. |
| 2006 | Route du Rhum | Gitana XI | Victoire éclatante et record de l’épreuve en multicoque, sur un format qui valorise à la fois vitesse et lucidité. |
| 2008 | Traversée du Pacifique | Gitana 13 avec Kojiro Shiraishi | Un record du monde qui confirme sa capacité à tenir une très longue traversée sans perdre le rythme. |
| 2010 | Route du Rhum | Prince de Bretagne en Multi50 | Une victoire dans une autre classe, donc avec d’autres contraintes de bateau et de pilotage. |
| 2010 | Trophée Jules Verne | Équipage Groupama 3 avec Franck Cammas | La preuve qu’il sait aussi s’inscrire dans une logique collective, où la précision du groupe fait la différence. |
Le détail intéressant, c’est que ces résultats ne racontent pas le même type de voile. La victoire en double demande des automatismes très propres ; le record en solitaire exige une lucidité permanente ; le Jules Verne réclame une mécanique collective quasi chirurgicale. Ce n’est pas le même métier, et c’est justement ce qui rend ce palmarès si fort.
Je trouve aussi que ces succès éclairent bien la hiérarchie réelle de la course au large : les trophées comptent, mais les écarts créés et la façon de tenir une trajectoire propre sous pression comptent tout autant. C’est ce qui mène naturellement à la question des records, souvent plus révélateurs qu’un simple podium.
Des records qui disent mieux que les discours
Les records de ce marin ont une valeur particulière parce qu’ils ne sont pas des coups d’éclat isolés. Ils montrent une constance dans la vitesse, une vraie compréhension des grandes routes océaniques et une capacité à faire parler des multicoques conçus pour aller loin, vite et longtemps. Selon l’IMOCA, son record du Pacifique avec Kojiro Shiraishi en 2008 s’inscrit dans cette logique de performance au long cours.
- Route du Rhum 2006 : Gitana XI boucle la traversée en 7 jours, 17 heures, 19 minutes et 6 secondes, un chrono qui a marqué la course.
- Pacifique 2008 : record du monde sur la traversée San Francisco-Yokohama avec Kojiro Shiraishi sur Gitana 13.
- Routes légendaires : les traversées de New York à San Francisco et de San Francisco à Yokohama installent son nom parmi les grands spécialistes des parcours extrêmes.
- Route du Rhum 2010 : victoire en Multi50 sur Prince de Bretagne, preuve qu’il sait adapter sa vitesse à une autre architecture de bateau.
Ce que ces records disent, au fond, c’est qu’un grand navigateur ne cherche pas seulement à aller vite sur une journée. Il sait transformer une route entière en terrain d’expression, avec ses zones de pression, ses bascules météo et ses moments où la prudence doit prendre le dessus sur l’ego. C’est aussi pour cela que ses choix de bateaux méritent qu’on s’y arrête.
Les bateaux derrière la légende
D’après VPLP Design, le Maxi 80 Prince de Bretagne a été pensé comme un multicoque léger, maniable et rapide en solitaire, avec une plateforme issue de pièces récupérées sur un ancien 60 pieds et des éléments nouveaux en carbone. Je trouve ce point essentiel, parce qu’en grande course la vitesse ne vient presque jamais d’une seule idée brillante : elle naît d’un empilement cohérent de décisions justes.
- Gitana XI : ce 60 pieds ORMA allongé incarne l’époque où la recherche du bon rapport poids/puissance poussait les bateaux vers des performances très agressives.
- Prince de Bretagne : avec ses 24 mètres, son bau de 18,2 mètres et une surface de voilure importante, il montre le compromis permanent entre puissance brute et contrôle en solitaire.
- Groupama 3 : son rôle dans l’équipage du Trophée Jules Verne rappelle qu’un record autour du monde dépend autant du bateau que de la coordination humaine et de la fiabilité mécanique.
La vraie leçon est simple : sur ces bateaux, la différence se joue souvent dans ce qu’on ne voit pas au départ, à savoir la préparation, la maintenance, les réglages fins et la capacité à réparer sans casser le rythme. C’est précisément ce qui distingue un marin rapide d’un marin durablement redouté.
Et cette dimension technique explique aussi pourquoi son nom reste utile pour comprendre la voile française d’aujourd’hui.
Ce que son parcours apporte encore à la voile française
Son histoire ne s’arrête pas aux grandes transatlantiques. Aujourd’hui, il reste cofondateur de Boreal Adventure Sailing et skipper de VARUNA, avec un terrain de jeu tourné vers les hautes latitudes et la navigation d’exploration. Ce glissement est logique : un marin qui a vécu les grands records sait aussi reconnaître la valeur d’un itinéraire plus rare, plus exigeant dans sa préparation et souvent plus riche sur le plan humain.
Je trouve que cette évolution dit beaucoup de la maturité d’un grand skipper. On ne cherche plus seulement à courir plus vite que les autres ; on cherche à transmettre une manière de naviguer, à garder un haut niveau de sécurité et à faire passer une culture technique complète, du réglage de voile à la gestion du froid, des glaces et des marges de manœuvre. Il dispose d’ailleurs du brevet de Capitaine 200, ce qui confirme un niveau d’exigence qui dépasse le seul cadre de la compétition.
En pratique, c’est aussi ce qui le rend intéressant pour un lecteur qui aime la mer sans forcément suivre toutes les grilles de résultats : il montre qu’un grand marin peut évoluer du record à l’exploration, de la course pure à la transmission, sans perdre le fil conducteur qui fait sa valeur. La dernière idée à retenir est probablement la plus utile.
Ce qu’un passionné retient avant les prochains grands départs
Si je devais résumer son apport en une phrase, je dirais ceci : il rappelle qu’en course au large, le talent ne suffit pas, mais que sans talent de pilotage et sens du bateau, la préparation ne mène nulle part.
- La vitesse utile est celle qu’on peut tenir sans se mettre hors-jeu.
- Un grand palmarès traverse les formats, pas seulement les podiums.
- La technique embarquée n’a de sens que si le skipper sait en tirer une marge réelle.
C’est pour cela que le parcours du navigateur reste une lecture solide pour comprendre la voile française : il montre comment un marin peut passer du record à l’endurance, du solo à l’équipage et de la compétition pure à la transmission, sans perdre la cohérence qui fait durer une carrière.