François Gabart a construit un palmarès atlantique rare: d’abord en IMOCA, puis en multicoque, avec des victoires, des podiums et aussi quelques rappels sévères sur la fragilité d’une course au large. Dans ce texte, je passe en revue ses principales traversées de l’Atlantique, ce qu’elles racontent sur son style de skipper et ce qu’il faut regarder pour lire correctement une future participation.
Les repères à garder sur ses transatlantiques
- Gabart a brillé dans plusieurs formats: solo, double et multicoque géant.
- Ses courses atlantiques les plus marquantes sont la Transat Jacques Vabre, la Route du Rhum, The Transat et la Transat B to B.
- Il a notamment gagné la Transat B to B 2011, la Route du Rhum 2014, la Transat Jacques Vabre 2015 et The Transat 2016.
- Ses dernières grandes références connues sont une 2e place sur la Route du Rhum 2022 et une 2e place sur la Transat Jacques Vabre 2023.
- Son parcours montre qu’en course au large, la vitesse ne suffit jamais sans fiabilité.
Pourquoi son parcours atlantique compte autant
Le bon angle n’est pas seulement de savoir s’il a gagné ou non. Avec Gabart, la vraie question est plus fine: dans quel format a-t-il couru, avec quel bateau, et quel niveau d’optimisation avait déjà atteint le projet. Un IMOCA de 60 pieds ne pardonne pas les mêmes erreurs qu’un Ultim de 32 mètres, et la gestion d’un duo ne ressemble jamais à une traversée en solitaire.
Je trouve d’ailleurs que son parcours est intéressant parce qu’il n’est pas linéaire. Il a appris en Figaro, confirmé en IMOCA, puis changé de dimension sans perdre le goût du détail technique. C’est précisément cette capacité à réinventer sa lecture de l’Atlantique qui rend ses transatlantiques utiles à analyser. C’est pour cela que le meilleur point d’entrée reste la chronologie de ses courses.

Son palmarès transatlantique, course après course
Voici la lecture la plus utile si vous voulez aller droit au but: ses traversées de l’Atlantique dessinent une progression nette, avec des victoires sur plusieurs générations de bateaux et quelques signaux forts quand la fiabilité a été mise à l’épreuve.
| Année | Course | Équipage | Bateau | Résultat | Ce que cela montre |
|---|---|---|---|---|---|
| 2009 | Transat Jacques Vabre | Avec Kito de Pavant | IMOCA Groupe Bel | 2e, en 16 j 04 h 02 min | Première vraie référence en transat en double |
| 2011 | Transat B to B | Seul | MACIF | 1er, en 9 j 09 h 11 min 30 s | Validation du niveau solo en IMOCA |
| 2011 | Transat Jacques Vabre | Avec Sébastien Col | MACIF | 4e, en 16 j 16 h 50 min 12 s | Début d’un duo déjà très compétitif |
| 2013 | Transat Jacques Vabre | Avec Michel Desjoyeaux | MACIF | Abandon | Démâtage, rappel brutal que la fiabilité compte autant que la vitesse |
| 2014 | Route du Rhum | Seul | MACIF | 1er, en 12 j 4 h 38 min 55 s | Victoire majeure et record IMOCA |
| 2015 | Transat Jacques Vabre | Avec Pascal Bidégorry | MACIF | 1er, en 12 j 17 h 29 min 27 s | Un duo très homogène, efficace sur la durée |
| 2016 | The Transat | Seul | MACIF | 1er, en 8 j 8 h 54 min 39 s | Première grande victoire en multicoque solitaire |
| 2018 | Route du Rhum | Seul | MACIF | 2e, à 7 min 8 s du vainqueur | Marges infimes en course au large |
| 2019 | Brest Atlantiques | Avec Gwénolé Gahinet | Macif | 2e, en 31 j 20 h 43 min 50 s | Transition vers les grands trimarans Ultim |
| 2021 | Transat Jacques Vabre | Avec Tom Laperche | SVR-Lazartigue | 2e, en 16 j 9 h 46 min 11 s | Nouveau bateau, nouveau duo, même compétitivité |
| 2022 | Route du Rhum | Seul | SVR-Lazartigue | 2e, en 6 j 23 h 3 min 15 s | Très forte vitesse de fond en Ultim |
| 2023 | Transat Jacques Vabre | Avec Tom Laperche | SVR-Lazartigue | 2e, en 14 j 15 h 5 min 55 s | Confirmation de la régularité au plus haut niveau |
J’inclus Brest Atlantiques 2019 parce que c’est une grande épreuve de l’Atlantique, même si son format est plus spécifique qu’une transat classique. Cette chronologie dit déjà beaucoup sur son évolution, et c’est ce que je décortique juste après.
Pourquoi ses meilleurs résultats ne viennent pas du même format
Si l’on veut comprendre pourquoi certains résultats reviennent avec autant de régularité, il faut regarder le format. La route, le nombre de marins à bord et le type de bateau changent complètement la nature du combat.
| Course | Format | Ce qu’elle exige | Lecture du parcours de Gabart |
|---|---|---|---|
| Route du Rhum | Solo | Autonomie, gestion du risque, capacité à tenir une moyenne élevée sur la durée | Victoire en 2014, puis 2e en 2018 et 2022 |
| Transat Jacques Vabre | Double | Coordination, fiabilité du bateau, partage de la charge mentale | 2e en 2009, 1er en 2015, 2e en 2021 et 2023, abandon en 2013 |
| Transat B to B | Solo, d’ouest en est | Patience tactique et navigation propre dans des transitions météo complexes | Victoire en 2011, souvent oubliée alors qu’elle a compté dans sa montée en puissance |
| The Transat | Solo, multicoque | Pure vitesse, mais avec une contrainte de robustesse encore plus forte | Victoire en 2016, sur un support qui demande autant d’intuition que de méthode |
Ce tableau explique une chose essentielle: Gabart n’a pas seulement “bien navigué”, il a su adapter son pilotage à des logiques très différentes. C’est là que sa carrière devient instructive, parce qu’un bon résultat n’a pas le même sens selon qu’il est obtenu en solitaire, en duo ou sur un bateau de 32 mètres. À partir de là, on comprend mieux son style de skipper.
Ce que ses résultats disent de son pilotage
Je retiens surtout quatre traits.
- Il sait passer du solo au duo sans se diluer. Les podiums obtenus avec Kito de Pavant, Sébastien Col, Pascal Bidégorry et Tom Laperche montrent qu’il ne dépend pas d’un seul mode de fonctionnement.
- Il accepte l’innovation, mais pas au détriment du résultat. Ses plus belles performances arrivent sur des bateaux performants, souvent très poussés techniquement, mais jamais au point de sacrifier complètement la fiabilité.
- Il performe aussi dans les marges étroites. La 2e place sur la Route du Rhum 2018, perdue pour 7 min 8 s, raconte un niveau où chaque réglage, chaque option météo et chaque manœuvre comptent.
- Il n’est pas à l’abri du facteur casse. L’abandon de la Transat Jacques Vabre 2013 après démâtage rappelle que, sur l’Atlantique, la meilleure préparation ne supprime jamais le risque mécanique.
À mes yeux, son vrai point fort n’est pas seulement de gagner. C’est de rester dangereux pour les autres dans des contextes très différents, ce qui est plus rare qu’on ne le croit. La question logique devient alors de savoir comment lire une nouvelle transat quand son nom apparaît sur une liste de départ.
Les bons réflexes pour lire sa prochaine transat
En 2026, ses dernières grandes références de course sur l’Atlantique restent la Route du Rhum 2022 et la Transat Jacques Vabre 2023. Si François Gabart revient sur une nouvelle liste de départ, je regarde toujours trois choses avant de commenter le résultat attendu.
- Le type de bateau: en IMOCA, la tactique et la gestion du milieu de flotte comptent plus qu’on ne le croit; en Ultim, la vitesse pure est spectaculaire mais la casse coûte très cher.
- Le niveau de maturité du projet: un bateau neuf n’a pas la même valeur sportive qu’un bateau déjà fiabilisé sur plusieurs saisons.
- Le rôle du duo: dans la Transat Jacques Vabre, la complémentarité skipper-coéquipier pèse autant que le nom sur la coque.
Si l’on suit Gabart pour comprendre la course au large, ce n’est donc pas seulement la ligne d’arrivée qu’il faut regarder. C’est l’équilibre entre ambition, fiabilité et format de course: c’est là que ses transatlantiques prennent tout leur sens.