Franck Cammas a bâti une réputation rare: celle d’un skipper capable de gagner en solitaire, en double et en équipage, sans jamais perdre le fil technique qui fait avancer un grand multicoque. Ce qui m’intéresse chez lui, ce n’est pas seulement le palmarès, mais la manière dont il relie vitesse, fiabilité et lecture de course. Dans cet article, je reprends son parcours, ses titres majeurs et ce que son rôle actuel sur les Ultim dit de la voile française en 2026.
Les repères essentiels sur un skipper qui a fait école en multicoque
- Son déclic sportif arrive avec la Solitaire du Figaro 1997, remportée à 24 ans.
- Son palmarès comprend la Route du Rhum, quatre Transat Jacques-Vabre, la Volvo Ocean Race et un record du Trophée Jules Verne.
- Son profil n’est pas celui d’un simple navigateur rapide, mais d’un marin très fort sur la mise au point et la gestion du risque.
- Son actualité reste tournée vers les grands multicoques, avec SVR-Lazartigue et la Route du Rhum 2026 en ligne de mire.
- Sa valeur tient autant à ses résultats qu’à sa capacité à faire progresser un projet de course.
Un marin qui a construit sa réputation course après course
Le site de la Solitaire du Figaro rappelle qu’il a remporté l’édition 1997 à 24 ans, et c’est un point de départ très parlant. À ce moment-là, il n’est pas encore la figure installée qu’on connaît aujourd’hui, mais déjà un marin capable de tenir une course en solitaire avec une vraie maturité tactique. Pour moi, c’est souvent là que se lit la suite d’une carrière: quand un skipper ne gagne pas seulement parce qu’il va vite, mais parce qu’il comprend vite.
Derrière ce premier titre, il y a une évolution très nette vers la course au large de haut niveau, puis vers les grands multicoques. Cammas s’installe en Bretagne, rejoint l’univers Groupama et entre dans un mode de travail où le marin doit aussi penser comme un technicien. Ce glissement est important: il ne s’agit plus seulement de barrer, mais de piloter un système complet, avec un bateau, une équipe et une stratégie de développement. C’est aussi ce qui rend lisibles ses titres les plus marquants.
Ce que ses titres disent de sa méthode
Je lis son palmarès comme une suite d’indices, pas comme un simple inventaire. Chaque victoire raconte quelque chose de différent sur la façon dont il aborde la mer.
| Course ou trophée | Repère majeur | Ce que cela montre |
|---|---|---|
| Solitaire du Figaro | Victoire en 1997 | Une base solide en navigation en solo, avec lecture fine du rythme et des trajectoires. |
| Transat Jacques-Vabre | Quatre victoires, en 2001, 2003, 2007 et 2021 | Une vraie maîtrise du duo, du partage des rôles et de la performance en mer longue. |
| Route du Rhum | Victoire en 2010 | La capacité à piloter seul un multicoque très rapide sans perdre la précision des choix. |
| Volvo Ocean Race | Victoire en 2011-2012 | Une adaptation réussie à l’équipage, sur un support différent, avec un niveau d’exigence très élevé. |
| Trophée Jules Verne | Record en 2012 avec Groupama, en 48 jours, 7 heures et 44 minutes | La capacité à pousser un grand bateau sur un tour du monde sans escale ni assistance, où la fiabilité compte autant que la vitesse. |
Ce tableau dit quelque chose d’essentiel: Cammas n’est pas un spécialiste enfermé dans une seule case. Il sait gagner dans des formats très différents, avec des contraintes qui ne pardonnent pas les approximations. Et c’est précisément cette polyvalence qui explique pourquoi il reste une référence quand on parle de haut niveau océanique.
Reste à comprendre pourquoi ce style fonctionne si bien sur les grands multicoques, un terrain où l’erreur se paie vite.
Pourquoi le multicoque lui convient si bien
Le multicoque récompense les marins qui savent lire la mer comme un ensemble de systèmes: vent, charge, équilibre, vitesse cible et marge de sécurité. Sur un Ultim, c’est-à-dire la catégorie des plus grands multicoques de course au large, le bateau accélère très vite, mais il sanctionne tout autant le mauvais réglage. Les foils, ces appendices porteurs qui soulèvent partiellement la coque pour réduire la traînée, rendent l’ensemble encore plus sensible.
| Point clé | Ce que le monocoque tolère | Ce que le multicoque exige |
|---|---|---|
| Vitesse | Une montée en régime plus progressive | Des accélérations brutales et des moyennes très élevées |
| Réglages | Une certaine marge d’erreur | Des ajustements très précis, parfois à quelques degrés près |
| Gestion du risque | Des écarts souvent plus progressifs | Des conséquences immédiates en cas de surcharge ou de mauvaise anticipation |
| Rôle du skipper | Tenir le rythme et la trajectoire | Tenir le rythme, la trajectoire et la limite mécanique du bateau |
À mes yeux, c’est là que Cammas a longtemps fait la différence: il ne cherche pas seulement la vitesse brute, il cherche une vitesse exploitable dans la durée. Cette nuance change tout sur les grandes traversées, parce qu’un bateau très rapide qui casse ou se dégrade ne gagne rien. Sur les multicoques de dernière génération, la vraie compétence consiste à aller vite sans sortir du cadre de sécurité, et c’est exactement le genre d’équilibre qu’il maîtrise.
Cette logique explique aussi son utilité dans un projet actuel comme SVR-Lazartigue, où la navigation et la mise au point avancent ensemble.

Son rôle actuel sur SVR-Lazartigue en 2026
En 2026, l’actualité de Cammas reste très concrète. Le site officiel du trimaran SVR-Lazartigue le présente comme co-skipper et directeur de la performance, avec un objectif clair: la Route du Rhum 2026. Ce positionnement est intéressant, parce qu’il montre que son influence ne s’arrête pas à la barre. Il intervient aussi dans la réflexion technique, dans le dialogue avec le bureau d’études et dans la façon dont le bateau est préparé pour durer et performer.
La victoire de Tom Laperche et de Cammas en Ultim sur la Transat Café L’Or 2025 a confirmé cette utilité. Ce succès récent ne dit pas seulement qu’il reste compétitif; il montre qu’il sait encore gagner dans les formats modernes, avec des bateaux très exigeants et des fenêtres météo qui demandent une lecture rapide. J’y vois aussi une force de transmission: un marin expérimenté qui travaille avec une génération plus jeune et qui garde une vraie valeur de passeur.
Pour le lecteur qui suit la course au large, c’est un signal important. Il ne faut pas lire sa carrière comme celle d’un champion arrivé au bout de son histoire, mais comme celle d’un marin toujours inséré dans les projets les plus pointus du moment.
Ce que son parcours enseigne aux navigateurs qui veulent durer
Si je devais retenir quelques leçons pratiques de son parcours, je les formulerais sans détour.
- La fiabilité vaut autant que la vitesse. Sur un grand multicoque, un bateau rapide mais fragile devient vite une fausse bonne idée.
- Le duo compte autant que le talent individuel. En transat en double, la qualité de la répartition des rôles fait souvent la différence.
- La technique n’est pas un détail. Les réglages de structure, de voiles, de foils et de safrans pèsent directement sur le résultat.
- L’adaptabilité prolonge une carrière. Passer du Figaro au multicoque, puis à l’équipage et aux projets Ultim, demande une vraie souplesse mentale.
- La transmission est un multiplicateur de performance. Un skipper expérimenté apporte souvent plus qu’une simple expérience de course: il stabilise tout un projet.
Ce sont des principes simples sur le papier, mais difficiles à appliquer au plus haut niveau. Je trouve que Cammas illustre bien cette différence entre le discours et la réalité du large: ce qui compte n’est pas d’avoir une belle théorie de la performance, mais de la faire vivre course après course. Et c’est là que son parcours prend une valeur plus large pour la voile française.
Ce que je retiens de cette trajectoire pour la voile française
Ce que son parcours dit de la voile française, c’est qu’elle continue de produire des marins capables de mêler instinct, ingénierie et esprit d’équipe. Ce mélange n’a rien d’automatique: il se construit par les campagnes, les chantiers, les retours d’expérience et les courses qui forcent à progresser. Cammas fait partie de ces skippers qui ont donné une forme très claire à cette culture de la performance.
Si je devais surveiller un seul fil pour la suite, ce serait celui de sa capacité à rester utile aux projets Ultim tout en préparant le terrain pour la suite. Pour un lecteur qui s’intéresse aux navigateurs et skippers, c’est précisément ce genre de profil qu’il faut suivre: un marin qui gagne, qui comprend le bateau et qui aide les autres à aller plus vite sans perdre la maîtrise.