À 6,95 mètres, certains voiliers anciens offrent bien plus qu’un simple cockpit et quelques couchettes. Le Bénéteau Evasion 22 fait partie de ces petits fifty conçus pour combiner navigation à la voile, confort intérieur et aide moteur. Je vous présente ses caractéristiques, ses différences entre quillard et biquille, son programme réaliste, ainsi que les points à contrôler avant un achat en 2026.
L’essentiel à retenir sur ce petit voilier de croisière
- Production : modèle construit par Bénéteau entre 1980 et 1984, à environ 278 exemplaires.
- Dimensions : 6,95 m hors tout, 2,60 m de large et environ 1 800 kg en ordre de déplacement.
- Programme : petite croisière côtière, cabotage et navigation familiale par conditions raisonnables.
- Versions : quillard avec environ 1 m de tirant d’eau ou biquille avec un tirant d’eau réduit autour de 0,85 m.
- Marché : les annonces observées vont d’environ 3 000 à 19 000 €, selon l’état, le moteur et l’équipement.

Un petit fifty pensé pour naviguer et vivre à bord
L’Evasion 22 appartient à la génération des voiliers mixtes, souvent appelés fifty, qui cherchent un équilibre entre bateau à voile et petit yacht à moteur. Son architecte est André Bénéteau, et sa conception privilégie une cabine assez habitable, une timonerie protégée et une marche au moteur capable de compléter une voilure simple à utiliser.
La longueur de coque est généralement donnée autour de 6,70 m, tandis que la longueur hors tout atteint environ 6,95 m. Cette distinction explique les chiffres différents que l’on rencontre dans les annonces. La largeur de 2,60 m procure une bonne stabilité à quai et un volume intérieur appréciable, mais elle limite aussi les possibilités de transport routier classique.
| Caractéristique | Valeur généralement documentée |
|---|---|
| Constructeur | Bénéteau |
| Architecte | André Bénéteau |
| Période de construction | 1980 à 1984 |
| Longueur hors tout | Environ 6,95 m |
| Largeur | Environ 2,60 m |
| Déplacement | Environ 1 800 kg |
| Surface de voilure | Environ 27,55 m² |
| Couchettes | 2 à 4 selon l’aménagement |
Ces chiffres doivent rester des repères, pas une vérité absolue pour chaque unité. Les fiches techniques et les bateaux ayant reçu des modifications ne donnent pas toujours les mêmes valeurs de lest, de tirant d’eau ou de motorisation. Pour moi, la plaque constructeur, le certificat de conformité disponible et le bateau réel doivent toujours passer avant une fiche trouvée en ligne.
Quillard ou biquille, le choix change vraiment le programme
La version quillard possède un tirant d’eau proche de 1 mètre. Elle offre généralement un appui plus classique, un lest placé bas et un comportement rassurant lorsque le vent monte. C’est la version que je privilégierais pour un propriétaire qui navigue surtout en eaux profondes et recherche une sensation de bateau plus traditionnelle.
La version biquille descend autour de 0,85 m et peut se poser à l’échouage avec des béquilles adaptées. Dans les ports à faible profondeur, les rivières maritimes et certaines zones de Bretagne ou de Normandie, cet avantage est concret. En revanche, l’échouage n’est pas automatiquement sans risque. Il faut connaître la nature du fond, vérifier les points d’appui et éviter de laisser le bateau subir une forte houle posé sur ses quilles.
| Critère | Version quillard | Version biquille |
|---|---|---|
| Tirant d’eau | Environ 1,00 m | Environ 0,85 m |
| Port idéal | Zone profonde, marina classique | Port à échouage ou faible profondeur |
| Atout principal | Appui et comportement plus conventionnels | Accès à davantage de mouillages |
| Point à contrôler | État de la semelle et de la liaison coque-quille | Symétrie des quilles, béquilles et traces d’échouage |
Je déconseille de choisir entre les deux versions uniquement sur une photographie ou sur une différence de prix. Le programme de navigation et le port d’attache doivent décider. Un biquille mal entretenu n’est pas une bonne affaire, tout comme un quillard acheté pour un port où l’on échoue régulièrement devient vite contraignant.
Ce que l’on peut réellement attendre sous voile et au moteur
Ce bateau n’a pas été conçu pour rivaliser avec un voilier de régate léger. Avec près de 1,8 tonne pour moins de 28 m² de toile, il privilégie la stabilité, la protection et la facilité de vie à bord. Dans le petit temps, il faudra accepter une allure tranquille et ne pas hésiter à utiliser le moteur lorsque la mer devient désagréablement désordonnée.
La timonerie constitue l’un de ses vrais intérêts. Elle protège du vent, des embruns et des averses, ce qui prolonge la saison de navigation. En contrepartie, la visibilité depuis l’intérieur doit être vérifiée sur chaque bateau, car les selleries, les rideaux et les équipements ajoutés par les propriétaires peuvent créer des angles morts.
Un programme côtier cohérent
Je le destinerais à des sorties à la journée, des week-ends et des croisières côtières de quelques jours avec deux personnes ou une petite famille. Les quatre couchages annoncés sont utiles, mais ils ne signifient pas que quatre adultes vivront confortablement à bord pendant une longue période. Le volume de rangement, l’aération et l’intimité deviennent vite limités.
La vitesse théorique de coque se situe autour de 5,8 nœuds, ce qui donne une idée du rythme général. La météo, l’état des voiles, la propreté de la carène et la charge embarquée auront souvent plus d’influence que quelques années d’écart entre deux moteurs.
Le moteur comme assurance de confort
Les unités rencontrées peuvent recevoir des moteurs diesel inboard différents, souvent compris dans une plage d’environ 12 à 15 chevaux, avec des remotorisations plus puissantes sur certains exemplaires. Il faut donc contrôler le modèle exact, le refroidissement, la ligne d’arbre, l’échappement et la disponibilité des pièces plutôt que se fier à la seule puissance annoncée.
Un moteur ancien qui démarre au port n’est pas nécessairement fiable en mer. Lors de l’essai, je regarderais la fumée à froid et à chaud, la température, les vibrations, la marche arrière et la capacité à tenir un régime constant. Une réfection complète peut rapidement coûter 3 000 à 8 000 €, voire davantage si l’arbre, l’inverseur ou le réservoir sont également à reprendre.
Acheter un exemplaire d’occasion sans se laisser séduire par le prix
Les annonces récentes montrent une grande dispersion. Un bateau immobilisé ou vendu comme projet peut apparaître autour de 3 000 à 5 000 €, tandis qu’une unité entretenue, motorisée et prête à naviguer peut être affichée entre 10 000 et 19 000 €. Le prix demandé ne comprend pas toujours le transport, la place de port, le carénage ou les travaux de sécurité.
Je préfère raisonner en budget global. Une unité affichée 5 000 € avec moteur hors service, gréement ancien et infiltrations peut coûter plus cher qu’un bateau à 12 000 € déjà suivi. Le marché de ces voiliers est étroit, et l’état documenté compte davantage que l’année de construction.
| Poste à prévoir | Ordre de grandeur | Pourquoi c’est important |
|---|---|---|
| Expertise avant achat | 400 à 900 € | Évite de découvrir un problème structurel après la vente |
| Grutage, carénage et antifouling | 500 à 1 500 € | Permet d’inspecter la coque et les appendices |
| Jeu de voiles d’occasion correct | 1 000 à 3 000 € | Une vieille toile peut réduire fortement les performances |
| Révision du gréement dormant | 1 500 à 3 500 € | La sécurité dépend directement des câbles et embouts |
| Électronique et sécurité | 500 à 2 000 € | VHF, feux, batteries et matériel doivent être actuels |
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Les contrôles que je juge prioritaires
- Coque et pont : cloques, réparations anciennes, zones molles, fissures autour des cadènes et du pied de mât.
- Gréement : âge des haubans, corrosion des sertissages, état de l’étai, des winchs et des drisses.
- Voiles : déformation, coutures fatiguées, tissu devenu cassant et état des coulisseaux.
- Gouvernail : jeu dans les ferrures, délamination, mécanisme de barre intérieure et barre de cockpit.
- Infiltrations : pourtour des fenêtres, roof, capots, chandeliers et jonction pont-coque.
- Installation électrique : câbles protégés, coupe-circuit, batteries fixées et absence de branchements improvisés.
Sur un bateau des années 1980, les défauts cosmétiques sont rarement le problème principal. Une sellerie usée se remplace progressivement, alors qu’un pont humide ou un gréement à bout de souffle peut bouleverser le budget. Je consacrerais donc plus de temps à la structure et à la sécurité qu’au vernis intérieur.
Moderniser l’intérieur sans dénaturer le bateau
La meilleure rénovation n’est pas forcément celle qui ajoute le plus d’équipements. Sur ce type de voilier, je commencerais par l’étanchéité, l’aération, l’éclairage et les circuits électriques. Un bateau sec et simple est plus agréable qu’un bateau surchargé d’appareils dont personne ne connaît vraiment l’état.
Une installation raisonnable peut comprendre une petite batterie de service, un chargeur moderne, des feux LED, une VHF fixe avec antenne correctement installée et un sondeur. Le pilote automatique peut être utile, mais il ne doit jamais compenser une barre dure ou un safran mal réglé.
La cuisine, les matelas et les housses méritent aussi une attention concrète. Des mousses neuves de bonne densité, des textiles respirants et un rangement mieux organisé améliorent immédiatement le confort. En revanche, ajouter trop de poids en hauteur dégrade la stabilité et augmente l’humidité dans les coffres.
Pour la sécurité, je prévoirais au minimum un gilet adapté par personne, une VHF, des moyens de signalisation, une ancre correctement dimensionnée, une pompe de cale fiable et un moyen de propulsion de secours. Les obligations exactes dépendent du programme et de la zone de navigation, mais un ancien classement figurant dans une fiche ne remplace pas une vérification réglementaire actuelle.
Le bon choix pour une petite croisière côtière maîtrisée
Le Bénéteau Evasion 22 reste intéressant pour qui cherche un voilier habitable, compact et relativement facile à prendre en main. Il offre une protection supérieure à celle de nombreux voiliers de même longueur, mais il faut accepter une allure modérée, un intérieur mesuré et l’entretien parfois exigeant d’un bateau de plus de quarante ans.
Mon conseil est simple. Choisissez d’abord la version adaptée à votre port, examinez ensuite la structure et le gréement, puis seulement les équipements de confort. Une unité saine à prix raisonnable peut devenir un excellent compagnon de cabotage, tandis qu’un bateau bon marché mais négligé risque de transformer chaque sortie en chantier.