Askoy II - L'histoire du voilier mythique de Jacques Brel

Le voilier Askoy 2, avec un homme sur le pont, navigue près d'une côte rocheuse et verdoyante.

Écrit par

Théodore Duval

Publié le

28 mars 2026

Table des matières

L’Askoy II est l’un de ces voiliers qui dépassent largement leur fiche technique. On y lit à la fois une aventure de grand large, le goût d’un architecte pour les belles unités et l’empreinte très humaine laissée par Jacques Brel sur la mer. Ce dossier remet les faits en ordre, éclaire les traversées qui ont construit sa légende et explique pourquoi ce yacht en acier compte encore autant pour les passionnés de navigation.

L’essentiel sur l’Askoy II

  • Construit en 1960 pour l’architecte belge Hugo Van Kuyck, il était alors le plus grand voilier de Belgique.
  • Son histoire bascule en 1974 quand Jacques Brel l’achète et l’emmène vers les Marquises.
  • Le bateau a ensuite connu l’abandon, un échouage en Nouvelle-Zélande et une longue restauration à Zeebrugge.
  • C’est un yacht en acier de grand voyage, conçu pour la croisière hauturière plus que pour la vitesse pure.
  • Son intérêt est autant maritime que patrimonial: il raconte une époque où le voilier était aussi un projet de vie.

Le voilier derrière une légende belge

Ce que j’aime dans l’Askoy II, c’est qu’il ne se réduit jamais à un simple « bateau de Jacques Brel ». À l’origine, c’est un yacht de voyage dessiné par Raymond Derkinderen et construit en 1960 pour Hugo Van Kuyck, architecte belge très en vue. Sa coque en acier, sa taille inhabituelle pour l’époque et son allure de grand croiseur expliquent pourquoi il a immédiatement attiré l’attention.

Les chiffres donnent une idée plus juste de sa présence. Selon les sources maritimes disponibles, sa longueur est donnée autour de 18,66 m à 20 m, pour une largeur proche de 5 m et un déplacement d’environ 40 tonnes. Ce n’est pas un voilier de promenade nerveux et léger; c’est un bateau pensé pour tenir la mer, porter du confort à bord et avaler des milles sans donner l’impression d’être fragile.

Repère Donnée Ce que cela implique
Année de construction 1960 Une époque où le yacht de croisière hauturière est encore un objet rare et ambitieux.
Matériau Acier Solidité, inertie et entretien exigeant contre la corrosion.
Gréement Yawl Répartition fine de la toile et meilleur équilibre en navigation au long cours.
Port d’attache Zeebrugge Un ancrage belge qui a pris une valeur symbolique forte.

Le point essentiel, ici, c’est le type de voilier: l’Askoy II n’est pas pensé pour l’effet de mode, mais pour la distance et la tenue en mer. Cela devient très clair quand on regarde les grandes traversées qui ont forgé son identité.

La route de Brel vers les Marquises

Le tournant décisif arrive en 1974, lorsque Jacques Brel achète le voilier et entreprend une navigation qui a presque autant marqué l’imaginaire collectif que certaines de ses chansons. Avec Maddly Bamy, il met le cap vers l’Atlantique Sud, puis les Marquises, après des étapes par Cornwall, les Canaries, les Açores et les Antilles. Cette trajectoire n’a rien d’une croisière décorative: c’est un vrai projet de voyage, avec ses choix, ses risques et ses limites.

Je pense que c’est là que l’Askoy II devient plus qu’un yacht célèbre. Il devient un support de liberté, un espace de déplacement, presque un atelier flottant. Brel y cherche autre chose qu’une destination: il y cherche une manière d’habiter le monde, ce que les bons voiliers de grand voyage permettent mieux que beaucoup d’autres embarcations.

Année Événement Pourquoi c’est important
1960 Construction du yacht Naissance d’un grand voilier belge à la silhouette déjà singulière.
1974 Achat par Jacques Brel Le bateau passe du statut de yacht d’architecte à celui d’icône culturelle.
1974-1976 Navigation vers les Marquises Le bateau entre dans la légende par un vrai voyage, pas par un simple usage mondain.
Après 1976 Ventes successives et dérive du navire Commence une phase plus sombre, mais déterminante pour sa mémoire.

Un détail compte aussi pour comprendre sa charge symbolique: le bateau a inspiré l’une des dernières chansons de Brel, « La Cathédrale ». Ce n’est pas anecdotique; cela montre que le voilier n’était pas seulement un moyen de transport, mais un véritable objet de création. La suite de l’histoire sera beaucoup moins lumineuse, et c’est précisément ce contraste qui rend l’épisode encore plus fort.

L’abandon, l’échouage et la restauration

Après le départ de Brel, l’Askoy II passe entre plusieurs mains, connaît des usages très éloignés de sa vocation initiale, puis finit par s’échouer en Nouvelle-Zélande, sur Baylys Beach, où il reste longtemps à l’abandon. À ce stade, beaucoup de bateaux historiques sont perdus pour de bon. Ici, le sauvetage tient presque du miracle maritime.

En 2007, les frères Piet et Staf Wittevrongel le rapatrient en Belgique et lancent une restauration de longue haleine à Zeebrugge. Le chantier a demandé des années de travail, beaucoup de bénévolat et un budget qui a tourné autour du million d’euros. À mes yeux, c’est là que l’Askoy II rejoint le cercle très fermé des bateaux dont la réparation raconte autant de choses que la navigation d’origine.

La restauration a aussi intégré des éléments symboliques, dont un morceau d’acier provenant des tours du WTC, placé à bord pour porter un message de paix et de tolérance. En 2022, le bateau a en plus été classé au patrimoine maritime flamand. Autrement dit, il n’est plus seulement un ancien yacht célèbre: c’est désormais une pièce reconnue d’histoire navale.

  • Le chantier a d’abord dû stabiliser une coque très fatiguée par des années d’abandon.
  • Les travaux ont exigé des compétences de charpente métallique, de gréement et de voilerie traditionnelle.
  • La remise en service a transformé l’épave en objet de transmission, pas seulement en pièce de musée.
  • Le classement patrimonial a consolidé sa valeur au-delà de la mémoire liée à Brel.

Cette renaissance n’a de sens que parce que le bateau avait encore quelque chose à dire sur la mer. C’est précisément ce que révèle sa conception, et c’est ce que j’examine maintenant.

Ce que sa conception raconte sur le voilier de grand voyage

Sur le plan naval, l’Askoy II est un cas très instructif. Son gréement de yawl signifie qu’il possède deux mâts, avec un petit mât d’artimon placé en arrière du gouvernail. Pour faire simple, ce montage aide à équilibrer la toile et à affiner le comportement du bateau dans la brise, surtout en croisière longue. Ce n’est pas le gréement le plus simple à régler, mais c’est l’un des plus élégants quand il s’agit de voyager loin avec une allure stable.

La coque en acier ajoute une autre lecture. Elle offre une vraie robustesse, mais elle impose aussi de surveiller la corrosion et les masses embarquées. Le bateau est lourd, il a de l’inertie, et c’est précisément ce qui lui donne ce comportement un peu souverain dans la mer formée. En contrepartie, il n’accélère pas comme un voilier moderne en composite. Il faut accepter ce compromis: moins de vivacité, plus de présence et souvent plus de confort dans le long terme.

Caractéristique Avantage Limite
Coque acier Solidité et sentiment de sécurité au large Entretien lourd, risque de corrosion
Gréement yawl Équilibre fin et polyvalence sous voiles Manœuvres plus techniques qu’avec un gréement plus simple
Déplacement élevé Confort et stabilité de route Réactivité plus lente et performances moindres au près serré
Taille intermédiaire Assez grand pour la navigation hauturière, encore lisible à l’échelle humaine Moins spectaculaire qu’un grand voilier d’exhibition, moins maniable qu’un petit croiseur

Je dirais même que c’est cette combinaison qui explique sa postérité: l’Askoy II est un voilier de caractère, pas un objet décoratif. Et quand un bateau de ce type survit à l’oubli, on commence naturellement à se demander comment le regarder aujourd’hui avec les bons repères.

Ce qu’un marin remarque vraiment en le voyant de près

Si l’on observe l’Askoy II avec un œil de marin plutôt qu’avec un simple regard de visiteur, plusieurs détails ressortent immédiatement. On comprend vite qu’il ne s’agit pas seulement d’un bateau restauré, mais d’une architecture pensée pour durer et pour vivre à bord. Les lignes de coque, la tenue du pont, la présence du métal et l’équilibre du gréement racontent une époque où le voyage se préparait presque comme une expédition.

  • La silhouette générale, qui reste compacte malgré la taille réelle du navire.
  • Le rapport entre la masse de la coque et la finesse du gréement.
  • Les traces visibles de restauration, utiles pour lire la vie du bateau.
  • Le caractère très « habité » du pont, qui rappelle qu’un grand voilier est d’abord un lieu de navigation.

Ce que je retiens, en fin de compte, c’est que l’Askoy II parle à trois publics à la fois: les amateurs de Jacques Brel, les passionnés d’histoire maritime et ceux qui aiment comprendre comment un voilier devient un patrimoine vivant. C’est rare qu’un seul bateau fasse tenir ensemble une telle mémoire culturelle et une telle lecture technique, et c’est pour cela qu’il mérite encore qu’on s’y attarde aujourd’hui.

Questions fréquentes

L'Askoy II a été construit en 1960 pour Hugo Van Kuyck, un architecte belge renommé. Il était alors le plus grand voilier de Belgique, conçu pour la croisière hauturière.

Jacques Brel a acheté l'Askoy II en 1974. Il a ensuite navigué avec ce voilier vers les Marquises, faisant de ce bateau un symbole de sa quête de liberté et d'aventure, et inspirant même l'une de ses chansons.

Après Brel, l'Askoy II a connu plusieurs propriétaires, a été abandonné et s'est échoué en Nouvelle-Zélande. Il a ensuite été rapatrié en Belgique en 2007 pour une longue et coûteuse restauration.

L'Askoy II est un yawl en acier, conçu pour la robustesse et la stabilité en haute mer. Son gréement permet une répartition fine de la toile, idéale pour les longues traversées, offrant confort et sécurité malgré un poids important.

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Théodore Duval

Théodore Duval

Je suis Théodore Duval, un analyste de l'industrie passionné par la navigation, la culture et l'ingénierie maritime. Avec plus de dix ans d'expérience dans l'analyse des tendances du secteur maritime, j'ai développé une expertise approfondie dans l'évaluation des innovations et des pratiques durables qui façonnent notre environnement maritime. Mon approche consiste à simplifier des données complexes et à fournir des analyses objectives qui permettent à mes lecteurs de mieux comprendre les enjeux contemporains. Je m'engage à offrir des informations précises, à jour et fiables, en veillant à ce que chaque article reflète un haut niveau de rigueur et d'intégrité. Mon objectif est de contribuer à une meilleure compréhension des défis et des opportunités dans le domaine maritime, tout en célébrant la richesse de notre culture maritime. Je suis ravi de partager mes connaissances et d'encourager une discussion éclairée sur ces sujets passionnants.

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