Le projet porté par Alexia Barrier autour du Trophée Jules Verne n’est pas un simple défi de plus dans la voile hauturière. C’est une tentative très construite pour montrer qu’un équipage 100 % féminin peut tenir le rythme, la fiabilité et la pression d’un tour du monde sans escale sur l’un des bateaux les plus extrêmes de la planète. Dans cet article, je reviens sur l’objectif réel, l’équipage, le bateau, les étapes clés du parcours et ce que cette aventure change concrètement pour la voile féminine.
Les repères essentiels pour comprendre cette aventure
- Le projet vise le Trophée Jules Verne, soit un tour du monde à la voile sans escale ni assistance.
- Alexia Barrier en est l’initiatrice et la skipper, avec Dee Caffari comme co-skipper.
- Le bateau est IDEC SPORT, un maxi-trimaran Ultime de 100 pieds qui détenait le record depuis 2017.
- L’équipage 100 % féminin a bouclé son tour du monde en 57 jours, 21 heures et 20 minutes en janvier 2026.
- Au-delà du chrono, le projet veut ouvrir davantage la haute mer aux femmes et inspirer la relève.
Ce que recouvre vraiment ce défi en mer
Je lis d’abord cette aventure comme un programme de course au large, pas comme une opération d’image. Le projet lancé par Alexia Barrier s’inscrit dans une logique très claire : réunir un équipage entièrement féminin, l’installer sur un support de très haut niveau, puis tenter la boucle planétaire la plus exigeante de la voile moderne. Le Trophée Jules Verne, c’est une circumnavigation sans escale et sans assistance, sur la ligne Ushant-Lizard, avec une contrainte simple à dire et redoutable à exécuter : aller vite sans casser le bateau ni l’équilibre humain à bord.Ce qui rend l’initiative forte, en France comme à l’international, c’est qu’elle ne se contente pas d’un symbole. Elle s’attaque à un espace encore très masculin de la course au large, avec un objectif de performance mesurable et une ambition de transmission. Quand on parle de navigation extrême, les mots comptent moins que les faits. Ici, le fait majeur est simple : un équipage féminin s’est aligné sur un record mondial de référence avec les mêmes exigences techniques que n’importe quel autre prétendant. C’est précisément ce qui donne du poids au projet.
À mes yeux, c’est aussi pour cela que le sujet intéresse autant les passionnés de skippers et de grands navigateurs : il ne raconte pas seulement une histoire de mer, il montre comment se construit aujourd’hui un projet océanique crédible, entre performance, préparation et vision de long terme. Et cette crédibilité repose sur une équipe et un outil qu’il faut regarder de près.
L’équipage, le bateau et la méthode de préparation
Ce qui rend l’entreprise sérieuse, ce n’est pas le slogan, mais l’addition de profils solides et d’un support technique rare. Alexia Barrier a rassemblé un équipage international de huit navigatrices, avec Dee Caffari comme co-skipper, puis un bateau qui possédait déjà la référence absolue sur cette route. Sur ce type d’aventure, la marge se joue autant dans le cockpit que dans le choix de l’outil.
| Élément | Ce que cela change |
|---|---|
| Alexia Barrier | Skipper et initiatrice du projet, avec une vraie culture du large et des courses longues. |
| Dee Caffari | Co-skipper, repère d’endurance et de gestion des efforts au long cours. |
| Équipage international | Huit navigatrices venues d’horizons différents, ce qui enrichit les automatismes et la lecture des situations. |
| IDEC SPORT | Maxi-trimaran Ultime de 100 pieds, déjà détenteur du record de référence depuis 2017. |
| Équipe à terre | Routage, maintenance et décisions stratégiques pour éviter de naviguer à l’aveugle. |
| Préparation intermédiaire | Travail sur un support plus tolérant avant de monter en puissance sur le maxi-trimaran. |
L’équipage qui a pris le départ comprenait Alexia Barrier, Dee Caffari, Annemieke Bes, Rebecca Gmür Hornell, Deborah Blair, Molly LaPointe, Támara Echegoyen et Stacey Jackson. Ce nommage n’est pas anecdotique : dans un projet de cette taille, la composition de l’équipe dit déjà beaucoup du niveau d’ambition. On n’est pas dans un assemblage de circonstance, mais dans une sélection de spécialistes capables de tenir les manœuvres, la vitesse et la fatigue sur la durée.
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Pourquoi l’entraînement intermédiaire compte autant
Avant de pousser IDEC SPORT au maximum, l’équipe a travaillé sur un support plus accessible pour installer les automatismes. C’est un point que beaucoup sous-estiment : sur un trimaran de cette catégorie, la difficulté n’est pas seulement de faire avancer le bateau, c’est de répéter les bons gestes assez souvent pour qu’ils deviennent naturels sous stress. Les empannages, les prises de ris, les changements d’appui et la coordination de l’équipage doivent devenir presque mécaniques.
Je trouve cette étape décisive, parce qu’elle rappelle une règle très concrète de la voile de haut niveau : un grand projet se gagne rarement dans le spectaculaire, il se gagne dans la répétition propre. Même un détail technique, comme un crochet de grand-voile qui bloque, peut suffire à gripper le rythme et à alourdir la charge de travail à bord.

Le parcours de 2025 à 2026 et les jalons qui comptent
Le calendrier dit mieux que n’importe quel discours ce qu’a représenté l’aventure. Le départ a été donné fin novembre 2025 près d’Ouessant. Dès les premières semaines, l’équipage a dû composer avec les transitions météo, la pression du rythme et les choix de route. Le cap de Bonne-Espérance a été franchi au 17e jour, puis le cap Horn le 6 janvier 2026 à 14 h 14 UTC, un moment historique : jamais un équipage exclusivement féminin n’avait bouclé ce passage dans une course non-stop en multicoque.
La traversée s’est ensuite prolongée jusqu’au retour vers l’Atlantique Nord, avec le passage de l’équateur au 48e jour. L’arrivée à Brest, le 26 janvier 2026, après 57 jours, 21 heures et 20 minutes, a donné une forme concrète à ce qui restait jusque-là une ambition. Le chiffre est important, mais il faut le lire correctement : l’objectif n’était pas seulement de courir après la marque absolue de 2017, fixée à 40 jours, 23 heures, 30 minutes et 30 secondes. Le vrai basculement était de mettre un équipage 100 % féminin au terme d’un tour du monde aussi dur, sur le bateau de référence, en transformant l’essai.
La route n’a pas été un long fleuve tranquille. Entre les systèmes météo, la fatigue, les rafales mal placées et les petits incidents mécaniques, ce genre de tentative se joue à la capacité du groupe à absorber l’imprévu sans perdre le fil. C’est là que le Trophée Jules Verne ressemble moins à une course classique qu’à une épreuve de gestion totale : du bateau, du corps et des décisions.
Pourquoi cette aventure change la voile féminine
Je trouve que ce projet dépasse clairement la simple performance sportive. Il agit sur quatre plans à la fois : la représentation, la transmission, l’environnement et la légitimité technique. D’abord, il rend visibles des navigatrices qui n’ont plus besoin d’être présentées comme une exception. Ensuite, il montre aux jeunes filles qu’un projet de très haut niveau n’a rien d’inaccessible par principe, à condition d’avoir du temps, des moyens et un encadrement solide.
- Représentation : un équipage féminin sur un record mondial change la manière dont la voile de performance est perçue.
- Transmission : le projet sert de référence concrète pour les clubs, les écoles et les futures navigatrices.
- Exigence technique : il prouve que la réussite vient d’un haut niveau de préparation, pas d’un simple récit inspirant.
- Impact maritime : la mise en avant de la mer et de sa protection reste cohérente avec l’esprit d’un tel programme.
Le revers, et il faut le dire franchement, c’est qu’un exploit isolé ne suffit pas à refaire une filière. Si les sponsors, les chantiers, les équipes à terre et les programmes de formation ne suivent pas, le symbole reste un symbole. C’est pourquoi la portée réelle de l’aventure se mesurera à ce qu’elle déclenchera après coup : plus de places dans les grandes équipes, plus de budgets accessibles, plus de femmes sur les supports les plus rapides.
Ce que je surveillerais maintenant autour d’Alexia Barrier
Si je devais suivre la suite avec attention, je regarderais trois choses. D’abord, la façon dont ce succès va être transformé en levier durable pour la voile féminine française et internationale. Ensuite, l’effet sur la prochaine génération de navigatrices, parce qu’un projet de cette ampleur ne vaut que s’il crée des vocations durables. Enfin, la continuité sportive d’Alexia Barrier elle-même, car une carrière de skipper se construit rarement sur une seule campagne, aussi marquante soit-elle.
Pour moi, le plus intéressant n’est pas seulement de savoir qu’un équipage féminin a terminé une boucle mythique. C’est de voir que cette réussite s’inscrit dans une logique plus large : prouver, documenter, transmettre et ouvrir la porte à d’autres. En voile hauturière, les histoires qui comptent vraiment sont celles qui laissent derrière elles autre chose qu’un trophée. Ici, c’est déjà le cas, et c’est ce qui donne à cette aventure sa vraie portée.