Choisir un voilier capable de courir le week-end tout en offrant quelques nuits à bord n’est pas simple. Le Seascape 24 répond précisément à ce compromis avec une carène légère, une quille relevable et un aménagement minimaliste pensé pour la régate comme pour la croisière côtière. Je détaille ici ses caractéristiques, ses qualités en navigation, ses limites et les points à vérifier avant un achat d’occasion.
Un voilier léger qui privilégie les sensations sans sacrifier la polyvalence
- 7,30 m de longueur et 2,50 m de largeur pour un bateau facilement transportable.
- Environ 890 à 920 kg selon l’année et la configuration.
- Quille relevable et double safran pour accéder aux petits fonds et garder du contrôle sous voile.
- Quatre couchettes, mais un confort volontairement spartiate pour la croisière.
- Prix d’occasion souvent compris entre 50 000 et 60 000 €, avec de fortes variations selon le gréement et l’équipement.

Un concept clair entre course et croisière côtière
Le Seascape 24 a été conçu comme un course-croisière moderne, et non comme un petit yacht familial traditionnel. Son objectif est simple : offrir de vraies sensations de barre, rester transportable sur remorque et permettre à quatre personnes de dormir à bord pour un raid côtier ou un week-end prolongé.
Le modèle a été dessiné par Sam Manuard Yacht Design et produit en Slovénie au milieu des années 2010. Il a ensuite évolué sous le nom de First 24 SE chez Beneteau. Cette filiation est importante lors d’une recherche d’occasion, car les annonces mélangent souvent les appellations Seascape 24, First 24 et First 24 SE.
À mes yeux, sa vraie force vient de ce positionnement sans ambiguïté. Il ne cherche pas à remplacer un croiseur de 30 pieds, mais il offre davantage de possibilités de navigation sportive qu’un day-boat classique. En contrepartie, il faut accepter une cabine dépouillée, peu de rangements et une vie à bord très dépendante de la météo.
Les caractéristiques techniques qui font la différence
La coque mesure environ 7,30 m pour une largeur de 2,50 m. Le déplacement léger se situe autour de 890 kg sur les premières versions, puis plutôt autour de 920 kg sur certaines configurations plus récentes. Ce poids contenu explique en grande partie les accélérations du bateau et la possibilité de le déplacer par la route.
| Élément | Valeur indicative | Ce que cela change en pratique |
|---|---|---|
| Longueur hors tout | 7,30 m | Format adapté aux sorties côtières et aux régates de flotte |
| Largeur | 2,50 m | Transport routier possible sans convoi exceptionnel |
| Tirant d’eau | Environ 0,30 à 1,90 m | Accès aux mouillages peu profonds avec la quille relevée |
| Déplacement | 890 à 920 kg | Réactivité et mise à l’eau relativement simple |
| Gréement | Mât et bôme en carbone selon version | Poids réduit dans les hauts et bonnes performances |
| Motorisation | Hors-bord d’environ 6 ch | suffisante pour les manœuvres portuaires et les calmes |
La quille pivotante ou relevable constitue un autre atout majeur. Elle combine un tirant d’eau important au près avec une faible profondeur une fois relevée. Il ne faut toutefois pas la considérer comme un système magique : son mécanisme, ses articulations et son lest doivent être inspectés attentivement, surtout sur un bateau ayant beaucoup navigué ou régaté.
Le plan de voilure varie selon les millésimes et les voiles installées. On trouve notamment une grand-voile d’environ 24 m², un foc ou génois autour de 15 à 18 m² et un gennaker pouvant dépasser 58 m². Cette grande voile d’avant apporte beaucoup de vitesse au portant, mais elle demande une bonne organisation de l’équipage.
Comment se comporte-t-il réellement sous voile
Dans le petit temps, le poids réduit permet au bateau de rester vivant alors qu’un croiseur plus lourd s’arrête rapidement. Avec un équipage bien placé et des voiles en bon état, le 24 accélère franchement dans les risées. La barre reste expressive, ce qui en fait un excellent support pour apprendre à lire les variations de pression et d’assiette.
Au portant, le gennaker transforme complètement le comportement du voilier. La carène légère peut partir au planning dans les bonnes conditions, surtout avec une mer peu formée. Ce n’est pas seulement une donnée de brochure : la différence se ressent immédiatement dans une sortie entre amis, lorsque le bateau commence à dépasser sa vitesse de déplacement traditionnelle.
Au près, le résultat dépend davantage du réglage et du poids à bord. Un bateau chargé pour plusieurs jours perd une partie de sa vivacité. Je conseille donc de distinguer deux usages : voiles performantes et équipage concentré pour la régate, équipement plus simple et allure modérée pour la croisière.
La double configuration de safrans suspendus apporte du contrôle lorsque le bateau gîte ou accélère. Elle améliore aussi la tenue du cap dans les angles portants. En revanche, ces appendices sont exposés aux chocs lors des échouages et des mises à l’eau : leur fixation mérite une vérification aussi sérieuse que celle de la quille.
Une cabine faite pour dormir, pas pour vivre au port
À l’intérieur, l’aménagement est volontairement réduit à l’essentiel. Le bateau peut accueillir quatre personnes pour la nuit, mais il s’agit davantage de couchettes de raid que d’un véritable espace de vie. Les sacs souples remplacent une partie des équipets rigides, ce qui facilite le rangement et permet de débarquer rapidement le matériel.
Cette sobriété a un avantage que l’on sous-estime souvent : il y a moins d’équipements à entretenir, moins de poids permanent et moins de risques de dégradation liés à l’humidité. Elle devient une contrainte dès que la météo se dégrade ou que l’équipage doit rester enfermé plusieurs heures.
- Adapté aux week-ends, raids côtiers, régates et croisières itinérantes légères.
- Moins adapté aux longues vacances en famille avec beaucoup de bagages.
- Confort limité pour la cuisine, les toilettes et la ventilation.
- Grand cockpit intéressant pour la navigation à plusieurs et les manœuvres.
Le hors-bord se range généralement à l’arrière, avec une solution pratique pour libérer le cockpit pendant la navigation. Une glacière, des toilettes chimiques ou un pilote automatique peuvent compléter l’équipement, mais chaque ajout doit être évalué en fonction de son poids. Sur ce type de voilier, quelques dizaines de kilos mal placés se ressentent vite.
Quel budget prévoir pour un exemplaire d’occasion
La production étant terminée depuis plusieurs années, le marché repose surtout sur l’occasion. Les annonces observées récemment placent les exemplaires de 2017 et 2018 autour de 50 000 à 60 000 €, parfois davantage lorsque la remorque, le mât carbone, les voiles de course et l’électronique sont inclus.
| Poste | Ordre de grandeur | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Voilier d’occasion | 50 000 à 60 000 € | État, millésime, voiles et équipement changent fortement la valeur |
| Remorque adaptée | 3 000 à 8 000 € | Charge utile, freins, corrosion et conformité administrative |
| Jeu de voiles performant | 5 000 à 12 000 € | Usure du laminé, coupe et compatibilité avec le gréement |
| Entretien annuel courant | 1 500 à 4 000 € | Varie selon le stockage à terre, le port et l’usage en régate |
Ces montants restent indicatifs. Un bateau affiché moins cher peut nécessiter rapidement un nouveau jeu de voiles, une révision de la quille ou le remplacement des équipements de pont. À l’inverse, un exemplaire prêt à régater avec remorque et voiles récentes justifie souvent un prix supérieur.
Avant de signer, je demanderais au minimum les factures d’entretien, l’historique des chocs, l’état du gréement dormant et les contrôles du système de quille. Il faut aussi vérifier que le poids total du bateau et de la remorque reste compatible avec le véhicule tracteur, permis compris.
À qui ce voilier convient-il vraiment
Ce modèle convient particulièrement au navigateur qui veut un seul bateau pour régater et partir quelques jours. Il est aussi intéressant pour les propriétaires qui ne souhaitent pas payer une place de port toute l’année et préfèrent alterner entre plusieurs plans d’eau français.
La largeur de 2,50 m facilite le transport routier, tandis que le mât carbone peut être manipulé avec une organisation adaptée. Cela ne signifie pas que chaque mise à l’eau est instantanée : il faut un véhicule suffisamment puissant, une rampe praticable et une équipe habituée aux opérations de matage.
Je serais plus réservé pour un débutant complet qui naviguerait seul. Le bateau pardonne certaines erreurs grâce à sa stabilité et à sa faible masse, mais son potentiel de vitesse, son gennaker et sa sensibilité aux réglages peuvent rapidement dépasser un équipage inexpérimenté. Une formation pratique et quelques sorties accompagnées font une vraie différence.
Pour une croisière familiale de deux semaines, un petit croiseur plus habitable sera souvent un meilleur choix. Pour apprendre, progresser, régater le samedi et explorer une côte le dimanche, le compromis devient en revanche très convaincant.
Le bon choix dépend surtout de votre programme de navigation
Le 24 reste l’un des petits voiliers les plus cohérents pour réunir transportabilité, sensations et couchage à quatre. Sa valeur ne se trouve pas dans son confort, mais dans sa capacité à faire passer rapidement l’équipage de la balade tranquille à la navigation sportive.
Je recommande de privilégier un exemplaire bien suivi, même plus cher, avec une quille saine, un gréement contrôlé et des voiles encore exploitables. Un bateau bon marché mais fatigué peut coûter plusieurs milliers d’euros avant de retrouver le comportement vif qui fait tout son intérêt.
En résumé, le Seascape 24 devenu First 24 SE est un excellent choix pour la régate côtière, les raids légers et les propriétaires qui aiment naviguer activement. Il faut simplement l’acheter pour ce qu’il est réellement : un voilier de performance transportable avec une capacité de croisière**, et non un croiseur confortable réduit à 24 pieds.