Choisir le meilleur voilier fifty revient rarement à désigner un modèle unique. Il faut surtout trouver le bon équilibre entre protection à la barre, comportement sous voiles, puissance moteur, autonomie et confort de vie. Je vous propose ici un comparatif des fifty d’occasion les plus intéressants, des alternatives modernes et des contrôles indispensables avant l’achat.
Le bon fifty dépend d’abord de votre manière de naviguer
- Programme côtier : privilégiez un modèle compact, simple à manœuvrer et peu coûteux à entretenir.
- Grande croisière : une timonerie protégée, une vraie autonomie et une coque solide comptent davantage que la vitesse.
- Référence polyvalente : le Bénéteau Evasion 32 ou 37 reste un choix cohérent sur le marché de l’occasion.
- Navigation à la voile : vérifiez le plan de voilure, le lest et la capacité du bateau à avancer sans moteur.
- Budget réel : ajoutez souvent 10 000 à 30 000 € de remise à niveau sur une unité ancienne.
Pourquoi le fifty reste un voilier à part
Un fifty, aussi appelé voilier mixte ou pêche-promenade, est conçu pour naviguer correctement à la voile comme au moteur. Il possède généralement une timonerie, un cockpit protégé, un moteur diesel plus puissant que celui d’un voilier classique et une carène pensée pour la stabilité plutôt que pour la performance pure.
J’apprécie ce type de bateau lorsque la priorité est de vivre longtemps à bord sans subir chaque changement de météo. La barre intérieure permet de continuer à naviguer au sec, tandis que le moteur offre une marge de sécurité dans les calmes, les chenaux étroits ou les entrées de port délicates.
Le compromis est évident. À longueur égale, un fifty est souvent plus lourd, plus haut et moins rapide qu’un voilier de croisière traditionnel. Sa grande timonerie augmente le fardage, c’est-à-dire la prise au vent, et son moteur demande une attention particulière lors de l’achat.
Le moteur ne doit pas remplacer le voilier
C’est l’erreur que je rencontre le plus souvent. Un bateau équipé d’un gros moteur et d’un petit gréement peut ressembler à un fifty, mais il se comportera surtout comme un bateau à moteur auxiliaire. Pour une vraie polyvalence, je vérifie la surface de voilure, l’état du gréement, le type de quille et les performances observées au près.
Un bon modèle doit pouvoir avancer à la voile dans une brise modérée, même si sa vitesse reste inférieure à celle d’un course-croisière. La capacité à réduire la toile rapidement est également essentielle, notamment lorsque la timonerie protège l’équipage mais complique l’accès aux manœuvres.

Les modèles qui méritent vraiment l’attention
Le marché est dominé par des unités des années 1970 à 1990. Elles ont souvent une construction robuste, mais leur état varie énormément. Je préfère un bateau plus ancien dont le gréement, le moteur et les systèmes ont été suivis plutôt qu’un modèle plus récent resté plusieurs années à l’abandon.
| Modèle ou famille | Point fort | Limite principale | Programme conseillé |
|---|---|---|---|
| Bénéteau Evasion 32 et 37 | Équilibre entre confort, comportement marin et disponibilité des pièces | Performances modestes et unités parfois très vieillissantes | Croisière côtière et hauturière raisonnable |
| Jeanneau Espace 1100 | Grand volume intérieur et timonerie agréable | Fardage important et entretien de nombreux équipements | Vie à bord et navigation familiale |
| Kirié Fifty 33 et 40 | Construction solide et orientation pratique | Confort et ergonomie datés | Pêche, cabotage et longues escales |
| Gib’Sea MS | Compromis intéressant entre voilier et bateau de promenade | État très variable selon les exemplaires | Croisière familiale à budget contenu |
| Nauticat 33 et modèles proches | Protection, autonomie et qualité de fabrication | Prix supérieur et entretien parfois spécifique | Navigation au long cours |
Bénéteau Evasion 32 et 37
Ce sont les modèles que je regarderais en premier pour un achat rationnel. Leur architecture est facile à comprendre, leur réseau est connu en France et l’aménagement convient encore à une petite famille. L’Evasion 37 offre davantage de volume et de rangements, mais son âge peut transformer un prix d’achat attractif en chantier important.
Leur meilleur argument reste leur polyvalence. Une unité bien entretenue peut naviguer à la voile, manœuvrer sereinement au moteur et servir de véritable petite maison flottante. Je contrôlerais toutefois avec soin le pont, les varangues, le gréement dormant et les éventuelles infiltrations autour de la timonerie.
Jeanneau Espace 1100
L’Espace 1100 vise davantage le confort que la recherche de vitesse. Sa timonerie et son volume intérieur sont appréciables dans les régions fraîches ou lorsque l’on navigue avec des personnes peu habituées à la mer. Avec une longueur d’environ 11 mètres et une capacité de carburant souvent généreuse, il se prête bien au cabotage prolongé.
En contrepartie, sa hauteur et ses superstructures demandent de l’anticipation dans les ports. Je ne le choisirais pas pour multiplier les étapes rapides au près, mais plutôt pour vivre à bord, mouiller longtemps et naviguer sans se presser.
Kirié Fifty, Gib’Sea MS et autres unités classiques
Les Kirié Fifty 33 ou 40 ont une réputation de bateaux sérieux, souvent construits pour la pêche et la navigation pratique. Ils peuvent être de très bonnes bases, à condition d’accepter une décoration ancienne et de vérifier que la motorisation n’a pas été remplacée par un bloc surdimensionné sans renforcement adapté.
Les Gib’Sea MS constituent une piste intéressante pour qui veut un bateau habitable sans passer directement à une grande unité. Je les examinerais au cas par cas, car l’historique d’entretien compte davantage que le nom du chantier. Deux bateaux identiques peuvent présenter des écarts considérables de valeur après trente ou quarante ans.
Quel modèle choisir selon votre programme
La meilleure sélection change complètement selon la manière dont vous comptez utiliser le bateau. Un couple qui navigue en Bretagne n’a pas les mêmes besoins qu’une famille qui veut descendre vers la Méditerranée ou passer plusieurs mois à bord.
Pour la croisière côtière
Je privilégierais un Evasion 32, un Gib’Sea MS ou un modèle de 9 à 11 mètres. La priorité va à la facilité de manœuvre, au faible tirant d’eau et à une consommation raisonnable. Un moteur de **40 à 60 chevaux** peut suffire sur cette taille, mais la puissance exacte doit rester cohérente avec le déplacement et la carène.
Pour une vie à bord plus longue
L’Evasion 37, l’Espace 1100 ou un Nauticat 33 sont plus adaptés. Ils offrent généralement une meilleure séparation des espaces, davantage de rangements et une timonerie réellement utilisable au quotidien. Je surveillerais néanmoins la ventilation, l’isolation et la capacité électrique, souvent insuffisantes sur les unités anciennes.
Pour naviguer réellement à la voile
Il faut sortir du raisonnement « gros moteur égale sécurité ». Un fifty destiné à naviguer sous voiles doit avoir un gréement bien dimensionné, des winches accessibles et une réduction de voilure simple. Je rechercherais un bateau capable de tenir une allure stable avec **15 à 20 nœuds de vent**, sans demander à l’équipage de sortir constamment de la timonerie.
Pour une approche plus moderne
L’Archipel 36, annoncé par un chantier breton, réinterprète le concept avec une unité d’environ 11 mètres et une motorisation annoncée entre 50 et 75 chevaux. Son intérêt vient de sa conception contemporaine, plus sobre et fonctionnelle. Je le placerais toutefois dans la catégorie des projets à suivre tant que la disponibilité, le prix final et le retour d’expérience ne sont pas largement établis.
Le META 50 représente une autre philosophie. Avec une longueur d’environ 15 mètres et une motorisation annoncée de deux moteurs de 30 chevaux ou d’une solution électrique, il vise davantage l’expédition à la voile que le traditionnel pêche-promenade. Son budget, son volume et ses contraintes d’exploitation le destinent à un public très différent.
Les critères techniques qui font la différence
La ligne de coque attire l’œil, mais elle ne suffit pas à juger un fifty. Je commence toujours par le couple coque-moteur, puis j’examine le gréement et les systèmes de bord. C’est là que se cachent les dépenses les plus lourdes.
La motorisation
Un moteur ancien peut encore être fiable, mais il doit démarrer à froid, tenir sa température et ne pas produire de fumée excessive. Je demande les factures, les heures de fonctionnement et les travaux réalisés sur l’inverseur, l’arbre, l’hélice et le circuit de refroidissement.
Un remplacement complet peut facilement dépasser **15 000 à 30 000 €**, selon la puissance, l’installation et les travaux annexes. Une consommation réduite ne compense pas un moteur mal installé ou inaccessible pour la maintenance.
Le gréement et la capacité à réduire la toile
Le gréement dormant, c’est-à-dire les câbles fixes qui maintiennent le mât, doit être inspecté par un professionnel si son âge est inconnu. Les voiles, les enrouleurs, les rails et les winches méritent le même examen. Sur un fifty, la simplicité des manœuvres est un vrai facteur de sécurité.
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La coque et les infiltrations
Les infiltrations autour des hublots, du roof ou de la timonerie sont fréquentes sur les bateaux de cette génération. Elles peuvent détériorer les vaigrages, les cloisons et les câblages sans être visibles au premier coup d’œil.
Je recommande une expertise à sec avec contrôle de l’humidité et examen de la quille. Comptez souvent **800 à 2 000 €** pour une expertise complète, auxquels peuvent s’ajouter la sortie d’eau et les frais de manutention. C’est peu face au coût d’une mauvaise surprise structurelle.
Quel budget prévoir pour un fifty d’occasion
Le prix affiché ne représente qu’une partie du budget. Les modèles classiques de 30 à 33 pieds peuvent sembler accessibles, mais une unité très bon marché réclame parfois une réfection du moteur, des voiles, de l’électricité et de l’étanchéité.
| Poste | Ordre de grandeur | Ce qui fait varier le coût |
|---|---|---|
| Expertise et sortie d’eau | 1 000 à 3 000 € | Région, taille et profondeur des contrôles |
| Jeu de voiles | 4 000 à 12 000 € | Surface, tissu et niveau de finition |
| Gréement dormant | 2 000 à 8 000 € | Longueur du mât et accessibilité |
| Réfection moteur | 3 000 à 12 000 € | Révision légère ou reconstruction complète |
| Remplacement du moteur | 15 000 à 30 000 € et plus | Puissance, inverseur, arbre et installation |
Pour une unité ancienne correcte, je garderais une réserve de 10 à 20 % du prix d’achat pour la première année. Si le bateau est vendu avec un moteur d’origine, des voiles fatiguées et une installation électrique datant de plusieurs décennies, cette réserve peut être largement dépassée.
Je me méfierais aussi des équipements séduisants mais inutiles. Un écran de navigation récent ne rattrape pas une coque humide, et un propulseur d’étrave ne remplace pas une bonne maîtrise des manœuvres. Sur un fifty, la fiabilité et l’accessibilité mécanique valent souvent plus que l’électronique dernier cri.
Le choix qui restera pertinent dans dix ans
Pour la majorité des plaisanciers français, mon choix le plus équilibré reste un Bénéteau Evasion 32 ou 37 bien suivi. Le Jeanneau Espace 1100 devient plus intéressant lorsque le confort intérieur passe avant la performance, tandis qu’un Kirié ou un Gib’Sea peut offrir une excellente base à condition d’accepter une rénovation progressive.
Je ne chercherais donc pas le fifty le plus puissant ni le plus spectaculaire. Je choisirais celui dont le moteur, le gréement et la coque sont documentés, dont les manœuvres restent accessibles et dont le budget d’entretien correspond réellement à mes moyens.
La meilleure affaire n’est pas le bateau le moins cher du ponton. C’est celui qui permet de larguer les amarres rapidement, de naviguer à la voile quand les conditions le permettent et de rentrer au port sereinement lorsque la météo décide de changer de ton.