Gitana 18, le trimaran Ultim pensé pour le vol océanique

Le trimaran Gitana 18, prêt pour l'aventure, est soulevé par une grue à Lorient. Une foule nombreuse est rassemblée pour admirer ce géant des mers.

Écrit par

Patrick Marchand

Publié le

15 avr. 2026

Table des matières

Le sujet autour de Gitana 18 dépasse largement la curiosité d’un nouveau bateau : c’est le dernier grand trimaran du programme Maxi Edmond de Rothschild, pensé pour la course au large à très haute intensité et pour une vraie logique de vol sur foils. Je vais ici clarifier ce qu’est ce voilier, pourquoi sa plateforme intrigue autant les passionnés de multicoques et ce que ses choix techniques changent réellement en mer. J’y ajoute aussi les chiffres utiles, les limites à connaître et ce que ce bateau dit de l’évolution des Ultim en 2026.

Les points à retenir avant de regarder ce trimaran de près

  • Il s’agit d’un trimaran Ultim de course au large, pas d’un voilier de croisière.
  • Le bateau a été mis à l’eau le 14 février 2026 à Lorient.
  • Sa plateforme affiche environ 32 m de long, 23 m de large et 19,5 tonnes.
  • Son architecture repose sur des foils en Y, des safrans en U et une logique de vol contrôlé.
  • Le vrai enjeu n’est pas seulement la vitesse de pointe, mais la stabilité des performances dans la mer formée.
  • Ce programme sert de laboratoire pour la prochaine génération de grands multicoques océaniques.

Ce que représente ce maxi-trimaran dans la classe Ultim

Dans la hiérarchie de la course au large, la classe Ultim est le sommet des grands multicoques. On y cherche des bateaux capables de traverser l’Atlantique, d’attaquer un tour du monde ou de viser des records avec une vitesse qui n’a plus grand-chose à voir avec celle d’un monocoque classique. Le nouveau Maxi Edmond de Rothschild appartient à cette famille, et son arrivée marque surtout une reprise du cycle d’innovation de Gitana après la génération précédente.

Ce que je trouve intéressant, c’est que ce type de bateau ne se contente plus d’être rapide sur le papier. Il doit aussi rester exploitable par l’équipage, absorbant, précis et suffisamment fiable pour encaisser des journées entières à des allures extrêmes. Dans ce contexte, la plateforme n’est pas un simple objet de performance : c’est une réponse très concrète à une question simple en apparence, mais redoutable en mer, comment aller vite sans perdre le contrôle ?

Le lancement à Lorient, en février 2026, a donc une portée symbolique réelle. Il ne s’agit pas seulement de mettre un grand trimaran à l’eau ; il s’agit de faire entrer en service une architecture pensée pour la prochaine étape du vol océanique. Et c’est précisément là que les chiffres deviennent parlants.

Les chiffres qui donnent l’échelle

Sur un bateau comme celui-ci, les dimensions ne sont pas décoratives. Elles conditionnent la rigidité, la stabilité, le volume de structure, la surface de voile et la manière dont l’équipage peut exploiter le potentiel du plan porteur. Voici les repères utiles à garder en tête.

Caractéristique Valeur Ce que cela implique
Longueur 32 m Un gabarit de grand maxi, conçu pour porter beaucoup d’énergie aérodynamique et hydrodynamique.
Largeur 23 m Une assise énorme, utile pour la stabilité au portant comme pour le contrôle du vol.
Tirant d’air 38,4 m Le mât et le gréement ont un rôle central dans la puissance, mais aussi dans le réglage fin du bateau.
Déplacement 19,5 tonnes Assez léger pour un tel volume, ce qui reste indispensable pour décoller tôt et maintenir la vitesse.
Mise à l’eau 14 février 2026 Le début réel de la vie maritime, après une longue phase de chantier et de réglages à terre.
Base Lorient Un ancrage logique pour une équipe tournée vers la haute performance et les grandes sorties au large.

Ces données donnent tout de suite le ton : on n’est pas sur un voilier “grand format”, mais sur une machine dont chaque mètre et chaque kilo ont été arbitrés. La suite logique, c’est de regarder comment cette géométrie sert la recherche de vitesse en vol.

Le trimaran Gitana 18 fend les vagues, ses foils soulevant la coque. La mer est agitée, le ciel gris.

Pourquoi son architecture vise le vol plutôt que la simple vitesse

Le point le plus marquant, à mes yeux, reste la logique de conception. Le bateau ne cherche pas seulement à glisser mieux que les autres ; il veut voler plus tôt, plus longtemps et avec un contrôle plus stable. Sur ce type de multicoque, les foils sont des appendices portants qui génèrent de la portance dans l’eau et soulagent une partie de la coque. Moins de surface immergée, c’est moins de traînée, donc plus de vitesse potentielle.

Les foils en Y et les safrans en U sont au cœur du sujet. Le foil en Y permet de chercher un compromis entre portance, réglage et rétraction, tandis que le safran, c’est l’organe de direction du bateau. Sous cette forme, il aide à garder un pilotage plus propre et à mieux encaisser les efforts quand le trimaran commence à voler. Le principe est simple à formuler, mais très difficile à exploiter au quotidien.

Le mot qui revient souvent dans ce genre de programme est cavitation. Cela désigne le moment où l’eau se dégrade autour d’un profil trop sollicité, avec une perte brutale d’efficacité. Les formes en U ont justement été pensées pour mieux résister à ce phénomène. En pratique, cela signifie un bateau plus homogène dans les pointes, moins nerveux au mauvais sens du terme, et plus sain pour l’autopilote comme pour le barreur.

Le gréement compte autant que les appendices. Les barres de flèche réglables dynamiquement permettent de cintrer le mât, donc d’adapter la forme de la voile à l’état de mer et au vent. C’est un détail qui paraît secondaire vu du ponton, mais qui fait souvent la différence entre un bateau simplement puissant et un bateau réellement exploitable sur la durée. Pour moi, c’est là que le projet devient crédible : la performance n’est pas cherchée comme un pic isolé, elle est construite comme un système cohérent.

Autrement dit, tout est pensé pour que le trimaran reste pilotable quand la mer se durcit. Et cette exigence de contrôle explique aussi ce qui le distingue de la génération précédente.

Ce qui change face à la génération précédente

La vraie rupture n’est pas seulement visuelle. Elle tient à la philosophie globale du projet. Là où le précédent grand trimaran avait déjà établi un niveau très élevé, la nouvelle plateforme pousse plus loin l’intégration des appendices, la recherche de vol stable et la polyvalence d’usage. Ce n’est pas un simple rafraîchissement ; c’est une remise à plat plus ambitieuse.

Point de comparaison Génération précédente Nouvelle plateforme
Objectif principal Confirmer la vitesse et la fiabilité du concept Gagner en contrôle du vol et en rendement global
Architecture Base déjà très avancée pour l’époque Appendices et gréement pensés pour une exploitation plus fine
Usage Très orienté records et très grands formats de course Solo, double ou équipage, avec une polyvalence plus assumée
Lecture technique Étape majeure pour la classe Ultim Nouvelle marche dans la logique du bateau volant

Ce qui me semble important ici, c’est le déplacement du curseur : on ne parle plus seulement de “faire vite”, mais de tenir des performances élevées dans davantage de conditions. Cela change beaucoup de choses pour la course au large, parce qu’un bateau performant seulement dans l’idéal météo ne suffit pas à gagner les grandes épreuves océaniques.

Et c’est justement ce qui ouvre la question de son utilité réelle en navigation de course.

À quoi il servira vraiment en course au large

Un bateau de cette taille n’a pas vocation à faire du cabotage spectaculaire. Il est conçu pour trois usages majeurs : les grandes courses en multicoques, la chasse aux records et la validation de solutions techniques. Dans le programme Gitana, la logique est très claire : le bateau doit être capable de naviguer en solitaire, en double ou avec un équipage, selon le format de l’épreuve et les objectifs du moment.

Concrètement, cela ouvre la porte à des défis comme les grandes transatlantiques, les tentatives de tour du monde et les records d’ultra-distance. C’est aussi ce qui rend la plateforme précieuse pour l’ingénierie maritime. Chaque sortie permet de tester un équilibre différent entre vitesse, fatigue structurelle, tenue dans le clapot et charge de travail à bord. Dans un programme de ce type, la valeur d’une navigation réussie ne se mesure pas seulement au temps au large, mais à la qualité des enseignements récupérés au retour.

Il faut aussi dire les choses franchement : ce n’est pas un programme simple ni bon marché. Le coût exact n’est pas rendu public, ce qui est habituel pour ce niveau de développement, mais on parle clairement d’un budget de construction et d’exploitation très élevé. Il faut une équipe technique importante, une logistique lourde, une maintenance permanente et une vraie capacité d’analyse. Sans cette infrastructure, le bateau perd une bonne partie de son intérêt.

En pratique, les limitations sont connues : les réglages sont sensibles, les appendices sont sollicités, et la moindre approximation de pilotage peut coûter cher. C’est la contrepartie naturelle d’un multicoque de très haut niveau. Le bateau est impressionnant, oui, mais il n’est intéressant que si le système humain autour suit le même niveau d’exigence.

Cette réalité technique explique pourquoi les prochaines navigations seront plus parlantes que n’importe quelle fiche de présentation.

Ce que je regarderais sur ses prochaines sorties en mer

Le premier critère, c’est la capacité à tenir le vol sur la durée. Beaucoup de bateaux impressionnent sur une séquence courte ; beaucoup moins savent conserver leur rendement quand l’état de mer change, que le vent se reconstruit et que le pilote doit corriger sans cesse. C’est là que se sépare le très bon prototype du vrai bateau de course.

  • La stabilité du vol, surtout quand la mer devient croisée ou irrégulière.
  • La robustesse des appendices, car un foil ou un safran doivent encaisser des charges extrêmes.
  • La facilité de réglage, notamment sur le gréement et le calage des appendices.
  • Le comportement en navigation solo, toujours plus révélateur que les séquences très encadrées.
  • La constance des performances sur plusieurs heures ou plusieurs jours, pas seulement sur un bord spectaculaire.

Si ces points restent au vert, le bateau ne sera pas seulement l’un des grands noms de la flotte Gitana. Il deviendra une référence de plus dans l’histoire des Ultim, avec ce mélange très français de puissance, de précision et d’audace technique qui fait avancer toute la classe.

Ce qu’il faut retenir de ce nouveau chapitre océanique

Je retiens surtout une chose : ce trimaran ne cherche pas à être simplement “plus grand” ou “plus rapide” que le précédent, il cherche à être plus intelligent dans la manière de voler. C’est une nuance importante, parce qu’en course au large moderne, la victoire se joue souvent moins sur le chiffre brut de vitesse que sur la capacité à répéter la performance sans casser l’ensemble.

Pour un lecteur qui s’intéresse aux voiliers, à l’ingénierie maritime ou aux grands programmes océanique français, c’est exactement le type de bateau à suivre de près. Il raconte où en est la classe Ultim en 2026, mais aussi où elle peut aller demain. Et c’est souvent dans ce genre de projet qu’on voit naître les idées qui finiront, quelques années plus tard, par irriguer une partie du monde de la voile.

Questions fréquentes

Le trimaran mesure environ 32 m de long pour 23 m de large, avec un tirant d’air de 38,4 m et un déplacement de 19,5 tonnes. Il a été mis à l’eau le 14 février 2026 à Lorient.

Ils servent à faire voler le bateau plus tôt et plus longtemps tout en gardant un contrôle exploitable. Les foils réduisent la surface immergée et donc la traînée, tandis que les safrans en U aident à mieux encaisser les efforts et à limiter les effets de cavitation.

La nouvelle plateforme ne cherche pas seulement un pic de vitesse. Elle pousse plus loin l’intégration des appendices, la stabilité du vol et la polyvalence en solitaire, en double ou avec équipage.

Il est conçu pour les grandes courses au large en multicoques, les tentatives de records et la validation de solutions techniques. Chaque sortie doit aussi servir à mesurer la tenue dans la mer formée, la robustesse des appendices et la facilité de réglage.

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Patrick Marchand

Patrick Marchand

Je m'appelle Patrick Marchand et j'ai 13 ans d'expérience dans le domaine de la navigation, de la culture et de l'ingénierie maritime. Mon intérêt pour ces sujets a débuté dès mon plus jeune âge, lorsque je passais des heures à explorer les côtes et à rêver de voyages en mer. Aujourd'hui, je me consacre à partager mes connaissances et à aider les lecteurs à comprendre les enjeux complexes qui entourent notre rapport à la mer. Dans mes écrits, je m'efforce de rendre accessibles des concepts parfois difficiles, en vérifiant soigneusement mes sources et en comparant les informations pour offrir une perspective claire et précise. Je suis passionné par l'actualité maritime et je m'engage à fournir des informations utiles, exactes et à jour, afin que chacun puisse apprécier la richesse de notre patrimoine maritime et les défis de l'ingénierie qui l'accompagnent.

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