Éric Bellion et STAND AS ONE, une autre idée du Vendée Globe

Le voilier bleu et noir "Stand As One" navigue en mer. On aperçoit la silhouette d'Éric Bellion sur le pont.

Écrit par

Théodore Duval

Publié le

10 avr. 2026

Table des matières

Le parcours d’Éric Bellion m’intéresse parce qu’il dépasse la simple fiche de résultats. On y voit un marin français, mais aussi un bâtisseur de projets, un passeur d’idées et un skipper qui a fait de la diversité, de la simplicité technique et de la ténacité de vrais outils de performance. Je reviens ici sur son profil, ses courses les plus marquantes, son IMOCA STAND AS ONE et ce que son approche dit de la navigation au large en 2026.

Les repères essentiels sur son parcours

  • Marin, écrivain, réalisateur et chroniqueur, il a construit une trajectoire hors du moule classique des coureurs au large.
  • Son premier Vendée Globe se termine en 9e place, avec le statut de premier bizuth et un temps de 99 j 4 h 56 min 20 s.
  • Avec STAND AS ONE, il choisit un IMOCA à dérives, simple et fiable, loin de la logique du tout-foiling.
  • En 2025, il abandonne le Vendée Globe pour raison de sécurité, puis boucle hors course un deuxième tour du monde en solitaire en 93 jours.
  • Son projet est aussi collectif : inclusion, partage d’expérience et gestion d’équipe comptent autant que la vitesse pure.

Un marin qui a construit sa route hors des sentiers battus

Ce qui frappe d’abord, c’est qu’il n’est pas sorti d’une filière sportive linéaire. Il arrive à la grande course au large après un long travail sur le sens du collectif : un tour du monde handivalide en 2010, puis la création d’un équipage diversifié en 2012. Ce n’est pas un décor de communication ; c’est la colonne vertébrale de sa manière de naviguer.

Je trouve cette base essentielle, parce qu’elle explique sa façon de parler de la mer : chez lui, l’équipage, la transmission et la différence ne sont pas des notions périphériques. Elles servent à mieux décider, mieux encaisser la fatigue et mieux tenir un cap quand tout se complique. C’est aussi ce qui le distingue d’un skipper plus “pur produit” du circuit Figaro. Cette logique humaine devient encore plus lisible quand on regarde son premier Vendée Globe.

Le Vendée Globe 2016 a installé sa signature

Sur le Vendée Globe 2016-2017, il termine 9e en 99 jours 4 h 56 min 20 s, premier bizuth du plateau. Le classement est solide, mais le vrai signal est ailleurs : il n’avait alors aucune longue expérience du solo, et cette course a servi d’accélérateur brutal à tout ce qu’un skipper doit apprendre seul, de la gestion du sommeil à la lecture des systèmes météo.

  • Le sommeil devient une ressource à protéger, pas un confort.
  • La peur ne disparaît pas en mer ; elle se travaille jusqu’à devenir exploitable.
  • Le bateau doit rester adapté au marin, sinon la performance se paie trop cher mentalement.

Ce que j’en retiens, c’est que Bellion ne vend pas une légende de surhomme. Il raconte plutôt une montée en compétence rapide, parfois rude, qui transforme un marin curieux en véritable solitaire de haut niveau. C’est ce socle qui explique son choix de repartir avec un projet de bateau très cohérent, et beaucoup plus assumé techniquement.

Le voilier bleu et noir

STAND AS ONE montre une autre idée de la performance

Le lancement de STAND AS ONE, en 2023, résume bien sa philosophie. L’IMOCA dessiné avec Jean Le Cam et l’architecte David Raison n’essaie pas d’imiter les foilers les plus extrêmes. Il mise sur un monocoque à dérives, avec un avant en scow, donc un nez arrondi qui favorise le volume et le comportement de la coque dans certaines allures. En clair, le bateau cherche la vitesse utile, pas le record de vitesses épisodiques.

Le choix est intéressant parce qu’il change la question de départ. Au lieu de demander “comment aller le plus vite possible en pointe ?”, l’équipe a demandé “qu’est-ce qu’il faut vraiment pour être compétitif sur le Vendée Globe ?”. C’est une bascule de méthode, et je la trouve plus mature que les promesses technologiques habituelles.

Critère Logique foiling Logique STAND AS ONE
Vitesse Très forte pointe, surtout dans certaines allures Vitesse moyenne plus régulière
Complexité Réglages et appendices plus exigeants Architecture plus simple à exploiter
Fiabilité Bonne, mais avec davantage de contraintes structurelles Priorité assumée à la robustesse et à la continuité
Budget Généralement plus élevé Volonté de rester plus raisonnable financièrement
Usage en course Très performant quand tout s’aligne Pensé pour tenir la durée et les changements de météo

Le bateau mesure 18,28 m et a été construit chez Persico, en Italie. Là encore, ce qui compte n’est pas seulement la fiche technique, mais l’idée de départ : fabriquer un outil que le skipper peut pousser très fort sans vivre en permanence à la limite de la casse. Et ce choix technique mène naturellement à la question suivante : que valent cette philosophie et cette cellule de travail quand elles passent le test réel des courses ?

Ses résultats récents racontent une progression plus qu’un effet d’annonce

Entre 2022 et 2025, les résultats montrent un marin toujours compétitif, mais confronté à un niveau d’exigence très élevé. En 2022, il signe notamment une 7e place sur la Guyader Bermudes 1000 Race, une 14e sur la Vendée Arctique et une 23e sur la Route du Rhum. En 2024, il prend la 17e place de New York-Vendée en 14 j 19 h 50 min 58 s, puis la 20e du The Transat CIC en 11 j 09 h 01 min 07 s.

Le plus révélateur reste toutefois le Vendée Globe 2024-2025. Il abandonne le 12 janvier 2025 après un problème de fixation d’étai de J2 et une fatigue extrême, car la prudence ne se négocie pas à ce niveau. Un mois plus tard, le 12 février 2025, il termine hors course son deuxième tour du monde en solitaire en 93 jours. Pour moi, cet enchaînement dit quelque chose de très net : Bellion ne confond pas un abandon de classement avec un échec de projet, et c’est une nuance que beaucoup de lecteurs sous-estiment.

Dans la course au large, cette lucidité compte autant que le panache. Elle montre aussi pourquoi son discours parle au-delà des résultats purs, notamment quand il s’adresse à des équipages, à des chefs de projet ou à des entreprises.

Ce que son parcours apprend à un skipper qui construit un projet solide

Si je devais résumer sa méthode en quelques principes utiles, je garderais surtout ceux-ci :

  • Commencer par le sens avant de courir après la technologie.
  • Choisir une architecture de bateau cohérente avec son style de navigation, pas avec la seule mode du moment.
  • Traiter la diversité comme une compétence, pas comme une posture.
  • Accepter la limite quand elle protège le bateau et le marin.
  • Faire de chaque course un apprentissage, même lorsqu’elle ne donne pas le classement espéré.

C’est exactement ce qui rend Éric Bellion intéressant dans le paysage des navigateurs et skippers français : il ne raconte pas seulement une aventure, il construit une manière de naviguer. Et pour qui regarde la voile au large avec un œil un peu technique, son parcours rappelle une règle simple mais exigeante : la performance durable naît rarement du spectaculaire seul, elle naît d’un projet bien pensé, bien incarné et bien tenu dans la durée.

Questions fréquentes

Parce que son équipe a privilégié une vitesse utile et régulière, avec une architecture plus simple, plus robuste et plus raisonnable en budget. Le bateau de 18,28 m, dessiné avec Jean Le Cam et David Raison et construit chez Persico, vise la continuité plutôt que les pointes extrêmes.

En 2016-2017, il termine 9e en 99 jours 4 h 56 min 20 s et premier bizuth. Cette course lui apprend surtout à traiter le sommeil comme une ressource, à travailler la peur et à choisir un bateau adapté à son propre mode de navigation.

Il arrête le 12 janvier 2025 après un problème de fixation d'étai de J2 et une fatigue extrême, donc par prudence. Un mois plus tard, le 12 février 2025, il boucle hors course son deuxième tour du monde en solitaire en 93 jours, ce qui montre la solidité du projet malgré l'abandon au classement.

Il ne vient pas d'une filière sportive linéaire. Avant les grandes courses, il a mené un tour du monde handivalide en 2010 et créé un équipage diversifié en 2012, avec une logique où la transmission, la diversité et le collectif comptent autant que la performance pure.

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Théodore Duval

Théodore Duval

Je m'appelle Théodore Duval et j'ai trois ans d'expérience dans le domaine de la navigation, de la culture et de l'ingénierie maritime. Mon intérêt pour ces sujets a commencé dès mon plus jeune âge, lorsque je passais des heures à explorer les côtes et à m'émerveiller devant la complexité des navires. Ce qui me passionne, c'est d'expliquer les enjeux liés à la mer et aux technologies maritimes, tout en rendant ces thèmes accessibles à tous. Au fil de mes expériences, j'ai développé une approche rigoureuse pour vérifier les sources et comparer les informations. J'aime simplifier des sujets parfois complexes et suivre les tendances actuelles pour offrir un contenu utile, précis et à jour. Je m'efforce de partager mes connaissances de manière claire, afin d'aider mes lecteurs à mieux comprendre les défis et les opportunités du monde maritime.

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