Élodie Bonafous s’est imposée comme l’un des visages les plus solides de la nouvelle génération de la course au large française. Son parcours dit beaucoup de la manière dont se construit un grand projet offshore : de la voile légère à l’IMOCA, avec une progression nette, des choix techniques cohérents et une vraie capacité à transformer des résultats en crédibilité sportive.
Les repères à connaître avant de suivre sa saison
- Née dans le Finistère nord, elle a découvert la voile très tôt sur un petit bateau de plaisance avant de passer par l’Optimist.
- Elle s’est d’abord forgé un niveau très élevé en voile légère et en Figaro, la meilleure école française pour apprendre la course au large en solo.
- Son tournant majeur reste sa victoire d’étape dans La Solitaire du Figaro, première pour une Française.
- Son IMOCA, lancé en 2025, est un sistership d’un bateau vainqueur du dernier Vendée Globe, ce qui change immédiatement le niveau d’exigence.
- Ses résultats récents en équipage comme en solo montrent une montée en puissance réelle, pas un simple coup d’éclat.
- Son horizon est clair : construire un projet capable d’arriver fort sur le Vendée Globe 2028-2029.
Un profil bâti sur la voile légère et la précision
Je retiens d’abord une chose chez Élodie Bonafous : rien, dans sa trajectoire, ne ressemble à un raccourci. Elle vient de Lanmeur, dans le Finistère nord, et son rapport à la mer s’est construit très tôt, d’abord en famille, puis sur les circuits d’initiation avant de basculer vers la compétition. L’Optimist, ce petit dériveur qui sert de base à tant de champions français, lui a donné les fondamentaux qui comptent vraiment en offshore : sens de l’équilibre, lecture du vent, patience et goût de l’effort répété.
Son parcours junior et universitaire confirme cette base très propre. Elle a gagné des titres mondiaux en J80 en 2017 puis en université en 2018, ce qui n’est pas anecdotique : le J80 est un support collectif qui exige de la précision dans les manœuvres, de la communication et une vraie vitesse d’exécution. Autrement dit, avant même le Figaro et l’IMOCA, elle avait déjà appris à naviguer proprement sous pression.
Ce qui me paraît intéressant, c’est qu’elle n’a pas cherché à forcer un chemin unique vers la médiatisation. Elle a choisi la voie qui lui permettait de devenir meilleure navigatrice, pas seulement meilleure communicante. C’est souvent là que se fait la différence entre un talent visible et un talent durable. Et cette logique de construction explique très bien sa suite en Figaro.

Du Figaro à l’IMOCA, une progression sans rupture
Le circuit Figaro est l’une des meilleures écoles possibles pour une navigatrice qui veut aller loin en course au large. On y apprend à tout faire à la fois : préparer le bateau, gérer le sommeil, lire les zones de pression, accepter qu’une journée correcte ne suffit pas si les deux suivantes sont mal négociées. C’est un univers où l’erreur coûte cher, mais où l’on mesure aussi très vite la qualité d’un marin.
Chez Bonafous, la progression est lisible. Elle termine 25e de la Solitaire du Figaro en 2020, puis 12e en 2021, 8e en 2022 et 6e en 2023. Cette montée en puissance n’a rien d’un effet de narration : c’est la marque d’une navigatrice qui assimile, corrige et capitalise. Le vrai signal arrive en 2023, lorsqu’elle devient la première Française à remporter une étape de la Solitaire du Figaro. Dans ce type de course, une victoire d’étape vaut plus qu’un joli classement isolé, parce qu’elle prouve qu’on sait jouer devant au bon moment, dans des conditions complexes, face à une flotte très dense.
| Période | Repère sportif | Ce que cela montre |
|---|---|---|
| 2020 à 2022 | Progression continue dans la Solitaire du Figaro | Apprentissage solide, régularité, capacité à corriger d’une saison à l’autre |
| 2023 | Victoire d’étape dans La Solitaire du Figaro | Capacité à courir devant et à convertir le potentiel en résultat |
| 2024 | Nouvelle place dans le haut du tableau en Figaro | Le niveau n’est pas un pic ponctuel, mais une base installée |
Le passage au Figaro lui a servi de filtre : si l’on sait y être efficace, on possède déjà une bonne partie des réflexes nécessaires pour aborder l’IMOCA sans se perdre. La suite logique était donc moins un saut qu’un changement d’échelle.
Un projet IMOCA pensé pour durer, pas pour faire illusion
Le point central de son actualité, c’est le bateau. Son IMOCA lancé en février 2025 à Concarneau n’est pas un prototype isolé bricolé pour tenter un coup, mais un sistership d’un bateau déjà victorieux au plus haut niveau. En clair, la plateforme technique reprend une architecture éprouvée, avec des systèmes connus pour leur fiabilité et une base de performance déjà validée. Dans cette discipline, ce choix compte énormément.
Un sistership, c’est un bateau jumeau ou très proche d’un autre déjà construit. Pour un projet de course au large, cela réduit une partie de l’incertitude technique. On ne supprime pas les problèmes, mais on évite de partir avec une coque, un gréement ou une architecture totalement inconnus. Cela change tout dans la façon de travailler : moins de temps perdu à défricher, plus de temps consacré à naviguer vite et à comprendre le bateau.
Je trouve ce point très révélateur de sa méthode. Bonafous ne se contente pas d’un beau discours sur l’ambition ; elle s’appuie sur un outil cohérent, avec un projet construit autour de l’apprentissage et de la performance. Le fait que le bateau soit associé à MerConcept, construit chez CDK et dessiné par Guillaume Verdier donne une idée du niveau d’exigence engagé. Ce n’est pas un habillage marketing, c’est un environnement de travail pensé pour la haute performance.
Sur ce genre de projet, l’avantage technique ne fait pas tout. Il faut encore savoir exploiter la machine sans la fragiliser, accepter de pousser quand il faut et protéger l’outil quand la course l’exige. C’est précisément dans cet équilibre que se mesure la maturité d’une skipper, et c’est là que ses résultats récents prennent du poids.
Les résultats récents qui ont changé la perception de son niveau
En 2025 et au début de 2026, Élodie Bonafous a confirmé qu’elle ne montait pas seulement en gamme sur le papier. Elle a d’abord frappé fort en équipage, puis montré qu’elle savait aussi exister dans des formats plus solitaires. Ce mélange est important, car l’IMOCA moderne récompense autant la vitesse pure que la capacité à gérer la complexité humaine, technique et météo d’un projet complet.
| Course | Résultat | Lecture sportive |
|---|---|---|
| Course des Caps | 2e | Très bon niveau d’équipage, avec une vraie capacité à se battre devant |
| Rolex Fastnet Race | 1re | Victoire marquante dans une épreuve majeure, face à une concurrence dense |
| Transat Café L’OR | 8e | Première grande traversée validée sans surjouer, avec une vraie base de progression |
| Vendée Arctique 2026 | 4e | Bon niveau en solo, dans un format exigeant et très révélateur |
| 1000 Race 2026 | 4e | Confirme la vitesse et la maîtrise sur un parcours plus technique |
Ce que j’observe surtout, c’est la continuité. La victoire au Fastnet n’est pas un hasard statistique, parce qu’elle s’inscrit dans une séquence où le bateau avance vite, les choix tactiques sont bons et l’équipage sait capitaliser. La 4e place sur la Vendée Arctique en 2026 va dans le même sens : elle montre que le passage au solo ne l’a pas déstabilisée, ce qui est souvent le vrai test quand on change de catégorie.
Il faut aussi rappeler une réalité très simple : en IMOCA, le résultat brut ne dit pas tout. Il faut regarder la manière dont la performance est obtenue. Tenir un bateau à bon rythme, garder la fiabilité, limiter les arrêts techniques et rester clair dans les décisions compte parfois autant qu’un podium. C’est précisément là que son début de parcours en IMOCA est intéressant, parce qu’il donne le sentiment d’un projet qui apprend vite sans se disperser.
Ce que son profil annonce pour le Vendée Globe 2028-2029
Le Vendée Globe reste l’horizon logique de ce projet, mais il faut éviter le réflexe du “tout ou rien”. Entre une belle saison préparatoire et un tour du monde en solitaire, l’écart est immense. La navigation autour du monde ne récompense pas seulement la vitesse maximale ; elle récompense la résistance mentale, la gestion du sommeil, la faculté à réparer vite, à protéger le matériel et à rester lucide dans les périodes de doute.
Je vois pourtant chez Bonafous plusieurs signaux favorables. D’abord, une cohérence technique rare pour une navigatrice encore en phase de construction sur l’IMOCA. Ensuite, un socle de résultats qui prouve qu’elle sait exister dans des flottes relevées. Enfin, une progression qui n’a rien d’artificiel : elle s’est formée par étapes, sans brûler les niveaux.
- La fiabilité du bateau : sur un tour du monde, un bateau rapide mais fragile finit souvent par perdre plus qu’il ne gagne.
- La qualité des transitions : passer du Figaro au solo IMOCA demande d’accepter une vitesse de décision différente et des efforts plus lourds.
- La gestion des moments faibles : les grandes courses se jouent aussi quand la mer se dégrade et que l’on doit rester simple.
- La constance en 2026 : répéter les bons classements dira davantage sur son niveau réel qu’une seule belle performance.
Le point le plus important, à mes yeux, est simple : elle n’a pas besoin d’un récit héroïque pour exister. Elle a déjà un projet clair, un bateau crédible et des résultats qui s’installent. Cela suffit largement à la placer parmi les navigateurs et skippers français à suivre de très près avant le Vendée Globe 2028-2029.
Les signaux concrets qui diront si sa trajectoire peut viser plus haut
Si je devais suivre sa saison avec un regard vraiment professionnel, je regarderais moins les effets d’annonce que quatre indicateurs très concrets. D’abord, sa capacité à répéter des places dans le haut du tableau sur plusieurs formats. Ensuite, la manière dont elle protège son matériel, car la casse coûte plus cher que jamais en IMOCA. Puis la vitesse pure dans les phases longues, notamment au portant et dans le vent soutenu, où les bateaux jumeaux sont souvent révélateurs du talent de réglage. Enfin, son aisance mentale quand la course se tend, parce qu’un projet offshore se juge aussi à la qualité des décisions sous fatigue.
C’est pour cela que la trajectoire d’Élodie Bonafous m’intéresse autant : elle coche déjà plusieurs cases de la navigatrice d’élite, sans donner l’impression de forcer le tempo. En 2026, elle fait partie de ces skippers dont on peut lire l’avenir dans la manière de naviguer aujourd’hui, et c’est souvent le meilleur signe.