Edel 4, dériveur ou quillard - lequel choisir ?

Échoués sur la vase, plusieurs voiliers et bateaux à moteur attendent la marée. Une scène typique de la fiche technique d'un port, avec des bateaux de type Edel 4.

Écrit par

Patrick Marchand

Publié le

24 mai 2026

Table des matières

Sur un voilier de près de cinquante ans, une fiche technique ne suffit pas à elle seule pour juger le bateau. Il faut aussi comprendre les différences entre le dériveur lesté et le quillard, les conséquences de son faible tirant d’eau, ainsi que les points sensibles liés à l’âge. Voici les dimensions, les performances attendues, l’habitabilité et les contrôles que je recommande avant de choisir un Edel 4.

L’essentiel à retenir sur l’Edel 4

  • 7,10 m de longueur pour 2,50 m de largeur, avec une coque en polyester.
  • Deux grandes versions existent, le dériveur lesté polyvalent et le quillard plus raide sous voile.
  • Le tirant d’eau varie d’environ 0,65 m à 1,19 m sur le dériveur et atteint environ 1,30 à 1,42 m sur le quillard.
  • La surface de voilure est proche de 28,3 m², avec une motorisation historique recommandée autour de 6 CV.
  • L’intérieur offre généralement cinq couchettes, mais le confort dépend fortement de l’état du pavillon relevable et des aménagements.

Les chiffres à retenir pour l’Edel 4

Conçu par Maurice Edel, l’Edel IV a été construit en France entre 1971 et 1979, à environ 800 exemplaires. Il s’agit d’un monocoque habitable en polyester, gréé en sloop bermudien, c’est-à-dire avec une grand-voile et un foc sur un mât unique.

Caractéristique Valeur indicative
Longueur de coque 7,10 m
Largeur maximale 2,50 m
Longueur à la flottaison Environ 5,90 à 6,08 m selon les documents
Surface de voilure au près Environ 28,3 m²
Poids à vide Environ 1 250 kg en dériveur, 1 300 kg en quillard
Hauteur sous barrots Environ 1,53 m, jusqu’à 1,80 m avec le pavillon relevé
Motorisation d’origine recommandée Hors-bord d’environ 6 CV

Ces données doivent être lues comme des valeurs de référence, et non comme les mesures garanties de chaque unité. Les fiches d’époque, les versions de série et les modifications réalisées par les propriétaires présentent parfois des écarts, notamment pour le lest et le tirant d’eau.

Dériveur lesté ou quillard pour quel programme

Le dériveur lesté est la version la plus intéressante pour naviguer dans des zones peu profondes, échouer sur une plage ou utiliser des béquilles dans un port à marée. Sa dérive se relève et son tirant d’eau peut descendre autour de 0,65 à 0,67 m, puis atteindre environ 1 m à 1,19 m lorsqu’elle est abaissée.

Cette polyvalence a toutefois un prix. Une dérive relevée offre moins de résistance à la dérive latérale, surtout au près. Le bateau remonte donc généralement moins bien au vent qu’un quillard et demande davantage d’attention dans les réglages.

Le quillard possède un tirant d’eau situé autour de 1,30 à 1,42 m. Son lest fixe améliore la raideur, c’est-à-dire sa capacité à limiter la gîte sous voiles. Pour la croisière côtière classique, cette version est plus simple à utiliser, mais elle perd l’un des grands avantages de l’Edel 4, son accès aux petits fonds.

Version Atouts Limites
Dériveur lesté Faible tirant d’eau, échouage, transport et accès à de nombreux mouillages Moins efficace au près, mécanisme de relevage à surveiller
Quillard Meilleure stabilité de route et meilleure tenue sous voile Tirant d’eau important, échouage impossible sans précautions
Version compétition Aileron, gouvernail sous voûte et comportement plus orienté performance Moins pratique pour un usage familial ou un entretien facile

Mon choix serait simple. Je privilégierais le dériveur pour un programme côtier varié, notamment en Bretagne ou sur les zones à fort marnage. Pour naviguer régulièrement sur un plan d’eau profond et rechercher une sensation plus directe à la barre, le quillard est plus cohérent.

Une petite coque pensée pour croiser en famille

Avec ses cinq couchettes, l’Edel 4 peut accueillir deux adultes et trois enfants pour des croisières côtières. L’aménagement comprend généralement deux couchettes doubles, une couchette plus étroite, un coin cuisine, une table et un WC marin. Ce n’est pas un appartement flottant, mais l’organisation intérieure est remarquable pour une coque de 7,10 m.

Le pavillon relevable augmente sensiblement la hauteur disponible, jusqu’à environ 1,80 m selon les configurations. Il transforme l’ambiance intérieure, surtout lorsqu’il faut cuisiner, s’habiller ou attendre une averse. En revanche, les vérins à gaz vieillissent et le système doit être inspecté avant de forcer sur le toit.

La largeur limitée à 2,50 m explique aussi pourquoi le bateau a été considéré comme transportable. Cela ne signifie pas qu’il est facile à tracter avec n’importe quel véhicule. Il faut additionner le poids réel du bateau, du moteur, de l’équipement, de la remorque et du gréement, puis vérifier la capacité de traction du véhicule.

Je me méfierais également d’une présentation commerciale parlant d’insubmersibilité sans justificatif précis. Certaines unités disposent de réserves de mousse, mais cela ne permet pas automatiquement de conclure à une homologation actuelle ou à une conformité identique pour tous les bateaux.

Ce que les caractéristiques annoncent sous voile

L’Edel 4 n’est pas un voilier de petit temps particulièrement nerveux. Son déplacement d’environ 1,25 à 1,30 tonne et sa surface mouillée importante le rendent moins réactif dans les airs faibles. La surface mouillée désigne la partie de la coque en contact avec l’eau, qui augmente la résistance lorsque le vent manque.

À partir d’un vent modéré, le bateau devient plus intéressant. Ses formes arrière porteuses favorisent l’accélération et sa stabilité rassure lorsque la mer se creuse. Il ne faut cependant pas confondre comportement marin et invulnérabilité. L’état du gréement, des voiles, des cadènes et du gouvernail compte davantage que la réputation générale du modèle.

La voilure de 28,3 m² reste raisonnable pour un équipage familial. Un jeu de voiles récent et correctement taillé peut apporter un gain très sensible, souvent plus utile qu’une longue liste d’équipements électroniques. Sur un bateau de cet âge, je regarderais d’abord le tissu, les coutures, les coulisseaux, les drisses et le réglage du mât.

La puissance historique recommandée d’environ 6 CV suffit généralement pour les manœuvres portuaires et la navigation au moteur par mer calme. Une puissance supérieure n’est pas automatiquement un progrès. Le poids supplémentaire sur le tableau arrière peut modifier l’assiette et fatiguer une chaise moteur ou un support déjà ancien.

Les contrôles indispensables avant achat ou remise à l’eau

Le système de dérive et le lest

Sur un dériveur lesté, le mécanisme de relevage mérite une inspection complète. Il faut vérifier le câble, l’axe, la tête de dérive, le puits et les éventuelles entrées d’eau. Le lest et la dérive forment un ensemble démontable, mais une intervention mal préparée demande une grue et un vrai protocole de calage.

Les boulons du lest, les traces de corrosion et les fissures autour de la quille doivent être examinés avec attention. Un simple essai de la manivelle ne suffit pas à certifier le bon état du système.

La coque, le pont et les appendices

  • Rechercher des zones molles ou déformées sur le pont et autour des cadènes.
  • Contrôler l’humidité, les cloques d’osmose et les réparations anciennes sur la coque.
  • Inspecter le safran, la mèche de gouvernail, l’aileron et leurs fixations.
  • Vérifier les chandeliers, les balcons, les filières et les points d’ancrage.
  • Examiner les vitrages en plexiglas et leurs joints, souvent fragilisés par l’âge.

Les unités construites entre 1971 et 1979 ont désormais environ 47 à 55 ans en 2026. La structure peut rester saine, mais l’équipement périphérique aura presque toujours été remplacé, réparé ou modifié. C’est précisément là que se cachent les mauvaises surprises.

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Le gréement et la remorque

Un mât d’origine n’est pas forcément dangereux, mais les câbles, ridoirs et sertissages doivent être contrôlés par une personne compétente. Les fissures autour du pied de mât, les cadènes déformées et les traces de corrosion sur les terminaisons sont des signaux d’alerte.

Pour un bateau transporté, la remorque mérite le même niveau d’attention que le voilier. Les pneus, freins, essieux, rouleaux et châssis doivent être vérifiés séparément. Une remorque ancienne peut transformer un bateau officiellement transportable en projet coûteux et peu pratique.

Ce que la fiche technique ne dit pas sur un Edel 4 de 2026

La force de l’Edel 4 réside dans un compromis encore pertinent, avec une coque compacte, une vraie habitabilité et, en version dériveur, une grande liberté d’échouage. Ses limites sont tout aussi claires, notamment la faible hauteur intérieure, les performances modestes dans le petit temps et le poids réel d’un bateau équipé.

Je retiendrais donc trois critères avant toute décision. Il faut connaître la version exacte, mesurer le tirant d’eau du bateau convoité et établir une liste honnête des travaux à prévoir. Une fiche technique bien lue aide à choisir le bon programme, mais c’est l’état concret de l’unité qui dira si cet ancien voilier est prêt à reprendre la mer.

Questions fréquentes

L’Edel 4 mesure environ 7,10 m de long pour 2,50 m de large. Sa surface de voilure au près atteint environ 28,3 m² et son poids à vide varie généralement de 1 250 à 1 300 kg selon la version.

Le dériveur lesté offre un tirant d’eau réduit, d’environ 0,65 m dérive relevée, ce qui facilite l’échouage et l’accès aux petits fonds. Le quillard, avec un tirant d’eau d’environ 1,30 à 1,42 m, est plus raide sous voile et tient mieux sa route, mais il perd cette polyvalence.

Oui, son aménagement propose généralement cinq couchettes, deux adultes et trois enfants pouvant y séjourner pour des croisières côtières. Le pavillon relevable peut porter la hauteur intérieure jusqu’à environ 1,80 m, mais le confort dépend fortement de son état et de celui des aménagements.

Il faut inspecter le système de dérive, le lest, les boulons, les fissures autour de la quille, la coque, le pont, le safran et les fixations. Le gréement, les cadènes, les ridoirs, les sertissages et la remorque doivent aussi être contrôlés, notamment les pneus, freins, essieux, rouleaux et châssis.

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Patrick Marchand

Patrick Marchand

Je m'appelle Patrick Marchand et j'ai 13 ans d'expérience dans le domaine de la navigation, de la culture et de l'ingénierie maritime. Mon intérêt pour ces sujets a débuté dès mon plus jeune âge, lorsque je passais des heures à explorer les côtes et à rêver de voyages en mer. Aujourd'hui, je me consacre à partager mes connaissances et à aider les lecteurs à comprendre les enjeux complexes qui entourent notre rapport à la mer. Dans mes écrits, je m'efforce de rendre accessibles des concepts parfois difficiles, en vérifiant soigneusement mes sources et en comparant les informations pour offrir une perspective claire et précise. Je suis passionné par l'actualité maritime et je m'engage à fournir des informations utiles, exactes et à jour, afin que chacun puisse apprécier la richesse de notre patrimoine maritime et les défis de l'ingénierie qui l'accompagnent.

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