Le parcours de Sébastien Marsset raconte très bien ce que demande la course au large moderne : de la polyvalence, de la patience et une vraie capacité à faire avancer un projet dans la durée. Je reviens ici sur sa biographie, ses grands résultats en équipage et en solitaire, puis sur ce que son Vendée Globe et son programme 2026 disent de son niveau réel. C’est le meilleur moyen de comprendre pourquoi ce skipper compte aujourd’hui parmi les profils les plus solides du circuit français.
Un skipper complet dont la trajectoire s’est construite par paliers
- Né le 15 décembre 1984, il a progressé du Mini 6.50 aux IMOCA en passant par le Figaro et le Class40.
- Il totalise plus de 130 000 milles de course, avec plusieurs tours du monde et de nombreuses transatlantiques.
- Ses repères majeurs incluent une victoire en Volvo Ocean Race, trois Fastnet remportés en équipage et une 11e place à la Route du Rhum 2022.
- Son Vendée Globe 2024-2025 s’est conclu à la 27e place après 91 jours, 35 minutes et 35 secondes en mer.
- Son projet 2026-2028 vise la Route du Rhum, puis un passage sur foiler et un top 10 au Vendée Globe 2028.
Des débuts qui expliquent sa polyvalence
Ce que j’aime dans la trajectoire de Marsset, c’est qu’elle n’a rien d’un parcours linéaire “clé en main”. Elle s’est construite par couches successives, avec des bateaux et des formats qui obligent à apprendre autrement à chaque étape. Un Mini 6.50 n’enseigne pas la même chose qu’un IMOCA, et un grand équipage n’impose pas les mêmes réflexes qu’une solitaire autour du monde.
Le Mini reste une école de vérité. On y développe l’autonomie, la lecture météo, la gestion du sommeil et le sens de la décision rapide. Ensuite viennent des supports plus exigeants en finesse comme le Figaro et le Class40, où la répétition des manœuvres, la vitesse d’exécution et la qualité du réglage deviennent décisives. C’est là que se fabrique un marin capable de tenir un projet ambitieux sans se perdre dans la technique.| Période | Support ou course | Ce que cela lui a apporté |
|---|---|---|
| 2007 | Mini Transat 6.50 | Les bases du solitaire, la gestion fine de l’énergie et des trajectoires |
| Années 2010 | Figaro, Class40 et grands équipages | La précision, la répétition des manœuvres et la rigueur tactique |
| Ensuite | IMOCA et campagnes au long cours | La maturité technique, la gestion de projet et l’endurance |
On comprend mieux, avec ce cheminement, pourquoi il n’a jamais été enfermé dans un seul profil de skipper. Cette progression par paliers éclaire surtout ses années en équipage, qui ont pesé très lourd dans la suite.
Les campagnes en équipage ont forgé son niveau international
Avant d’être identifié comme skipper de projet, Marsset s’est imposé comme un équipier très recherché. Il a navigué au sein d’équipes de premier plan, avec notamment l’Équipe de France Olympique de Voile, Team Alvimedica, Groupama Sailing Team, Team France et Spindrift Racing. Ce n’est pas un détail de carrière : c’est la preuve qu’il a gagné sa place dans des environnements où l’exigence ne pardonne rien.
En équipage, on apprend des choses qu’on ne peut pas improviser plus tard en solitaire : tenir un quart sans s’écrouler, garder un geste propre quand la fatigue monte, exécuter une manœuvre à la seconde, lire la mer sans dramatiser, et surtout rester utile aux autres. J’y vois une vraie école de professionnalisme. Le marin qui en sort sait ce que veut dire travailler à haut niveau sur la durée.
- La fatigue n’est pas un concept abstrait : elle modifie les réflexes, donc les choix.
- La tactique collective oblige à penser plus vite et plus juste dans le trafic, la météo et le rythme de course.
- La fiabilité devient une obsession, parce qu’un équipage paie immédiatement la moindre négligence.
- Le sens du timing se travaille dans les gros bateaux comme dans les petites séries.
Avec ce socle, son passage vers l’IMOCA en propre devient beaucoup plus lisible. C’est là que ses résultats récents prennent tout leur sens.

Un palmarès IMOCA solide malgré un bateau ancien
Le palmarès récent de Marsset mérite d’être lu avec un peu de contexte matériel. Il a longtemps couru sur un IMOCA à dérives droites, donc sur un bateau sans foils. En clair : moins de vitesse maximale, moins d’avantage dans certaines allures, et souvent davantage de travail pour rester dans le coup. Dans ce type de configuration, le classement brut ne dit jamais tout.
Point technique important : un bateau à dérives droites ne “vole” pas comme un foiler. Il reste plus simple à exploiter, mais il impose une autre forme de performance : moins spectaculaire, plus patiente, et souvent plus dépendante de la qualité du marin que de la seule recherche de vitesse pure.
| Année | Course | Résultat | Ce que cela montre |
|---|---|---|---|
| 2021 | Fastnet Race, Transat Jacques Vabre, Défi Azimut | 6e, 7e, 9e | Un niveau déjà solide en double avec Romain Attanasio |
| 2022 | Route du Rhum, Vendée Arctique, Guyader Bermudes 1000 Race | 11e, 15e, 13e | Une montée en puissance en solo, avec 1er des bateaux sans foils sur la Route du Rhum |
| 2023 | Fastnet Race, Transat Jacques Vabre, Retour à la Base | 21e, 27e, 21e | Des résultats plus irréguliers, mais un programme dense et formateur |
| 2024 | The Transat CIC | Abandon | Un contretemps qui casse le rythme, sans remettre en cause le projet |
| 2024-2025 | Vendée Globe | 27e en 91 jours, 35 minutes et 35 secondes | Une circumnavigation menée au bout, sur un bateau ancien et avec un budget contenu |
| 2025 | The Ocean Race Europe | 6e | La confirmation qu’il reste compétitif aussi en équipage |
Le plus intéressant, ici, n’est pas seulement le rang. C’est la régularité obtenue dans un cadre où la marge technique était limitée. Dans la course au large, cette capacité à faire beaucoup avec peu dit souvent plus qu’un résultat isolé. Et le vrai test, au fond, restait l’épreuve où l’on ne peut plus masquer ni la fatigue ni la casse : le Vendée Globe.
Le Vendée Globe a validé sa capacité à durer
Finir un Vendée Globe n’a rien d’automatique, encore moins sur un bateau ancien. Il faut gérer la météo, les manœuvres, le sommeil, la casse potentielle, l’alimentation et la pression mentale d’un tour du monde en solitaire sans assistance. Marsset a bouclé l’édition 2024-2025 à la 27e place après 91 jours, 35 minutes et 35 secondes en mer. Ce chiffre compte, mais ce qu’il raconte compte encore davantage : il a tenu la distance.
Je trouve aussi important de replacer cette arrivée dans une saison plus heurtée. Son programme a connu un abandon sur The Transat CIC pour raisons médicales, puis plusieurs épisodes techniques en course. Beaucoup auraient laissé filer le projet ou réduit la voilure. Lui a réorganisé le travail, gardé le cap et transformé l’expérience en véritable validation sportive. C’est souvent là que se mesure la qualité d’un skipper professionnel : dans sa capacité à repartir proprement après un coup d’arrêt.
- Endurance mentale sur plus de trois mois de navigation en solitaire.
- Gestion du matériel sur un IMOCA à la fiabilité plus exigeante qu’un foiler récent.
- Capacité de rebond après un programme préparatoire perturbé.
- Lecture de course sans surconsommer le bateau ni brûler l’énergie du bord.
Depuis cette arrivée, tout son projet est pensé pour franchir un cap supplémentaire. C’est ce qui rend sa saison 2026 particulièrement intéressante à suivre.
Son projet 2026 annonce déjà la suite
En 2026, Marsset ne se contente pas d’entretenir sa présence sur le circuit : il prépare la Route du Rhum sur Faroha 3 et garde le cap sur un Vendée Globe 2028 avec foiler. Sa logique est claire : ne pas miser d’abord sur une surenchère technique, mais renforcer la base humaine, sportive et économique du projet.
Je vois là une approche crédible. Beaucoup de campagnes offshore souffrent d’une erreur classique : vouloir changer de bateau avant d’avoir stabilisé l’équipe, les routines de travail et les réflexes de performance. Lui fait l’inverse. Il structure le collectif, consolide les partenaires, développe les compétences nécessaires et prépare le saut vers un bateau plus performant au bon moment.
- Route du Rhum 2026 comme course repère avant la montée en gamme.
- Travail d’équipe renforcé autour de la préparation technique et humaine.
- Objectif foiler à horizon 2027 pour se rapprocher du haut du tableau.
- Vendée Globe 2028 avec une cible ambitieuse : intégrer le top 10.
Ce type de construction par étapes est moins spectaculaire qu’un grand coup de projecteur, mais souvent bien plus solide. Et c’est précisément pour cela que son profil mérite qu’on s’y arrête.
Pourquoi son profil mérite l’attention des passionnés de navigation
Ce que je retiens de ce parcours, c’est la rare combinaison entre niveau sportif, intelligence de projet et sobriété assumée. Marsset n’a pas bâti sa place sur un seul exploit, mais sur une accumulation cohérente : apprentissage en solitaire, campagnes en équipage, résultats IMOCA, puis gestion d’un projet personnel avec des moyens mesurés. Dans un sport où le budget peut parfois masquer la qualité, cette cohérence vaut beaucoup.
Pour qui suit les navigateurs et skippers français, son histoire est intéressante parce qu’elle dit quelque chose de la course au large actuelle : la performance ne se résume pas à la vitesse du bateau. Elle dépend aussi de la qualité des hommes, du sérieux des routines, de la capacité à encaisser les aléas et de la lucidité dans les choix d’évolution. C’est pour cela que je continuerai à surveiller son programme de près en 2026 : il incarne un marin qui construit sa place sur la durée, sans tricher avec les réalités du large.