L’IMOCA Charal fait partie des bateaux qui résument à eux seuls l’évolution de la course au large moderne: plus de vitesse, plus de finesse de réglage, et beaucoup moins de marge pour l’approximation. Dans cet article, je reviens sur sa conception, ses dimensions, ce que la refonte de 2026 a réellement changé et les résultats qui permettent de juger sa valeur en course. L’objectif est simple: comprendre pourquoi ce voilier compte autant dans la classe IMOCA, sans perdre le lecteur dans le jargon.
Les points clés à retenir sur ce foiler de référence
- Charal 2 est un IMOCA de 18,28 m dessiné par Sam Manuard et mis à l’eau en 2022 à Lorient.
- Son architecture mise sur une coque étroite, un avant de type scow et des foils en V pour maximiser l’efficacité au large.
- Le bateau pèse environ 8 tonnes, avec un mât de 29 m et jusqu’à 420 m² de surface de voile au portant.
- En 2026, le team a mené un chantier historique de remplacement complet de la coque en six mois.
- Le projet a déjà validé ses choix avec des résultats solides, dont une victoire en Transat Café L’OR 2025.

Ce qui distingue Charal dans la flotte IMOCA
Quand on regarde Charal de près, on ne voit pas seulement un bateau rapide. On voit une plateforme pensée pour rester performante dans des conditions très variées, du vent médium au portant engagé. C’est ce qui le rend intéressant: il ne cherche pas uniquement le meilleur pic de vitesse, il cherche une vitesse exploitable sur la durée, ce qui est bien plus difficile à concevoir.
Le projet est porté par Jérémie Beyou, avec un bateau développé à Lorient et lancé en 2022. Cette génération de plan Manuard s’inscrit dans la logique actuelle des IMOCA: des monocoques de 18 mètres capables de voler sur foils, mais qui doivent aussi survivre à des milliers de milles, à des chocs répétés et à des changements de rythme permanents. Je trouve que c’est précisément là que Charal devient lisible: ce n’est pas un prototype abstrait, c’est un bateau de course qui doit rester cohérent du premier bord jusqu’à l’arrivée.
En pratique, son intérêt pour le lecteur est double. D’un côté, il incarne l’état de l’art de la classe IMOCA. De l’autre, il montre qu’un voilier ultra-performant n’est jamais seulement une affaire de vitesse pure: c’est une combinaison de géométrie, de rigidité, d’équilibre et de fiabilité. C’est ce qui nous amène à sa vraie signature architecturale.
Une architecture qui cherche la vitesse sans perdre le contrôle
Le dessin de Charal 2 repose sur plusieurs choix forts: une carène très étroite, un avant arrondi de type scow, des foils en V plus profonds que sur le précédent bateau, un pont quasi plat et un rouf réduit au minimum. Pris séparément, ces éléments sont déjà intéressants; ensemble, ils traduisent une philosophie claire: réduire la traînée, garder du volume utile à l’avant et faire travailler les appendices au meilleur endroit possible.
Ce type d’architecture n’est pas un gadget. En IMOCA, chaque kilo, chaque angle de carène et chaque surface mouillée comptent. Une coque plus étroite diminue certaines résistances quand le bateau est bien réglé, tandis que le nez scow aide à mieux porter le volume dans la mer formée et à garder de l’aisance au portant. Les foils, eux, apportent de la portance et soulagent la coque, mais ils imposent un pilotage fin. J’insiste sur ce point: un bateau à foils n’est pas “automatiquement” meilleur, il l’est seulement si l’équipage sait l’exploiter sans le surcharger.
Voici la logique technique, résumée simplement:
| Choix de conception | Intérêt principal | Limite à garder en tête |
|---|---|---|
| Coque étroite | Moins de traînée et meilleure efficacité dans certaines allures | Demande plus de précision dans le réglage et le pilotage |
| Avant scow | Meilleure gestion du volume et du comportement dans la mer | Le gain dépend beaucoup de l’état de la mer et de l’angle de vent |
| Foils en V | Portance et réduction de la surface mouillée quand le bateau accélère | Complexité structurelle et charges élevées |
| Pont très plat | Meilleur aérodynamisme | Confort et ergonomie plus spartiates à bord |
Ce que j’aime dans ce type de configuration, c’est qu’elle raconte déjà la façon de naviguer du skipper: Charal n’est pas conçu pour “subir” la mer, mais pour rester propre et rapide dans un large éventail de situations. Pour mesurer si cette promesse tient, il faut toutefois regarder les chiffres concrets du projet.
Les chiffres qui expliquent la machine
Les données techniques du bateau permettent de sortir du discours de principe. Charal 2 affiche une longueur de 18,28 m, un tirant d’eau de 4,5 m, un déplacement d’environ 8 tonnes et un mât-aile de 29 m. La surface de voile annoncée atteint environ 260 m² au près et 420 m² au portant. Dans la classe IMOCA, ces valeurs ne sont pas anecdotiques: elles donnent immédiatement une idée du potentiel de puissance disponible.
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Longueur | 18,28 m |
| Tirant d’eau | 4,5 m |
| Poids | 8 tonnes |
| Hauteur de mât | 29 m |
| Type de mât | Mât-aile |
| Surface de voile au près | 260 m² |
| Surface de voile au portant | 420 m² |
À cela s’ajoute un travail industriel très lourd: plus d’une centaine de spécialistes mobilisés, 35 000 heures de conception et 40 000 heures de construction. Ce genre de volume explique pourquoi un IMOCA de premier plan est aussi un objet d’ingénierie maritime au sens fort du terme. La vitesse finale n’est jamais le fruit d’un seul choix spectaculaire, mais d’une accumulation de décisions cohérentes, parfois invisibles pour le grand public.
Autrement dit, les chiffres donnent de la puissance, mais ils ne disent pas encore comment le bateau vieillit, comment il encaisse les efforts, ni comment le team le fait évoluer. C’est exactement ce que la refonte de 2026 permet de comprendre.
Ce que la refonte de 2026 a vraiment changé
La nouvelle importante de 2026, c’est le remplacement complet de la coque en six mois. Ce n’est pas un simple chantier de remise à niveau: c’est une intervention lourde, rare, presque radicale. Le team a fait le choix de conserver une base déjà performante tout en cherchant des gains ciblés, notamment sur le comportement au portant et au reaching, deux allures très importantes en IMOCA.
Selon l’équipe, l’objectif était de préserver les qualités qui avaient déjà payé tout en améliorant l’efficacité quand le bateau est à plat. C’est là qu’un chiffre devient intéressant: modifier la géométrie de coque peut réduire la traînée de 15 à 20 % lorsque le bateau est plat. Je précise bien: il s’agit d’un ordre de grandeur dans un cas de navigation donné, pas d’un gain magique valable partout. En mer réelle, le bénéfice dépend toujours de l’état de la mer, de l’angle du vent et de la manière dont le bateau est mené.
Le chantier a aussi impliqué l’adaptation de la structure interne, des cloisons, des zones de liaison avec les foils et des ballasts. En clair, on n’a pas seulement changé une peau externe: on a reconfiguré l’équilibre mécanique du bateau. C’est important, parce qu’en IMOCA la performance n’existe jamais sans structure. Si la structure ne suit pas, les gains hydrodynamiques s’effondrent très vite.
| Aspect | Avant | Après la refonte | Effet attendu |
|---|---|---|---|
| Coque | Base déjà performante | Coque entièrement remplacée | Optimisation globale sans repartir de zéro |
| Navigation au portant | Très compétitive | Comportement encore affiné | Plus de vitesse dans les allures porteuses |
| Navigation au reaching | Solide | Amélioration ciblée | Meilleure polyvalence de course |
| Temps de chantier | Non applicable | 6 mois | Fenêtre de travail très courte pour un projet aussi lourd |
Ce chantier dit beaucoup de la culture performance du team: plutôt que de tout recommencer, il a choisi de prolonger une plateforme déjà validée en l’affinant. C’est une approche intelligente, mais elle n’a de sens que si le bateau confirme en mer ce que l’atelier promet sur plan.
Les résultats qui disent quelque chose de son potentiel
Pour juger un IMOCA, je regarde toujours les résultats récents avec prudence. Un podium ne prouve pas tout, et un abandon ne condamne pas un projet. En revanche, une série de performances cohérentes dans des formats différents en dit long sur la qualité de la plateforme et sur la capacité du team à l’exploiter.
| Course | Résultat | Ce que cela suggère |
|---|---|---|
| Transat Café L’OR 2025 | Vainqueur | Bateau très complet sur une transatlantique en double |
| Vendée Globe 2024-2025 | 4e | Bonne vitesse moyenne et fiabilité sur la durée |
| Rolex Fastnet Race 2025 | 2e | Capacité à rester compétitif sur un parcours tactique |
| Défi Azimut 2023 | Vainqueur | Très bon niveau sur les formats courts et nerveux |
| Route du Rhum 2022 | 3e | Base déjà très solide sur un solo transatlantique |
Ce palmarès m’intéresse moins comme liste de trophées que comme indicateur de polyvalence. Charal n’est pas seulement rapide dans une configuration idéale: il sait aussi courir vite quand le scénario se complique, ce qui est souvent la vraie différence entre un bon bateau et un grand bateau. C’est particulièrement vrai en IMOCA, où le classement final récompense rarement la seule vitesse brute.
La victoire de 2025, en particulier, montre que la plateforme peut convertir son potentiel en performance concrète. Et c’est là que le projet devient vraiment lisible: la technologie n’est pas là pour impressionner, elle est là pour durer et gagner.
Ce que Charal raconte sur l’IMOCA de 2026
À mes yeux, Charal résume trois tendances lourdes de la course au large actuelle. D’abord, la vitesse se construit dans le détail: forme de coque, répartition des masses, appendices, aérodynamisme. Ensuite, une refonte bien pensée peut parfois être plus pertinente qu’un nouveau bateau, surtout si la base a déjà fait ses preuves. Enfin, la fiabilité reste indissociable de la performance: un bateau plus rapide sur le papier ne vaut rien s’il ne tient pas la distance.
Pour suivre les prochaines échéances de 2026, je regarderais donc moins le simple classement brut que la manière dont le bateau navigue dans la mer formée, la stabilité de ses gains au portant et sa capacité à enchaîner les courses sans casser son équilibre. C’est souvent là que se joue la différence entre un projet spectaculaire et un projet vraiment abouti. Et si l’on veut comprendre l’IMOCA moderne, Charal reste un très bon cas d’école.
Le plus utile, au fond, est peut-être là: ce bateau montre qu’en voile océanique de haut niveau, on ne gagne pas seulement avec un dessin audacieux, mais avec un système complet où l’architecture, le chantier, le skipper et la stratégie avancent dans la même direction.